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L’ignorant vertueux

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Capture d'écran Il ne serait pas surprenant que pour une troisième fois, Justin Trudeau soit blâmé. La défense qu’il a présentée hier avait quelque chose de bancal, fondée sur des aveux d’ignorance parfois difficiles à croire.

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Il y eut une époque où l’étendue du savoir de nos dirigeants nous impressionnait.

• À lire aussi: Pas en conflit d’intérêts, soutient Justin Trudeau

Chez Justin Trudeau, c’est l’ampleur de l’ignorance qui a quelque chose d’éblouissant. Sa télécomparution devant le Comité permanent des finances au sujet du scandale UNIS (WE Charity) l’a bien illustré hier.

À plusieurs reprises, il a clamé son ignorance.

Il n’avait pas su, entre autres :

• que son ministre des Finances, Bill Morneau, avait voyagé aux frais d’UNIS ;

• que sa mère et son frère avaient été rémunérés des centaines de milliers de $ par UNIS pour des discours ;

• quel montant de frais UNIS avait été remboursé à son épouse pour son voyage à Londres (25 326 $) ;

• qu’UNIS traversait une crise lorsqu’on lui a donné un contrat : congédiements, purge au conseil d’administration, problèmes financiers.

Instincts

Le premier ministre a toutefois des instincts. Le 8 mai, quand on l’informe qu’UNIS gérerait un programme de bénévolat étudiant, il pressent des problèmes, car ses liens avec l’organisme sont connus. Ça, il le sait.

Alors il demande aux fonctionnaires de retourner à leur table à dessin, d’étudier la possibilité que d’autres organismes puissent faire le travail, dont Service jeunesse Canada.

  • Écoutez l'entrevue avec Antoine Robitaille sur le sujet, à QUB Radio:

Deux semaines plus tard, ceux-ci affirment que seul UNIS se qualifie. Sinon, pas de programme. Et le premier ministre accepte !

Il reste même au conseil des ministres quand le contrat sans appel d’offres est octroyé. Son ministre Bill Morneau, qui a voyagé sur le bras d’UNIS, dont une fille travaille pour l’organisme et dont une assemblée politique a été remplie d’employés d’UNIS, reste aussi dans la pièce.

De ça, Trudeau, maître de la contrition, s’excuse.

Pas de questions

« Je n’ai absolument rien fait pour influencer cette recommandation », a-t-il cependant juré. On a envie d’ajouter : et absolument rien fait pour la rendre meilleure non plus.

Tant qu’à rester dans la pièce au moment de la décision, il aurait pu s’informer des critères qui ont conduit au choix d’UNIS parmi 20 organismes considérés. Et pourquoi écarter d’emblée les fonctionnaires fédéraux comme gestionnaires du nouveau programme ?

Au reste, avant de confier entre 500 millions et un milliard $ à un organisme, n’aurait-il pas fallu poser quelques questions sur l’état de ce même organisme ?

On dirait que le premier ministre ne voulait pas savoir.

L’urgence liée à la COVID ne lui donnait pas le choix, plaide-t-il. Il refuse d’admettre le conflit d’intérêts, seulement des « apparences » de conflit.

Troisième prise ?

C’est le Commissaire à l’éthique qui tranchera. Il ne serait pas surprenant que pour une troisième fois, Justin Trudeau soit blâmé. La défense qu’il a présentée hier avait quelque chose de bancal, fondée sur des aveux d’ignorance parfois difficiles à croire.

Justin Trudeau et les libéraux semblent penser que seules les intentions comptent. Et à leurs yeux, les leurs étaient pures : aider les étudiants en les payant... pour faire du bénévolat (idée étrange s’il en est). Tout en sauvant, au passage, une organisation amie, en difficulté.

Charité bien ordonnée commence par soi-même (et ses amis), c’est bien connu.