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Derrière le complotisme

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Photo d’archives Le conspirationnisme est un symptôme

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Les derniers mois auront favorisé la remontée à la surface de la vie sociale de courants idéologiques que l’on avait tendance à croire marginaux.

Parmi ceux-là se trouve le fameux conspirationnisme. On le constate avec étonnement, bien des Québécois adhèrent aux théories les plus abracadabrantesques à propos de la COVID-19. 

Ils ne se contentent pas de remettre en question la gestion de la crise à l’échelle nationale, fédérale ou internationale. 

Ils ne se contentent pas de douter de certaines mesures sanitaires. 

Ils ne se contentent pas de dire que les médias donnent peut-être trop d’importance aux cas tragiques, ce qui favoriserait l’entretien d’un climat de peur dans la population. 

Démocratie

Ils ne se contentent pas de dire que la COVID ne leur fait pas peur, comme s’ils étaient prêts à prendre le risque de l’attraper à n’importe quel moment pour retrouve les charmes et l’insouciance de la vie d’avant. 

Non.

Ils croient, ou veulent croire, que la pandémie n’existe pas, ou mieux encore, qu’elle a été provoquée délibérément par quelques puissances désireuses de l’instrumentaliser pour effrayer la population mondiale et la soumettre à une forme inédite de dictature sanitaire. 

Plusieurs croient ce complot piloté par Bill Gates. Y participeraient aussi l’ONU et l’OMS. Et généralement, dans ce vilain complot, on en vient à accuser Horacio Arruda d’en être l’organisateur au Québec. 

Je n’entends pas revenir sur chacune de ces affirmations – j’aurais l’impression de devoir parler à un homme convaincu que la Lune est un fromage flottant dans l’univers et la Terre une boule de crème glacée. 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Mais il faut se demander de quoi la multiplication de ces théories est le symptôme. Et la réponse frappe : on y verra le signe d’un discrédit général des grandes institutions, qu’elles soient médiatiques ou gouvernementales. 

La multiplication de ces théories, qui trouvent sur les médias sociaux un lieu de prolifération privilégié, témoigne d’un sentiment d’impuissance devant le cours des choses. Elle s’alimente de l’impression, fondée, celle-là, que l’histoire contemporaine échappe au commun des mortels et que les grandes puissances publiques et privées qui mènent le monde ont tendance à se ficher des peuples et de leurs préférences. 

La mondialisation, dans toutes ses dimensions, a moins été désirée par les peuples occidentaux qu’elle ne s’est imposée à eux depuis les années 1990. 

Dès lors, on cherche des responsables, peut-être même des coupables, ce qui peut se comprendre, jusqu’à en perdre la raison, ce qui est regrettable. 

Complot

La théorie du complot a aussi la prétention de redonner du sens aux événements, même si ce sens peut paraître insensé. Derrière le chaos qui s’impose, elle veut voir un ordre supérieur qui s’impose de manière quasi diabolique. Derrière les événements qui nous échappent et se contredisent, elle croit dégager une explication simple, qu’il suffirait d’ouvrir son esprit pour comprendre. 

Une chose semble certaine toutefois : la période post-covidienne devra être consacrée à une reconstruction de la confiance des peuples en leurs institutions. On ne peut pas leur demander une confiance aveugle. Les dirigeants devront la mériter.