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Des citoyens reçoivent des graines suspectes envoyées de Chine

L’Agence canadienne d’inspection des aliments enquête sur le phénomène

Nadia Seraiocco
Photo Anne-Sophie Poiré Des Québécois de partout dans la province ont reçu ces paquets contenant des semences non identifiées.

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Après les Américains et les Anglais, des Québécois ont reçu par la poste de mystérieuses semences expédiées de la Chine, poussant le gouvernement canadien à émettre une mise en garde à la population.

« Je suis un peu parano d’avoir été ciblé par mes dernières recherches sur le web. Depuis la pandémie, je travaille à mettre sur pied le marketing et les communications d’une nouvelle PME en jardinage et agriculture urbaine », s’inquiète Julien Lafond.

Il y a trois semaines, le stratège numérique de Montréal a reçu une enveloppe en papier bulle envoyée directement de la Chine, selon l’estampe de la poste.

 

  • Le biologiste Claude Lavoie était à l’émission de Pierre Nantel sur QUB radio:

Sur le colis, on pouvait lire « jewelry : ear studs [bijoux : boucles d’oreille] ». En l’ouvrant, il découvre plutôt un sachet transparent rempli d’étranges graines qui ressemblent à des pépins d’orange.

« J’ignore comment ils ont eu mon adresse, se demande l’homme de 34 ans. Je n’ai jamais fait de commande sur Amazon. Je n’y ai même pas de compte. J’achète seulement des trucs sur eBay, à l’occasion, mais rien relié au jardinage. »

Vers la fin du mois de juin, Nadia Seraiocco, qui habite Longueuil, a aussi reçu une enveloppe rembourrée disant contenir des « bijoux » avec l’inscription China Post. Elle n’avait pourtant rien commandé.

Nadia Seraiocco
Photo courtoisie

À l’intérieur, même chose : des semences dans une pochette de plastique. Elles sont petites, grisâtres et s’apparentent à des graines de tomates, décrit la chargée de cours à l’École des médias de l’UQAM.

« J’avais regardé des semis de tomates sur Amazon vers la fin avril, raconte-t-elle. Ils traînaient dans mon panier virtuel, mais je ne les ai jamais achetés. »

Nadia Seraiocco
Photo courtoisie

Des Américains et des jardiniers britanniques disent également avoir reçu ce genre de graines dans les derniers mois, ont rapporté plusieurs médias étrangers.

Technique trompeuse

Certaines autorités aux États-Unis y voient un « brushing scam », cette technique trompeuse utilisée dans le commerce électronique pour améliorer la cote d’un vendeur en envoyant de fausses commandes non sollicitées.

Le biologiste et professeur à l’Université Laval Claude Lavoie exhorte la population à ne surtout pas planter ces semences. Le mieux est de les incinérer, selon lui.

« Elles contiennent peut-être des champignons ou des virus invisibles à l’œil nu, fait-il valoir. Elles pourraient déclencher une invasion autrement plus dévastatrice. »  

  • Écoutez l'entrevue de la porte-parole de l'Agence canadienne d'inspection des aliments avec Vincent Dessureault à QUB Radio:   

Risque d’invasion

C’est d’ailleurs l’avertissement qu’a émis l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) hier. « Les semences non autorisées peuvent envahir les zones agricoles et naturelles », prévient une porte-parole de l’ACIA, Christine Carnaffan, ajoutant que l’Agence a ouvert une enquête et collabore avec ses homologues américains à ce sujet..

L’organisme gouvernemental demande aux citoyens de signaler la réception de telles graines à ses bureaux régionaux.

Elle précise qu’il faut conserver les semences et l’emballage, y compris l’étiquette d’envoi. Et si les graines sont déjà plantées, il faut les retirer de la terre et les mettre dans un sac.

La Gendarmerie royale du Canada a quant à elle affirmé « faire des vérifications », tandis que l’Agence des services frontaliers du Canada a indiqué qu’elle s’en remettait à l’ACIA lorsque Le Journal les a contactées.