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Encore le même film d’horreur

Conférence de presse du gouvernement du Québec, à Montréal
Photo Ben Pelosse Le ministre de la Santé, Christian Dubé, s’engage à ne pas rejouer dans le même film d’horreur que celui de l’infâme résidence Herron.

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Pendant que les Québécois prennent leurs vacances et que les bars sont pleins, dans une résidence pour personnes âgées, le cauchemar se reproduit.

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Un résident et des médecins ont dénoncé des situations révoltantes qu’on croyait réglées. À Québec, à l’Auberge aux Trois Pignons, une résidence privée pour aînés, l’état des lieux est trop familier.

Résidents négligés, mal ou pas nourris. Hygiène absente. Manque criant de personnel. Éclosion de la COVID-19. Décès. Lenteur et lourdeur administrative du méga-CIUSSS de la Capitale-Nationale. Etc.

Marguerite Blais, ministre des Aînés et des Proches aidants, annonçait hier la tenue rapide d’une enquête menée par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Et non pas, heureusement, par le CIUSSS.

Bénéfique

Le nouveau ministre de la Santé, Christian Dubé, s’engage quant à lui à ne pas rejouer dans le même film d’horreur que celui de l’infâme résidence privée Herron – un des lieux, ce printemps, de plusieurs hécatombes de la COVID-19.

On veut bien le croire. Il est vrai que depuis son arrivée à la tête du MSSS, l’approche est plus interventionniste. La ministre Blais a aussi repris du tonus politique. 

Même si leur formation est expéditive, l’atterrissage à venir de 10 000 nouveaux préposés aux bénéficiaires s’annonce également bénéfique. Mais attention : elle ne le sera qu’à certaines conditions, dont celles-ci.

Si la gouvernance des CHSLD sort des CIUSSS pour redevenir spécifique à chaque établissement. Si l’encadrement des employés est renforcé. Si les bons équipements de protection personnelle sont accessibles aux employés et proches aidants.

Car c’est bien de cela que nous devons nous rappeler. Au Québec, en plus d’être l’épicentre au pays de la COVID-19, des milliers de femmes et d’hommes sont morts du virus et de négligence, isolés en plus de leurs proches. Non pas en 1920, mais en 2020.

Ils sont nous

Contrairement à ce qu’on a répété pendant la première vague, ces femmes et ces hommes ne sont pas séparés de notre société. Ils faisaient partie de nous.

Si autant de jeunes se sentent maintenant invincibles et insouciants face au virus, c’est en partie parce qu’ici, comme ailleurs en Occident, on leur a martelé qu’ils seraient peu malades.

Or, au Québec, on leur a aussi répété que notre société se divisait en deux. D’un côté, la « communauté » où on mourait peu du virus. De l’autre, des « vieux » déjà malades qui mouraient dans des CHSLD et résidences privées.

Le 10 juillet, à Gatineau, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, en disait ceci : « Ces gens-là allaient mourir d’autre chose quand même, mais on n’a pas été un succès dans nos CHSLD ».

Nous allons tous mourir un jour, c’est sûr. Cela n’explique pas pour autant ces milliers de vies fauchées et de familles éplorées avant leur temps.

Dans le réseau public des CHSLD, le redressement semblerait enfin être en voie de se réaliser. Le danger réel est que des résidences privées ratent à nouveau le coche.

Plus jamais le Québec ne doit revivre une telle honte.