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Ces républicains «paranoïaques, idiots et bigots»

Ces républicains «paranoïaques, idiots et bigots»

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En se limitant à la seule lecture du titre, on peut aisément en arriver à la conclusion que ce billet constitue de la propagande sous sa forme la plus directe et la plus élémentaire. Pourtant, les qualificatifs utilisés ne sont pas de mon cru, ils ont été utilisés par Stuart Stevens, un vétéran stratège républicain.

Il y a peu, j’écrivais sur l’influence grandissante du mouvement woke au sein de l’équipe éditoriale du New York Times. Je soulignais dans la foulée l’emprise des tendances extrêmes sur les médias et les formations politiques. De son côté, Stevens dénonce le dérapage de sa formation, qu’il ne reconnaît plus.

Depuis quelques jours, Stuart Stevens effectue une tournée des médias américains pour présenter son livre intitulé It was all a lie : How the Republican became the party of Donald Trump. En s’appuyant sur sa longue expérience de membre du parti et de stratège, l’auteur fournit de nombreux exemples qui démontrent que le phénomène Trump était prévisible. Le milliardaire ne serait que la manifestation la plus spectaculaire d’un abandon progressif de convictions profondes.

Si Stevens déplore l’emprise d’une faction prête à défendre les propos d’un président qui mise sur la haine, la colère et le racisme pour diviser son pays, il ne s’épargne pas un mea culpa. L’auteur affirme avoir négligé des signes évidents du dérapage, et ce, au cours des cinquante dernières années.

Essentiellement, le stratège constate que la formation politique s’est transformée progressivement en «parti de l’homme blanc en colère», abandonnant le projet de parler à tous les Américains. On ne se contente plus de miser sur les régions majoritairement blanches, on antagonise les autres.

Les républicains peinent à rejoindre l’électorat féminin et les minorités? On ne fait même plus l’effort de développer des stratégies pour les reconquérir, on «étire» le vote de la population blanche et on accuse les démocrates de les ignorer (ce qui n’est pas totalement faux). On ne peut plus gagner le vote populaire? Misons tout sur le collège électoral.

Je peux appuyer le constat de Stevens et mes propres observations de l’évolution du parti vont dans ce sens. L’intérêt du livre de l’auteur réside dans sa perspective. Qu’un membre aussi influent ayant contribué à de nombreuses campagnes électorales ose se commettre publiquement en pleine élection présidentielle n’est pas banal.

Stuart Stevens va encore plus loin et il laisse entendre qu’une défaite républicaine en novembre pourrait être bénéfique. Seul le spectre de défaites répétées peut entraîner une véritable réflexion et une purge des éléments les plus nuisibles du Parti républicain.

On devra éventuellement revenir à un message moins agressif et courtiser toutes les clientèles électorales avec une plateforme qui ne se limite pas à des formules creuses. L’évolution démographique du pays aura peut-être raison d’un discours de division et d’opposition.

Pendant la campagne 2016, on a fait état, avec raison, des divisions au sein du Parti démocrate. Entraînée de plus en plus sur sa gauche, la formation de Joe Biden semble temporairement unie pour vaincre Trump.

Dès le lendemain d’une possible victoire, nous verrons si cette belle unité pourra être maintenue. Mais n’oublions pas que les républicains doivent composer avec leurs propres déchirements et qu’ils pourraient bien perdre plus que la présidence en 2020. Les démocrates devraient conserver la Chambre et les sondages pour le Sénat sont encourageants. La peur comme moteur de changement? Stuart Stevens pense que oui.