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L’attrait irrésistible des théories du complot

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L’actualité est confuse et inquiétante. Quoi de mieux pour l’apprivoiser que des explications qui jouent à fond sur cette inquiétude en offrant une illusion de clarté dans cette confusion ?

Les théories du complot ont toujours existé, mais elles sont une plaie particulière de notre époque. 

Aujourd’hui, elles compromettent notre capacité de contrer la pandémie du coronavirus, mais elles représentent un défi à la démocratie libérale. 

Du show-business

Les cinéphiles auront reconnu ci-dessus l’allusion au film L’aventure c’est l’aventure où une bande de malfaiteurs ratés exploite deux vérités constantes : en politique, les gagnants sont ceux qui arrivent à générer la clarté dans la confusion ; la politique, c’est du show-business. 

On peut réussir en politique – même parfois de donner un bon show – en clarifiant la confusion à l’aide d’explications honnêtes, factuelles et rationnelles. C’est une condition de base de la démocratie libérale, d’autant plus nécessaire en temps de pandémie. 

Personne n’a mieux compris ces deux maximes que l’actuel président des États-Unis, qui a toujours prospéré en créant l’illusion de clarté dans un environnement où il entretient la confusion, tout en donnant un bon show. 

Stratégie profitable

Pour Donald Trump, les théories du complot qui activent les peurs et les préjudices de ses partisans ont toujours été une arme politique profitable. 

C’était vrai quand il colportait des rumeurs farfelues sur la légitimité du premier président afro-américain. C’est encore vrai alors qu’il concocte de telles théories pour tenter de faire oublier l’échec colossal de son administration face au coronavirus.Les théories complotistes pullulent sur internet, où elles sont exploitées tant par Vladimir Poutine pour déstabiliser les démocraties occidentales que par des profiteurs qui exploitent un public naïf. 

Les géants du web ont beau plaider qu’ils s’efforcent de contrer la désinformation, comme ils l’ont fait hier au Congrès américain, ces théories représentent pour eux une intarissable source de profits. 

L’ascension de Donald Trump est aussi largement attribuable à des fabulations colportées, entre autres, par Roger Stone, Alex Jones d’Infowars et Steve Bannon de Breitbart.

Impacts et dangers réels

Comme le souligne l’historienne Anne Applebaum dans son nouvel ouvrage, Twilight of Democracy, les théories du complot sont l’instrument de prédilection des leaders autoritaires est-européens, notamment les théories centrées sur le bonhomme Sept-Heures préféré des populistes antisémites et/ou antiglobalistes, le milliardaire hongrois George Soros. 

Selon Applebaum, le complotisme a détourné les mouvements de libéralisation démocratique post-guerre froide vers un autoritarisme populiste et ce même genre de théories mensongères a entraîné les Britanniques vers l’aventure du Brexit et jeté les républicains américains dans les bras de Trump.

Chez nous, les opposants au port obligatoire du masque et à la vaccination – qui risquent de prolonger inutilement la pandémie – s’appuient sur des inepties colportées notamment par des apologistes de Trump, partisans du même genre de nationalisme populiste toxique qui sévit un peu partout dans le monde. 

Ce n’est pas juste du show-business. Les conséquences de ce genre de pollution intellectuelle sont réelles.