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Quand Anglade fustige Walmart

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Dans un premier temps, j’ai été agréablement surpris de voir Dominique Anglade, mardi, pester contre Walmart.

La chaîne multimilliardaire, après avoir annoncé récemment qu’elle investirait plus de 3 milliards $ au Canada, s’est tournée vers ses petits fournisseurs locaux et leur a fait comprendre, dans une lettre, que ce serait eux qui financeraient presque tout l’investissement. Par le truchement de frais en « développement des infrastructures » de 1,25 % sur les bons de commande et de 5 % pour les commandes en ligne afin de financer le « développement du commerce électronique » !

Sens critique

Anglade, sur Twitter, publia ce qui suit : « Nous demandons à Walmart, ce géant américain, d’être un citoyen corporatif respectueux [...] et de ne pas abuser de sa situation de quasi-monopole. »

Cela tranche avec la Anglade ministre de Couillard. Elle semblait alors avoir perdu son sens critique à l’égard de tout ce qui émanait du monde des affaires.

Devant l’achat de Rona par l’américaine Lowe’s, sa réaction frisait l’aplaventrisme. Elle s’était presque réjouie de la perte de ce fleuron. Il n’était « pas dans l’intérêt du gouvernement de bloquer [la] transaction » ; valait mieux « assurer que les emplois [soient] maintenus ici, voire augmentés ». Or, depuis, Lowe’s mène la vie dure aux fournisseurs d’ici et ne cesse de fermer des succursales.

Ère COVID

Aujourd’hui, en cette période covidienne, le Québec a repris conscience de l’importance d’avoir une marge d’autonomie plus grande. Par ailleurs, certains géants comme Walmart ont eu la pandémie plus facile, ayant été autorisés à rester ouverts, contrairement à de petits joueurs locaux.

Anglade devait réactiver son sens critique. Elle a même osé réclamer, sans faux-fuyant, que le géant recule. Sinon, il y aura un effet Walmart sur le « tissu économique » du Québec fait de PME : « Ça va entraîner un certain nombre de faillites. On parle d’entreprises familiales [...], alors qu’on tente de penser à une relance économique. »

Cela semble très senti. Mais est-ce suffisant ?

« Ça manque de mordant »

Je me posais cette question lorsque j’ai reçu un coup de fil de Paul St-Pierre Plamondon, aspirant-chef du PQ qui, justement, voulait réagir... à la sortie de Dominique Anglade. Les cyniques diront qu’il veut montrer à ses militants qu’il est capable de « manger du libéral » !

Son argumentation n’est toutefois pas sans intérêt. À ses yeux, que l’ancienne ministre réclame un recul de Walmart ne contraste qu’en apparence avec l’Anglade de l’ère Couillard.

« Ça manque de mordant. Au fond, elle ne fait que demander au géant d’être gentil, de se comporter en “bon citoyen”. »

Ces appels à la civilité n’ont pas d’effet selon lui. Comme auprès des acheteurs de Rona ; ou face à Bombardier, à qui le gouvernement Couillard « a versé de l’argent béatement » sans rien exiger.

Mais que propose-t-il, lui ? Face aux quasi-monopoles comme Walmart, Québec devrait se doter d’un Bureau de la concurrence. Celui du fédéral ne mord pas. Mais est-ce dans nos compétences constitutionnelles ? St-Pierre Plamondon soutient que non, « mais si on fait l’indépendance, ça le deviendra ».

Autrement dit, l’aspirant-chef vise le très long terme.