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Les craintes d’un élu pro-tramway

Notre chroniqueur a accompagné le conseiller municipal Jean Rousseau sur le tracé envisagé

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« Comme d’habitude on improvise, on change d’idée », lance Jean Rousseau, un brin dépité, au sujet des projets de transport non automobile à Québec.

Le conseiller municipal du Vieux-Québec est issu du seul parti, Démocratie Québec, qui a toujours proposé un tramway pour la capitale.

On se serait attendu à ce qu’il soit un meneur de claque du projet actuel de tramway. Il a toutefois, à l’égard de ce grand dessein proposé par le « converti » Régis Labeaume, gardé son sens critique.

Une virée tramway

J’ai pu le constater mardi et mercredi dernier, alors que je l’ai accompagné (à sa demande) sur certains lieux problématiques où transiterait le futur tramway de Québec (voir photos et textes plus bas).

S’il se réalise, évidemment. Vous vous souvenez du SRB ? On ne sait jamais avec les projets de transport à Québec, ville sous stéroïdes autoroutiers (un des plus hauts ratios de kilomètres d’autoroute par habitant du continent).

Le projet actuel de « transport structurant » semble de plus en plus déplaire à la CAQ, qui rejette l’empressement du maire Labeaume.

Ce dernier est « sans doute le pire vendeur pour ce projet », estime d’ailleurs Jean Rousseau. « Il a dit qu’il ne prendrait jamais le tramway. Méchant argument de vente ! »

Projet amputé

Le conseiller municipal est évidemment déçu que, depuis quelques mois, l’on ait amputé le plan présenté en 2018.

Tunnel de la haute-ville raccourci ; pôles d’échanges réduits à de simples quais pour correspondances (au grand air) ; et, surtout, abandon des lignes de trambus. Il fallait comprimer de 700 millions $, on le sait.

« Le caractère structurant du projet devient ambigu », conclut-il dans le mémoire qu’il présentera mercredi au Bureau d’audience publique sur l’environnement, qui l’étudie actuellement.

Que faire alors ? À ses yeux, profiter de l’autre projet, le troisième lien ! Certes, il est beaucoup plus nébuleux que celui du tramway. On n’en connaît pas la taille. Et encore moins les coûts, assurément beaucoup plus élevés que ceux du tramway. Pour un effet urbain désastreux : imaginez une sortie d’un tunnel autoroutier dans Saint-Roch... ou plus loin !

Un métro sous-fluvial

C’est pourquoi Rousseau insiste – même si le ministre des Transports François Bonnardel l’a souvent rejeté –, le troisième lien devrait être un métro, « l’équivalent de la ligne jaune » à Montréal entre Longueuil et Berri-UQAM.

Les bureaux de projets du tramway et du troisième lien devraient être fusionnés. L’avantage : « des économies d’échelle », notamment pour les parties souterraines du tramway, qui « coûtent une fortune ». « On pourrait faire passer des frais liés à la portion souterraine au projet du troisième lien. Organiser des partages d’infrastructure, comme des stations. » Et dégager des sommes pour réaliser des éléments annoncés dans le plan initial.

Cela permettrait aussi de créer un réseau de transport régional pour les rives sud et nord : « Tarification unique pour le vaste territoire, paiement automatisé par téléphone cellulaire, intégration des flottes de véhicules », écrit-il dans son mémoire.

Voilà qui semble évident, raisonnable. Et qui sera vraisemblablement rejeté par le maire et le gouvernement du Québec. Mais dans 20, 30 ans, on se dira probablement que ce type d’approche était le bon. 

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Il veut sauver les arbres      

Photo Stevens LeBlanc

Pour construire le tramway, il faudra couper beaucoup d’arbres le long du parcours. Le chiffre de 610 a été avancé. Le conseiller municipal de Démocratie Québec, Jean Rousseau, s’en désole.

« On nous explique qu’il faut élargir, un mètre de chaque côté de la plateforme de 12 pouces où roulera le tramway, afin de faciliter son déneigement. » Pour ce faire, les trottoirs seront déplacés comme les infrastructures en dessous. Cela endommagera « le réseau racinaire des arbres à un point tel qu’on devra abattre ceux qui en sont trop proches », comme sur René-Lévesque. La solution, dit Rousseau : réduire la circulation automobile à une voie de chaque côté. C’est déjà le cas avec les couloirs réservés aux métrobus. Ainsi, on pourrait éviter de couper plusieurs superbes arbres qui ont entre 50 et 80 ans et forment une canopée qui prendra des décennies à reconstituer. 

On peut densifier sans tramway      

Photo Stevens LeBlanc

Le tramway permettrait de densifier les parties de la ville qu’il traverserait, c’est l’effet d’un transport structurant. Sur la 1re Avenue et Henri-Bourassa, par exemple. « Mais pourquoi attendre ? », s’interroge Rousseau. Il faudrait, selon lui, tout de suite permettre de bâtir de manière dense près des services. Actuellement, au contraire, on construit de l’unifamilial de plus en plus loin des services, ce qui crée une dépendance envers l’auto. À Québec, « on n’est pas du tout dans la planification urbaine. Les entrepreneurs arrivent avec des projets et, selon ce qu’ils ont à offrir, on va de l’avant ». S’il faut encore réduire les coûts du projet de tramway, on pourrait même, selon lui, éliminer la portion de Saint-Roch vers Charlesbourg. « Le 801 fait déjà très bien le boulot. » 

La COVID mine-t-elle le tramway ?      

La pandémie a encouragé comme jamais le télétravail, elle a rendu les citoyens méfiants des transports en commun et elle a suscité de l’exode urbain. Dans ce nouveau contexte, le tramway est-il dépassé ? Jean Rousseau rejette la thèse. Il cite Jean Dubé, professeur à l’Université Laval, qui a expliqué devant le BAPE qu’une personne sur trois seulement avait un emploi lui permettant de télétravailler. Le tramway demeure donc pertinent, surtout que, plus vaste, il permettrait une plus grande distanciation que l’autobus. 

Incertitudes sur la portion élevée      

Photo Stevens LeBlanc

Sur le boulevard Laurier, le tramway bifurquera vers le nord, là où se trouve actuellement la station-service Ultramar, et s’engagera sur une plateforme en hauteur dont on ne sait pas grand-chose, déplore Jean Rousseau. Quelle serait la hauteur ? Quel serait l’effet sur le paysage à cet endroit ?