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Les géants du net toujours gras dur

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Les deux pieds dans la glu des charitables frères Kielburger (WE Charity), le ministre Bill Morneau est loin d’être prêt à sonner la charge contre les géants du net.

Le parti libéral de Justin Trudeau avait pourtant juré que ces ogres insatiables seraient taxés à hauteur de 3 % de leurs revenus canadiens au plus tard à l’automne 2020. Dès janvier de cette année, ils auraient même été tenus de percevoir la TPS, cette taxe bien confortable pour eux, puisque c’est le contribuable qui la verse. Mais les pauvres services canadiens de contournement, qui doivent la percevoir, attendent toujours l’équité.

En décembre, voyant bien que son gouvernement avait d’autres préoccupations, le brave Steven Guilbeault, un ministre rempli de bonne volonté s’il en est, a déclaré que la question de la TPS prendrait « peut-être quelques mois de plus ». Ces jours-ci, en pleine tempête de conflits d’intérêts, le premier ministre et son ami des finances cherchent plutôt à sauver leur peau qu’à remplir leurs promesses.

AH ! QUE LE VIRUS A BON DOS !

Il faut le dire aussi, la COVID a bon dos. Quel que soit le palier de gouvernement, quel que soit le service public, le virus sert de prétexte à tous les retards et à toutes les tergiversations. C’est à croire que nos élus continueront d’invoquer le coronavirus longtemps après sa disparition.

Il faudrait un effort concerté de tous les gouvernements pour venir à bout des monopoles monstrueux que constituent Facebook et consorts. Même le boycottage des annonceurs n’arrive à rien. Depuis le début de juillet, des centaines de grands annonceurs internationaux (dont nos gouvernements) ont quitté Facebook sous prétexte qu’on n’y contrôle pas assez les contenus haineux. « Ils vont revenir », s’est contenté de déclarer Zuckerberg en haussant les épaules. Pourquoi s’énerver quand les 100 plus gros annonceurs du monde comptent à peine pour 6 % des revenus publicitaires de Facebook ?

Plus conciliant que les autres grands patrons du net, Reed Hastings joue au bon citoyen corporatif. Sa société dépense-t-elle 100, 200 ou 300 millions par an au Canada sous diverses formes ? Impossible de répondre. Chez Netflix, on devient muet comme une carpe si l’on pose ce genre de questions. Ce qu’on sait, par contre, c’est que Netflix perçoit plus d’un milliard par an de ses abonnés canadiens.

TOUS LES PAYS ONT ÉCHOUÉ

Aucun pays n’a encore réussi à imposer les géants du net. La France, qu’on cite souvent en exemple, a légiféré en juillet 2019, mais n’a pas appliqué sa loi. Paris craint que Donald Trump donne suite à sa menace d’exiger des droits de douane compensatoires équivalant aux impôts que les géants du net devraient verser.

De toute façon, l’impôt français n’était que temporaire. Il aurait été remboursé lorsque les pays de l’OCDE s’entendraient enfin sur un système fiscal international plus juste et plus efficace permettant d’imposer les géants du net. L’échéance ultime était fixée à l’automne qui vient. 

À la mi-juin, invoquant l’absence de progrès dans les négociations de l’OCDE, Washington, pourtant responsable en partie de leur lenteur, a décidé de s’en retirer pour un temps indéfini. Le retrait des É.-U. met fin à tout espoir d’un accord prochain sur la fiscalité des géants du net. 

Les petites visites amicales de Zuckerberg à Donald Trump n’ont évidemment rien à voir là-dedans. C’est une simple coïncidence...