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Coup d’État à Hong Kong

La chef de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam
Photo AFP La chef de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam

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La chef de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, vient de décider de reporter d’au moins un an les élections législatives qui étaient prévues en septembre. 

Des dirigeants du mouvement démocratique de Hong Kong parlent d’un coup d’État. Ils ont raison. Lam n’a pas le droit de prendre une telle décision. La loi de Hong Kong autorise un report maximal de deux semaines. Bien entendu, le gouvernement chinois est d’accord avec Lam. La pandémie de COVID-19 sert de prétexte à ce report. En fait, le délai vise à donner davantage de temps à Pékin pour écarter les candidats démocrates du pouvoir. En prime, il permet à des élus détestés par la population de demeurer en place une année supplémentaire.

Quels sont les arguments de Lam pour reporter les élections ?

Carrie Lam se dit très inquiète de la progression de la pandémie à Hong Kong. Vendredi, 121 nouveaux cas de COVID-19 ont été déclarés. Elle a donc décidé de reporter les élections législatives pour que la maladie ne se propage pas davantage. Elle assure qu’aucun motif politique n’a guidé sa décision. Selon elle, il serait très difficile de mener une campagne électorale en temps de pandémie. Les personnes âgées pourraient craindre d’aller voter. Les hôpitaux pourraient être débordés. Les citoyens de Hong Kong qui habitent à l’extérieur de la ville, particulièrement de l’autre côté de la frontière avec la Chine, ne pourraient pas venir voter en raison des règles de confinement. Leurs droits seraient donc brimés.

Quels sont les arguments des candidats démocrates ?

Les candidats démocrates font observer qu’une soixantaine de pays dans le monde ont tenu des élections malgré la pandémie. Effectivement, des mesures d’hygiène strictes et le vote par correspondance permettent de tenir des élections avec peu de risques. La situation à Hong Kong, une ville de 7,5 millions d’habitants, est loin d’être catastrophique. Avec 436 cas par millions d’habitants, Hong Kong arrive au 137e rang mondial des pays ou territoires les plus touchés. En termes de nouveaux cas par jour, la ville arrive au 52e rang. Rien d’affolant. 

Quelles sont les raisons réelles du report des élections ?

Les véritables motifs sont politiques. Aux élections de district de novembre dernier, une vague de candidats démocrates a balayé Hong Kong. Les démocrates ont remporté 17 des 18 districts. Les démocrates auraient probablement réussi un score similaire lors des élections législatives de septembre. Sur les 70 sièges à pourvoir, 35 sont choisis par les électeurs, 30 par les compagnies regroupées par secteurs d’activité et cinq par les représentants des districts. Les compagnies hongkongaises, largement dominées et contrôlées par Pékin, votent en majorité pour des candidats pro-Pékin. Mais leur nombre aurait probablement été insuffisant pour empêcher la formation d’un gouvernement démocrate. 

Le gouvernement chinois avait-il d’autres options ?

L’autre option était de manipuler grossièrement le résultat des élections, ce que la nouvelle loi sur la Sécurité de Hong Kong donne le droit de faire à Pékin. Mais la manœuvre risquait d’être trop visible et manifestement, le nouveau bureau sur la Sécurité manquait de temps pour saboter les élections. Du reste, la disqualification ces derniers jours d’une douzaine de candidats démocrates par Pékin paraît très mal.

Hong Kong peut-elle être sauvée ?

Le gouvernement de Xi Jinping ressemble de plus en plus à celui de Kim Jong-un en Corée du Nord. Tant que Xi et son équipe demeureront en place, il n’y aura rien de bon à espérer du gouvernement chinois.