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Ne tirez pas sur le messager

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Quand les cours recommenceront au Québec, à la rentrée, j’espère que les prestations des journalistes Kariane Bourassa et Yves Poirier, en direct de manifestations antimasques, seront montrées dans les écoles de journalisme. 

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Les deux reporters de TVA ont réussi à garder leur calme devant des tentatives d’intimidation, des cris, des injures, du harcèlement, des agressions, des tirs d’objet et même des câlins forcés.

Mais plus largement, on devrait montrer ces deux reportages dans toutes les écoles secondaires, cégeps et universités du Québec pour sensibiliser les jeunes à un principe fondamental en démocratie : la liberté de presse. Ce n’est pas parce que tu n’aimes pas ce qu’il y a dans les nouvelles que tu dois t’en prendre à celui ou celle qui te transmet ces nouvelles.

C’EST LA FAUTE AUX MÉDIAS

Comme si elle n’avait pas déjà souffert suffisamment en se faisant encercler par deux goons qui ont violé son intimité (en plus de mettre sa santé à risque), Kariane Bourassa a dû faire face à deux rumeurs dégueulasses sur... les égouts sociaux. 

Des tapons pas de classe ont laissé entendre qu’un des hommes sur les images était le chum de la journaliste (et que tout ça n’était qu’un coup monté pour miner la crédibilité des antimasques). 

Et d’autres morons pas de classe ont laissé entendre que les deux hommes étaient en fait des agents de sécurité ou des gardes du corps de TVA. Ces deux informations sont non seulement fausses, elles sont terriblement diffamatoires.

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Mais pour certains sans cervelle qui sévissent sur le web, il suffit que leur chum à casquette l’ait écrit sur Facebook pour que ça soit vrai. Ils dénoncent les fake news des médias de masse... mais sont prêts à croire n’importe quelle niaiserie non vérifiée si c’est écrit dans leur petit écran, sur la page Facebook de leur « communauté ».

Décidément, les antimasques comptent dans leurs rangs une belle panoplie d’hurluberlus. Au lieu de faire un examen de conscience, de se demander pourquoi leurs deux manifestations ont donné lieu à de tels dérapages, ils s’obstinent dans leur théorie du complot sur le refrain connu : « Les médias sont à la solde du nouvel ordre mondial commandité par Bill Gates pour inventer une ‘‘plandémie’’ et nous forcer à nous vacciner et nous insérer des puces 5G dans le nez avec la complicité du Big Pharma ».

C’est quand même bizarre : pour des gens qui dénoncent constamment « les moutons-autruches » qui suivent le troupeau sans poser de questions et ne veulent pas voir la vérité, je trouve que les antimasques sont pas mal « moutruches » eux-mêmes quand vient le temps d’imaginer des complots journalistiques...

DEUX POIDS, DEUX MESURES

À mes yeux, les tentatives d’intimidation envers Yves Poirier et Kariane Bourassa sont aussi graves l’une que l’autre et aussi inacceptables l’une que l’autre. C’est pourquoi j’éprouve un certain malaise quand je vois certaines de nos féministes défendre Kariane en passant complètement sous silence ce qui a été infligé à Yves. 

Parce que c’est un gars, c’est moins « grave » ? N’est-ce pas là, exactement, la définition du sexisme ? C’est drôle comme certaines femmes au Québec ont l’indignation à géométrie variable. 

Intimider Pitou serait moins répréhensible qu’intimider Minou