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Au nom du père

Au nom de la terre
Photo courtoisie, Axia Films L’acteur Guillaume Canet dans une scène du film Au nom de la terre.

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Ayant lui-même grandi sur une ferme, le réalisateur français Édouard Bergeon s’est inspiré de l’histoire tragique de son père pour écrire le scénario de son premier film de fiction, Au nom de la terre, un drame bouleversant sur la détresse psychologique des agriculteurs qui a connu un succès phénoménal lors de sa sortie en France l’an dernier.

Deux millions. C’est le nombre de spectateurs que le film Au nom de la terre a attirés dans les salles françaises pendant les semaines qui ont suivi sa sortie, en septembre dernier. Ce succès, personne ne l’avait vu venir, surtout pas le réalisateur Édouard Bergeon.

« Avant que le film sorte, on se disait que si on réussissait à récolter 500 000 ou 600 000 entrées au box-office, on serait heureux, a-t-il confié lors d’un entretien téléphonique accordé au Journal la semaine dernière. 

« C’est quand même un drame sur l’agriculture avec une fin tragique, même si je considère qu’il y a beaucoup de lumière dans le film. Mais déjà, quand on a organisé une tournée promotionnelle pour présenter le film en région, on a senti qu’il se passait quelque chose de spécial. Il y avait beaucoup de monde dans les salles et c’était un public assez rural. Il y a eu un phénomène. Le film a fait deux millions d’entrées, mais sur le lot, il n’y a eu que 116 000 spectateurs à Paris, ce qui n’est pas beaucoup. C’est donc la France rurale qui a suivi.»

Le réalisateur dit d’ailleurs avoir reçu par courriel des centaines de témoignages d’agriculteurs et d’enfants d’agriculteurs qui se sont reconnus dans son film : « Ils m’ont écrit pour me remercier d’avoir parlé de leur métier et de leur vie. Je crois que le film a aussi permis à plusieurs d’entre eux de se déculpabiliser et de se rendre compte que tout ce qui leur arrive n’est pas nécessairement leur faute ».

Rufus et Guillaume Canet
Photo courtoisie, Axia Films
Rufus et Guillaume Canet

Du documentaire à la fiction

L’histoire que raconte Édouard Bergeon dans Au nom de la terre est très personnelle. Le cinéaste avait 16 ans quand son père paysan s’est enlevé la vie, en 1999. Le film qui s’inspire donc de ce drame familial relate le destin de Pierre (Guillaume Canet), un fils d’agriculteur de 25 ans qui décide de reprendre la ferme familiale avec sa fiancée (Veerle Baetens). Vingt ans plus tard, l’exploitation s’est agrandie, la famille aussi. Mais les dettes s’accumulent et Pierre peine à joindre les deux bouts.

Édouard Bergeon s’était déjà penché sur l’histoire de son père – et sur le sujet plus large et toujours très actuel de la précarité des agriculteurs français –, en 2012, dans un documentaire intitulé Les fils de la terre. C’est en voyant ce film que Christophe Rossignon, un producteur réputé en France, l’a contacté il y a quelques années. 

« Ce n’était pas du tout prévu que je fasse de la fiction un jour, admet Édouard Bergeon. Je suis journaliste à la base et je n’ai pas fait l’école de cinéma. Mais quand il y a un grand producteur comme Christophe Rossignon qui t’appelle pour te proposer de faire un film, soit tu dis non merci, soit tu sautes dans le train pendant qu’il passe. C’est ce que j’ai fait. »

Édouard Bergeon a aussi eu la chance de pouvoir compter sur le populaire acteur Guillaume Canet, qui s’est impliqué à fond dans son film en acceptant même de subir une transformation physique pour jouer le rôle principal. 

« Avec le recul, je m’aperçois que ce rôle n’aurait pas pu être joué par quelqu’un d’autre que Guillaume, souligne le réalisateur. Il a été d’une sincérité et d’un engagement total dans le film. C’est un père de famille de 47 ans qui réfléchit sur l’état dans lequel on va laisser la planète à nos enfants et qui utilise sa notoriété pour faire passer des messages. Quand il a vu mon documentaire et que je lui ai fait lire mon scénario, il a tout de suite sauté sur ce film. »

C’est d’ailleurs Canet lui-même qui a lancé l’idée de se transformer physiquement pour le rôle : « Mon père avait une calvitie et une moustache et en voyant une photo de lui, Guillaume m’a dit : “je vais me faire la même tête que ton père”, relate Édouard Bergeon. Dans certaines scènes du film, il porte même les vieilles bottes de mon père. Il a fait une immersion totale dans le personnage ». 


♦ Le film Au nom de la terre, à l’affiche depuis vendredi