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Les préjugés font des dégâts dans une nouvelle enquête de Maud Graham

Chrystine Brouillet
Photo Pierre-Paul Poulin Chrystine Brouillet

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À la fois inquiète et en colère contre les comportements et les crimes homophobes et xénophobes, l’écrivaine Chrystine Brouillet les a intégrés dans la nouvelle enquête de Maud Graham. Les Cibles, son nouveau roman, place Maud Graham face à cette triste réalité. À travers une intrigue complexe, percutante et directe, Chrystine Brouillet dépeint une société où on peut faire mieux.

Maud et son équipe se retrouvent devant une situation frustrante : un cold case. Une enquête non résolue, faute de preuves. Malgré toute son expérience, l’héroïne de la série a toujours autant de mal à accepter ce genre de situation. Lorsque de nouveaux indices viennent remettre à l’avant-plan un meurtre et une disparition survenus des années plus tôt, elle se lance dans la quête de vérité. 

Chrystine Brouillet a écrit ce roman sans compromis, avec la rage au cœur et une grande colère. Elle l’explique en entrevue. «Je ne peux pas croire qu’en 2020, il y a encore des pays où l’homosexualité est illégale. Il y a des pays où c’est passible de peine de mort. Et dans les groupes-écoles, on entend les enfants dire “t’es fif”, “t’es tapette”, “t’es moumoune”. Je n’en reviens pas qu’en 2020, on n’ait pas plus évolué. Il y a encore beaucoup de travail à faire. Oui, c’est mieux que c’était, et au Québec, c’est mieux que bien des places. Mais c’est pas parce que c’est mieux qu’il n’y a pas place à l’amélioration.»

Elle poursuit. «On ne peut pas agresser des gens parce qu’ils n’ont pas la même orientation sexuelle que notre propre petite personne. Je trouve ça inadmissible. Je me suis fâchée. Donc voilà : j’en parle.»

Réalité et fiction

Chrystine Brouillet n’a pas eu à chercher trop loin pour se documenter. «Quand tu cherches sur internet, il y a des pages et des pages et des pages d’incidents homophobes. On a le choix, hélas. Ça arrive chez nous comme partout ailleurs.»

Son roman est de la pure fiction, ajoute-t-elle, mais cette fiction s’inspire de la réalité. «Il y a de ce genre de crimes, et c’est malheureux.»

Les personnages de Gilbert Baril et Jérôme Tardieu, deux individus aux intentions malveillantes, sont très intéressants. «Gilbert Baril, c’est quelqu’un de dangereux, mais c’est une brute. Tardieu est beaucoup plus dangereux. Tu n’as pas de prise sur ce personnage-là. Ce sont deux personnages qui pensent qu’ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent. Ils n’ont aucune considération pour les gens autour et ils sont sûrs de leur bon droit.»

Maud Graham

Chrystine Brouillet était heureuse de retrouver Maud Graham, pour la 19e fois! «Je retrouve une amie. Je suis en terrain connu. Ça me permet de me concentrer sur les intrigues.» La romancière fait remarquer que son héroïne n’est pas très patiente... «Je l’aime, Maud, et elle a bien raison de s’énerver.»

La pandémie

Par ailleurs, l’écrivaine souhaite que les gens se responsabilisent face à la pandémie en portant le masque en public, en se lavant les mains et en respectant la distanciation sociale, pour éviter une deuxième vague. «Sinon, qui va payer? Ça va être les gens de la santé qui vont être encore au front après le travail colossal qu’ils ont fait.» 

Elle n’aime pas les récalcitrants ni les inconscients. «On te demande de te laver les mains. C’est quand même pas une coloscopie!» Elle est excédée par le comportement de certains, qui se fichent des consignes à suivre. «Laisse-moi te dire que quand Maud Graham va s’exprimer sur le sujet... j’ai pris des notes!» fulmine-t-elle.  

  • Chrystine Brouillet a écrit plus d’une cinquantaine de romans, surtout policiers.  
  • Sa série mettant en scène la détective Maud Graham remporte un énorme succès, avec plus de 750 000 exemplaires vendus.  
  • Chrystine Brouillet a dirigé le collectif Ponts, qui sera publié en septembre.    

EXTRAIT  

Les Cibles<br/>
Chrystine Brouillet<br/>
Éditions Druide<br/>
376 pages
Photo courtoisie
Les Cibles
Chrystine Brouillet
Éditions Druide
376 pages

«Tardieu avait raccompagné Baril à la porte en lui disant qu’ils passeraient une belle fin de semaine et il le regardait maintenant s’éloigner en maugréant contre sa propre stupidité. Les imbéciles, tout compte fait, étaient plus dangereux que les gens intelligents. Il n’aurait jamais dû s’associer à Baril. Il retourna à la cuisine, se servit une larme de scotch en se félicitant d’avoir inventé ce voyage de chasse.»