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Hymne national en anglais seulement: des Québécois choqués

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Des amateurs de hockey et des défenseurs du fait français au Québec sont indignés parce que le chanteur Michael Bublé n’a interprété que la version anglaise de l’hymne national, samedi, lors du premier match des séries du Canadien à Toronto.

Sur les réseaux sociaux, les réactions n’ont pas tardé après le tour de chant du crooner britanno-colombien.

«Pas foutu de faire l’hymne national dans les 2 langues...», a tweeté l’ancien de Montréal et ex-ministre libéral Denis Coderre pendant le match.

«Paraît que l'hymne national était seulement en anglais hier soir au match des Canadiens à Toronto ! Business as usual...», a commenté pour sa part le député du Bloc québécois Denis Trudel, sur son compte Twitter.

Normal?

Du côté de l’organisation du Canadien, on dit aussi avoir tiqué en entendant le Ô Canada samedi soir.

«Tout de suite après, Geoff Molson (le propriétaire du CH) m’a texté pour que je demande à la ligue pourquoi c’était juste en anglais», a affirmé Paul Wilson, vice-président aux affaires publiques pour le club.

La Ligue nationale de hockey (LNH) lui a répondu qu’en théorie, Pittsburgh était la ville hôte samedi soir.

Or, quand la Sainte-Flanelle joue dans une ville américaine, l’hymne national canadien est presque toujours chanté en anglais seulement.

«C’est la ligue qui gère ça, mais en théorie, on va être la ville hôte mercredi et on va avoir notre chanteur», a laissé entendre M. Wilson: une information que la LNH a depuis confirmée à l’Agence QMI.

En temps normal, le «Ô Canada» est chanté dans les deux langues officielles uniquement à Montréal et à Ottawa.

Même dans les autres villes canadiennes – comme Edmonton et Toronto, là où se déroulent ces séries éliminatoires exceptionnelles à cause de la pandémie – ce chant patriotique est habituellement présenté en anglais seulement. Parfois, l’interprète va glisser un passage en français si le Tricolore est le visiteur, mais cette marque de courtoisie n’est pas une règle.

À noter aussi que l’interprétation de Michael Bublé était préenregistrée et a servi tant pour le match de samedi opposant les Canadiens de Montréal aux Penguins de Pittsburgh que pour celui où s’affrontait les Blackhawks de Chicago et les Oilers, à Edmonton

Sujet sensible

Reste que pour Maxime Laporte, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, ces raisons ne doivent pas servir d’excuses. Pour lui, le malaise est beaucoup plus profond que l’événement de samedi soir.

«Non seulement a-t-on fait de l’hymne national des francophones de ce continent, un hymne "canadian", mais en plus on l’a bilinguisé puis anglicisé», a-t-il pesté, en référence à l’histoire de cette chanson.

Écrite pour la fête de la Saint-Jean-Baptiste de 1880 par Adolphe-Basile Routhier, le «Ô Canada» était à l’origine un hymne pour les Canadiens français. Au début du 20e siècle, des versions anglaises commencent à se répandre dans le reste du pays.

Cette mélodie s’impose alors comme hymne national, mais ce n’est qu’en 1980, après le premier référendum, que le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau le reconnait comme l’hymne officiel du Canada.

Souverainiste convaincu, Maxime Laporte reconnaît ne pas être attaché au «Ô Canada», mais croit que la moindre des choses, ce serait que l’hymne ne soit interprété qu’en français dans l’avenir au Centre Bell.

«Mais encore là, on n’arriverait pas pour autant à corriger le détournement de sens qui s’est opéré au fil du temps. Car sauf les spécialistes, à peu près personne ne sait que le Canada dont il est question dans cet hymne, c’est le Canada français», a-t-il ajouté.

Jean-Paul Perreault d’Impératif français est lui aussi choqué, mais il n’est guère étonné que Michael Bublé n’ait poussé la note que dans la langue de Shakespeare samedi.

«Il y a dans la Ligue nationale, un manque évident de respect pour les différences nationales, pour la langue nationale des Québécois. Même si on se bat depuis des années, la ligue refuse que les arbitres puissent rendre leur décision en français à Montréal», a souligné M. Perreault.