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[PHOTOS] Voici 10 projets de l'architecte et ingénieur Charles Baillairgé qui ont laissé une empreinte sur Québec

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Charles Baillairgé est né à Québec le 29 septembre 1826. Il est de la quatrième génération d'une dynastie d’architectes.

En effet, il était le petit-cousin de l'architecte Thomas Baillairgé, le petit-neveu du sculpteur François Baillairgé et l'arrière-petit-fils du charpentier Jean Baillairgé. 

Il fait son apprentissage auprès du cousin de son père, Thomas. À 22 ans, il obtient ses diplômes en architecture, en génie civil et en arpentage. 

Dès lors, il conçoit et réalise des œuvres. Il est très avant-gardiste et n'hésite pas à explorer de nouveaux styles et de nouvelles techniques. 

En 1866, il devient ingénieur et surintendant des travaux publics de la ville de Québec. Il laissera alors une marque indélébile dans la capitale en occupant ce poste jusqu’en 1899. 

Il a conçu plus de 180 édifices, a prononcé des dizaines de conférences et écrit plus de 250 ouvrages et articles sur l’architecture, l’ingénierie, la langue, les mathématiques et même les enseignements de la vie. Il meurt à Québec le 10 mai 1906. 

Nous vous présentons Charles Baillairgé en 10 projets.

1. La première voiture  

Charles Baillairgé vers 1890, BAnQ, Fonds J.E. Livernois Ltée, P560,S2,D1,P49.
Charles Baillairgé vers 1890, BAnQ, Fonds J.E. Livernois Ltée, P560,S2,D1,P49.

En 1843, alors qu'il n'avait que 17 ans, Charles Baillairgé conçoit et construit une automobile mise en mouvement par un moteur à vapeur de deux cylindres. L'engin fonctionnait, mais il faisait tellement de bruit qu'il effrayait les chevaux et les autorités décident d'interdire que ce véhicule circule sur les routes. 

Néanmoins, c'était une grande réalisation. Il s'agit probablement de la première automobile en Amérique du Nord. C'était 60 ans avant la Ford A d'Henry Ford. 

C'est probablement lui qui avait inspiré le dentiste de Québec Henri-Edmond Casgrain; celui-ci faisait l'acquisition de la première voiture motorisée de la province de Québec en 1897.

2. La terrasse Dufferin  

Kiosque à musique du boulevard Langelier vers 1895, BAnQ, Fonds Philippe Gingras, P585,D14,P1.
Kiosque à musique du boulevard Langelier vers 1895, BAnQ, Fonds Philippe Gingras, P585,D14,P1.

Le 23 janvier 1834, le château Saint-Louis est détruit par un incendie. Quatre ans après le sinistre, le gouverneur Durham décide de rendre cet espace public. Pour ce faire, il fait aménager une terrasse. La vue imprenable qui était jusque-là réservée au seul gouverneur est désormais offerte à tous les citoyens. Bien qu'elle soit légèrement allongée en 1854, elle ne dépasse pas les limites de l'actuel Château Frontenac. Il faudra attendre 1878 pour que Charles Baillairgé dessine les plans de la terrasse Dufferin qui se rend alors jusqu'au pied du glacis de la citadelle.

Il ponctue son parcours de cinq kiosques pour permettre aux promeneurs de s'abriter du soleil ou de la pluie. Il en ajoute un sixième qui sera destiné à la présentation de performances musicales. Il existe encore de nos jours. Sa conception est identique à celle des autres kiosques. Cependant, son plancher est surélevé pour permettre aux groupes musicaux d'être vus du public et son plafond épouse la forme d'un cône renversé pour projeter la musique à l'extérieur du kiosque. 

Devant le succès de cette attraction, Baillairgé en fera construire deux autres. Le premier se trouvait à proximité, dans l'actuel parc Montmorency. Il sera démoli au tournant des années 1960. L'autre était situé à la limite des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur, sur la rue Saint-Ours, aujourd'hui le boulevard Langelier. Il demeurera en place au moins jusque dans les années 1920. Il sera démoli et on retrouve aujourd'hui à son emplacement la statue de sir Wilfrid Laurier.

3. Les postes de charretier  

Poste de charretiers de l'hôtel de ville, collection Cap-aux-Diamants, 20140211e.
Poste de charretiers de l'hôtel de ville, collection Cap-aux-Diamants, 20140211e.

Dans la ville de Québec, depuis aussi longtemps que le Régime français, des charretiers ont offert leurs services pour transporter les gens et les marchandises. Au XIXe siècle, toutefois, ce commerce devient très réglementé. Ainsi, tous les tarifs sont structurés dans des grilles régies par l'Administration municipale. De plus, les charretiers en attente de livrer leur service sont regroupés à des postes précis disséminés à travers la ville. 

À partir de 1893, Charles Baillairgé leur fera construire des abris de forme octogonale en s'inspirant des kiosques de la terrasse Dufferin qu'il avait dessinés une quinzaine d'années auparavant. Aussitôt, ces postes sont équipés d'appareils téléphoniques, ce qui facilite la vie de tout le monde, charretiers et clients. Il existait alors 16 postes où l'on pouvait louer une voiture. 

Avec l'apparition des automobiles, les charrettes céderont peu à peu leur place aux voitures taxis et les kiosques de charretiers deviendront des stations de taxis. De nos jours, plusieurs de ces postes sont toujours localisés aux mêmes endroits où Baillairgé avait construit ses abris de charretiers au XIXe siècle.

4. Le cimetière Saint-Charles  

Monument funéraire de Charles Baillairgé, cimetière Saint-Charles, Suzanne Beaumont.
Monument funéraire de Charles Baillairgé, cimetière Saint-Charles, Suzanne Beaumont.

Le nouveau cimetière Saint-Charles est béni le 3 juin 1855. C'est l'année précédente que Charles Baillairgé en avait dessiné les plans. Il avait conçu un aménagement paysager mixte, c'est-à-dire s'inspirant autant des jardins anglais, en harmonie avec les accidents du terrain, que des jardins français, très géométriques. Il avait été aménagé sur le terrain du juge Philippe Panet, situé sur le chemin de Lorette, aujourd'hui la rue Saint-Vallier Ouest. On voulait doter la paroisse Saint-Roch d'un cimetière situé en dehors de la ville pour des raisons d'hygiène publique et en raison de la peur des épidémies.

Lors de son décès survenu en 1906, Charles Baillairgé a été inhumé dans le cimetière qu'il avait imaginé. Il avait également dessiné son monument funéraire, d'une simplicité désarmante. Son prénom n'y apparaît même pas. Il s'agit d'un bloc carré en granit brut surmonté d'un médaillon circulaire en marbre blanc. On y a gravé une croix, l'acronyme «RIP», les mots «Famille Baillairgé» et les noms de son fils et de sa bru.

5. L'Université Laval  

L'Université Laval vers 1870, BAnQ, collection initiale, P600,S6,D1,P388.
L'Université Laval vers 1870, BAnQ, collection initiale, P600,S6,D1,P388.

En 1854, l'architecte Charles Baillairgé va édifier le plus haut bâtiment de Québec, l'Université Laval. Comme toujours, Baillairgé innove. Il veut que ce pavillon devienne l'icône de l'université. Il dessine donc un édifice de cinq étages, de 90 mètres de longueur et coiffé d'une toiture plate, la première au Canada.  

Malheureusement, cette innovation deviendra une source d'ennuis. À peine terminée, la toiture éprouve des problèmes d'étanchéité et elle commence à couler. Par conséquent, en 1875, Joseph-Ferdinand Peachy ajoute à l'édifice un toit mansardé coiffé d'un dôme central et de lanternes à ses extrémités. C'est ce qu'on y retrouve toujours aujourd'hui.

L'Université Laval en 1928, avec la toiture de Peachy et la fausse-façade de Baillairgé, T. Lebel, P600,S6,D1,P389.
L'Université Laval en 1928, avec la toiture de Peachy et la fausse-façade de Baillairgé, T. Lebel, P600,S6,D1,P389.

Par ailleurs, Baillairgé rehausse le mur aveugle bordant la rue des Remparts d'une fausse façade en bois. Un trompe-l'œil représente des ouvertures ornées de persiennes et un entablement doté d'un balcon. Le pavillon devient soudainement monumental. Malheureusement, cette fausse façade a été démolie en 1970. Néanmoins, cet édifice demeure une icône du Vieux-Québec.

6. La maison Cirice-Têtu     

La Maison Cirice-Têtu, Jean Gagnon, Wikimedia Commons.
La Maison Cirice-Têtu, Jean Gagnon, Wikimedia Commons.

Charles Baillairgé a également dessiné des édifices privés commandés par des particuliers. À titre d'exemple, la magnifique maison que le marchand Cirice-Têtu se faisait construire en 1853. Elle est située au 25 de l'avenue Sainte-Geneviève dans le Vieux-Québec. 

Lorsqu'il en dessine les plans en 1852, Baillairgé n'a que 26 ans. Il s'agit d'une maison de style néoclassique, voire néogrec, avec des colonnes doriques et des couronnes de laurier. 

C'est dans cette maison que demeurera la famille du philosophe Charles De Koninck au milieu du XXe siècle. C'est également à cet endroit que les De Koninck ont reçu l'aviateur-écrivain Antoine de Saint-Exupéry en 1942. Cet immeuble a été désigné pour son importance historique nationale du Canada en 1973.

7. La prison des Plaines  

Prison des plaines d'Abraham vers 1900, BAnQ, fonds J.E. Livernois Ltée, P560,S1,P123.
Prison des plaines d'Abraham vers 1900, BAnQ, fonds J.E. Livernois Ltée, P560,S1,P123.

Le 4 septembre 1861 avait lieu la pose de la pierre angulaire de la nouvelle prison des Plaines. Construite selon les plans de Charles Baillairgé, elle remplaçait l’ancienne prison de la rue Saint-Stanislas. Curieusement, celle-ci avait été conçue selon les plans de son grand-oncle François, plus de 50 ans auparavant. 

Baillairgé s'inspire de l'architecture austère des palais romano-toscans de la Renaissance italienne, ce qui correspond bien à sa fonction. De plus, on y retrouve une tour de guet polygonale. 

Selon les plans initiaux de l'architecte, l'édifice aurait dû être beaucoup plus grand en épousant la forme d'un trident. Malheureusement, seule l’aile a été construite. Sur sa façade donnant sur l’avenue George-VI, il aurait dû y avoir un effet miroir à l’ouest, du côté du Musée national des beaux-arts du Québec. 

La prison des Plaines est inaugurée en 1867. Elle sera en fonction jusqu’en 1970, alors qu’elle est déménagée à Orsainville. De 1971 à 1974, elle servira d’auberge de jeunesse. En 1991, elle est intégrée au musée des beaux-arts voisin. Le bâtiment porte maintenant le nom de «Pavillon Charles-Baillairgé» en souvenir de cet architecte.

8. La tour de Monseigneur Taschereau     

Tour conique érigée par Charles Baillairgé à la place d'Armes en 1886 en l'honneur du cardinal Taschereau, BAnQ, P560,S2,D2,P300397-6.
Tour conique érigée par Charles Baillairgé à la place d'Armes en 1886 en l'honneur du cardinal Taschereau, BAnQ, P560,S2,D2,P300397-6.

Le 7 juin 1886, le pape Léon XIII fait de l'archevêque de Québec, Elzéar-Alexandre Taschereau, le premier cardinal canadien. À son retour à Québec, ses fidèles lui organisent une grande fête. Elle a lieu le 21 juillet. Pour l'occasion, toute la ville est décorée et plusieurs activités sont au programme.

Pour Charles Baillairgé, tous les prétextes sont bons pour fabriquer des choses bien souvent inutiles, mais qui lui permettent de mettre en pratique un principe scientifique qu’il a bien souvent imaginé. Pour la grande fête cardinalice, il conçoit et fait construire une tour conique de 100 pieds (30,5 m) de hauteur. Il l’installe à la place d’Armes, sur la fontaine. Elle est toute en bois et, le soir de la fête, elle est éclairée par 1000 lanternes chinoises. 

Bien qu’elle ne soit pas fixée au sol, elle demeurera en place durant quatre ans, jusqu’à ce qu’elle soit emportée par un minicyclone. Du Baillairgé à son meilleur.

9. L'aquarium de la terrasse  

Esquisse du projet d’aquarium de Charles Baillairgé présenté en 1900, Le Soleil, 26 avril 1900.
Esquisse du projet d’aquarium de Charles Baillairgé présenté en 1900, Le Soleil, 26 avril 1900.

Plusieurs des rêves de Charles Baillairgé n'ont pas été réalisés. En voici un, pour le moins extravagant. De nos jours, la terrasse Dufferin abrite une crypte archéologique. Elle aurait pu abriter des poissons.

Au tournant du XXe siècle, l’auteur des plans de la terrasse Dufferin proposait d’y ouvrir une attraction unique. En effet, il souhaitait qu’on y aménage un aquarium, ce qu’il appelait alors un «conservatoire de la faune maritime, fluviatile et lacustrine de la terre». L’entrée aurait été située sous le kiosque Lorne, au même endroit qu’aujourd’hui, et la sortie se serait trouvée à un peu plus de 200 m au sud, à l’actuel kiosque Dufferin. 

En bordure de la falaise, entre ces deux points, l’installation aurait eu deux étages de 3 m de hauteur chacun. Si nécessaire, la partie basse aurait servi à la défense de la ville, par les embrasures et meurtrières déjà en place, et la partie haute aurait accueilli les 33 viviers qui auraient été placés les uns à la suite des autres. L’ingénieur avait prévu toute la structure, l’étanchéité et le chauffage de ces bassins. Faute de fonds ou simplement par manque de volonté des autorités, ce projet n’est jamais allé plus loin que l’imagination de Baillairgé.

10. Le pont de Québec  

Projet de pont entre Québec et Lévis, 1851, Charles Baillairgé, journal L'Action, 29 novembre 1967.
Projet de pont entre Québec et Lévis, 1851, Charles Baillairgé, journal L'Action, 29 novembre 1967.

Charles Baillairgé était probablement visionnaire. Ces dernières années, on parle beaucoup d'un troisième lien entre les rives de la capitale. Baillairgé y avait pensé, et ce, bien avant la construction du vieux pont de Québec.

En 1851, alors qu’il n’a que 25 ans, il élabore un projet qui consiste en un pont suspendu, fait de quatre piliers de pierres reposant au fond du fleuve et reliant trois travées de 1200 pieds (365,8 m) chacune et deux demi-travées de 600 pieds (182,9 m), pour une longueur totale de 4800 pieds (1,5 km). 

Il aurait été construit entre le secteur de la terrasse Dufferin et celui de la terrasse de Lévis. L'endroit choisi était le plus étroit entre les rives, mais également le plus profond dans l'eau. Il était estimé à 10 millions de dollars. 

Plusieurs ingénieurs, tant canadiens qu'américains, avaient ridiculisé ce projet. S'il avait été réalisé, le Château Frontenac et le Vieux-Québec n'existeraient simplement pas aujourd'hui. Ouf!

Pour plus d'information, lire: Christina Cameron, Charles Baillairgé, architect and engineer, McGill-Queen's University Press, 1989, 201 pages.

Un texte de Jean-François Caron, historien  

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