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Chronique d’une femme qui s’assume!

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Je suis une femme de 71 ans qui vit dans une résidence pour personnes âgées. La majorité de ceux et celles qui y habitent reçoivent leur plateau-repas dans leur chambre, mais comme je paye le minimum, je dois me nourrir avec ce que j’achète au dépanneur avec le maigre 343 $ par mois qu’il me reste. Tout le monde ici a peur de la COVID-19, mais pas moi. Je me dis qu’il faut bien mourir de quelque chose, hein !

Je lis souvent votre chronique et je suis étonnée de voir combien les gens se plaignent pour tout et n’importe quoi. En particulier les femmes. Leur mari qui est trop ceci et pas assez cela. Je fus moi-même mariée pendant 36 ans à un homme de 16 ans plus vieux que moi, et j’ai toujours pensé qu’une femme qui se respecte doit être capable de se passer de tout ce qu’elle n’a pas sans se plaindre. J’en suis la preuve vivante.

Mon mari était alcoolique, chiâleux, violent et paresseux. Je l’ai pourtant enduré et soigné pendant les 16 dernières années de sa vie. Il fut emporté par un cancer généralisé à 79 ans. Je ne lui en ai pas moins offert une belle messe de funérailles à l’église, laquelle fut suivie d’un gros buffet, avant que je ne transporte moi-même ses cendres au cimetière. C’est là que j’ai mis un point final à l’histoire, car je ne suis jamais retournée sur sa tombe ensuite.

J’avais 62 ans à ce moment-là, et avec la petite pension à laquelle j’avais droit, je n’en menais pas large. Mais je trouvais ça correct comme ça. Pour tout vous dire, je n’ai jamais aimé l’homme avec lequel j’ai passé ma vie. Je me demande même si je n’ai jamais aimé quelqu’un au cours de ma vie. Mais si je me fie à la réponse que vous donnez ce matin à celle qui vous raconte les souffrances que lui inflige un conjoint qu’elle ne se décide pas à quitter après 52 ans de mariage, je devais être moi aussi une dépendante affective.

Par contre, et contrairement à elle, je ne me suis jamais plainte de mon sort à personne. J’ai enduré mon destin jusqu’à la fin. Ça m’aurait donné quoi, de me séparer ? Pour peut-être rencontrer quelqu’un de pire que lui ? Je déplore d’ailleurs qu’autant de femmes se fassent prendre dans les griffes de l’amour. Quand on est incapable d’aimer, on souffre beaucoup moins.

Je ne sais comment vous trouvez toutes les réponses que vous donnez aux fatigantes qui vous écrivent leurs malheurs. Celles qui ne pensent qu’au lit, à leurs rides et aux vêtements qu’elles espèrent s’acheter. Mais si j’étais à votre place, moi je leur dirais carrément que quand on accepte son sort et qu’on n’espère pas plus que ce que la vie nous donne, on a moins de risque de souffrir.

Une femme drette dans ses souliers

Je me suis demandé si je devais réagir à vos propos tellement je trouvais surprenant que vous preniez la peine de m’écrire, alors que vous semblez convaincue de détenir la vérité. Puis je me suis ravisée en me demandant si vous ne cacheriez pas, sous le couvert d’une femme résignée à son sort, une part de haine envers toutes celles qui revendiquent leur droit au bonheur et qui cherchent les moyens d’y parvenir.

Il serait intéressant que vous vous interrogiez sur le fait de vous être sentie interpellée par le cas que vous citez dans votre quatrième paragraphe, et en particulier par les termes « dépendante affective » que j’attribuais à la femme qui m’exposait sa situation et qui ont trouvé un écho en vous. Rappelez-vous que la dépendance affective fait souvent accepter l’inacceptable par la personne qui en est victime. En terminant, je vous avoue douter de votre affirmation « Ne pas espérer plus que la vie nous donne empêche de souffrir ».