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Sœur de star

La jalousie est un vilain défaut
Photo courtoisie La jalousie est un vilain défaut
Hugo Léger, XYZ, 264 pages, 2020

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La jalousie n’est pas qu’un déplorable trait de caractère, elle peut aussi être d’une cruauté raffinée. Surtout si elle a la famille pour scène, et une vedette à l’avant-plan.

Dans La jalousie est un vilain défaut, celui qui raconte s’appelle Philippe Vallières et il sait tenir la plume. 

Il est journaliste de profession, mais aussi auteur de biographies autorisées pour arrondir ses fins de mois. Il vient justement d’être contacté par son éditeur pour écrire la biographie de la jeune Laurence Stewart, star hollywoodienne, mais québécoise pur jus. Une espèce de Céline Dion du grand écran.

Philippe a pour mandat de révéler la « vérité » de la vedette adulée, mais en y allant avec des pincettes. Laurence, née Charlier, ne veut pas vraiment tout dire, l’agente de la jeune femme entend tout lire voire réécrire, et l’éditeur met aussi son nez dans l’ouvrage.

Philippe lui-même se pose des questions. Il a 44 ans, traîne un lot de déceptions sentimentales, personnelles et professionnelles, et sait très bien que c’est strictement l’attrait de l’argent qui lui fait accepter ce nouveau contrat. Le livre sera traduit et vendu à travers le monde. Un pactole l’attend !

Mais revenir sur la vie d’une autre l’amène aussi à explorer la sienne, ce qui n’a rien de réjouissant. Certes, son œil sarcastique donne bien du piquant à sa narration, mais ce qu’il constate ne cesse d’alimenter son cynisme.

Car pour écrire la biographie de Laurence, il doit rencontrer ses proches. Dont sa sœur Chloé, l’omniprésente, écrasante, implacable aînée. La jalousie qui avance sous le masque de la gentillesse. Et Laurence qui voit tout, mais ne réagit pas.

Entre deux univers

Le roman d’Hugo Léger décortique avec brio la relation complexe entre les deux sœurs. Elle ressort d’autant mieux qu’il fait alterner le texte officiel de la biographie que rédige Philippe et les réflexions que celui-ci tire des entrevues qu’il mène. On voit littéralement le biographe réécrire l’histoire pour laquelle il est payé !

Grâce à ce procédé, Hugo Léger nous fait naviguer entre deux univers.

D’abord, celui des biographies autorisées, affaires d’incessants compromis entre un auteur et son sujet – et ça nous est présenté avec une ironie mordante !

Ensuite, celui de la dureté des rapports dans une fratrie quand la jalousie s’en mêle. Chloé ne supporte pas la réussite professionnelle éclatante de sa sœur et connaît toutes les gammes de la manipulation. Le découvrir est un exercice fascinant !

Du côté de chez Philippe, c’est au fond la même dynamique. Frères et sœurs sont aux antipodes, mais entre lui et son frère aîné, politicien, il y a carrément un mélange de haine et de soumission. 

À mesure qu’on avance dans le récit, Philippe prend d’ailleurs de plus en plus de place et s’enfonce dans son mal-être. Or cet enlisement alourdit un récit autrement enlevant.

Heureusement, ce n’est là qu’un bémol : les liens familiaux tels que revisités par Léger sont suffisamment troublants pour valoir le coup d’œil !