/news/green
Navigation

Une pluie collante provenant de la cimenterie

Des ratés techniques à l’origine d’une inquiétante poussière

Cimenterie McInnis Port-Daniel
Photo courtoisie La cimenterie McInnis à Port-Daniel-Gascons, en Gaspésie.

Coup d'oeil sur cet article

Depuis juin, les résidents de Port-Daniel-Gascons en Gaspésie sont aux prises avec des épisodes de pluie de poussière collante qui résiste à l’eau et au savon, en raison de ratés techniques à la cimenterie McInnis. Une situation qui n’a pas été signalée aux autorités publiques.

« C’est une situation anormale et sérieuse », convient Maryse Tremblay, directrice des communications du géant industriel en entrevue avec Le Journal.

Des produits spéciaux sont nécessaires pour retirer la couche de poussière qui se dépose sur les maisons.
Photo courtoisie
Des produits spéciaux sont nécessaires pour retirer la couche de poussière qui se dépose sur les maisons.

Des bris et une défaillance informatique ont provoqué des « épisodes de poussières » entre le 5 juin et 24 juillet. Des résidents inquiets ont fait parvenir des photos au Journal (voir mortaise) de dépôts qui se sont incrustés sur des maisons et des voitures. Cette couche de matière fine a été décrite comme ressemblant à une « couche de neige » à la texture collante, « qui ressemble à du papier sablé ».

L’entreprise affirme qu’elle a respecté la loi et déclaré ces rejets accidentels aux autorités publiques. Or, c’est Le Journal qui a appris la nouvelle au ministère de l’Environnement et à la direction de la Santé publique de Gaspésie.

Tenu dans l’ignorance

« Le ministère n’a pas reçu de signalements de la part de l’entreprise ou de citoyens à propos de la présence de poussières sur des biens appartenant à des particuliers », a indiqué l’attaché de presse Anthony Doucet. Il déclare que le ministère « effectuera prochainement une inspection des lieux pour vérifier le bien-fondé de ces affirmations ».

La poussière collante adhère aux automobiles.
Photo courtoisie
La poussière collante adhère aux automobiles.

Le chien de garde de l’environnement n’est donc pas en mesure de dire aujourd’hui quelle est la nature exacte de ces dépôts et leur toxicité. Le ministère soutient qu’un seul incident — où la poussière ne serait pas sortie du périmètre de l’entreprise — a été signalé par Ciment McInnis, le 3 juillet, et qu’un « avis de non-conformité » a été émis.

Pour sa part, la Direction de santé publique de la Gaspésie a souligné que des « vérifications seront faites dans les prochaines semaines ». C’est également le Bureau parlementaire qui leur a appris la nouvelle.

« Pas agréable »

Mais que tombe-t-il sur la tête des Port-Danièlois ? McInnis affirme qu’il s’agit de poussière de clinker, une composante du ciment qui résulte de la cuisson à haute température de calcaire et d’argiles.

Cimenterie McInnis Port-Daniel
Photo courtoisie

Éliminer ces dépôts n’est pas chose facile. « Ça ne part pas avec de l’eau et du savon. C’est une matière qui colle, et ça prend un produit spécifique pour faire le nettoyage. Ce n’est vraiment pas agréable », reconnaît Mme Tremblay. L’entreprise se charge du ménage des habitations et des biens souillés.

Mais certains se questionnent sur l’effet du clinker sur la santé. « Ce que le monde se dit, c’est que si ça colle sur les chars et les maisons, c’est que ça va partout. Quel est l’impact sur la santé ? Sur l’environnement, sur les poumons ? » s’interroge Pascal Bergeron, porte-parole d’Environnement Vert Plus.

« Ils ont des stations de surveillance de la qualité de l’air. On veut savoir ce qui sort de là, et quand ça sort. On n’a pas envie de jouer au chat et à la souris. On a besoin de ces données », ajoute-t-il. 

Pleine capacité

Ces incidents ont eu lieu alors que la cimenterie atteint sa capacité maximale de production après trois ans d’opération. La direction de l’usine soutient toutefois qu’il s’agit d’un hasard. Les épisodes de poussières n’ont pas tous la même cause.

Dans un cas par exemple, le système de pression négative d’un four est tombé en panne lorsque le programme de protection de surchauffe a stoppé les opérations, libérant ainsi dans l’atmosphère un nuage de particules. Dans un autre, des génératrices ont surchargé un dépoussiéreur sur une chaîne de production. 

L’usine, qui risque de devenir le plus grand émetteur de GES au Québec, indique ne pas avoir eu de fuites depuis le 24 juillet. Cette information est contestée par Pascal Bergeron, qui rapporte un nouvel épisode de poussière cette semaine.