/opinion/columnists
Navigation

La déroute de Beyrouth

Coup d'oeil sur cet article

J’ai visité Beyrouth à trois reprises et cette ville s’avérait chaque fois plus mal en point et sinistre que la précédente.

La dévastation d’avant-hier me fend le cœur. Quelle horreur!

À tous ceux qui ont des proches victimes de l’atroce explosion, j’offre mes condoléances.

Roquette

Le Liban que j’ai visité en 1973 était surnommé la «Suisse du Moyen-Orient», et le Beyrouth que j’ai alors connu avait la réputation d’être le «Paris de la Méditerranée». C’était juste avant la guerre, l’islamisation et la déchéance. Les filouteries de la Syrie voisine qui voulait chasser toute influence française et faire disparaître le Liban de la carte pour l’intégrer à une «Grande-Syrie» ont fini pas avoir raison de cet îlot de civilité raffinée et de tolérance. 

Beyrouth est la seule ville où j’ai dû fuir mon hôtel au beau milieu de la nuit parce qu’une roquette venait de le percuter. J’ai cru à une explosion en rapport avec un chantier de construction non loin de là. Mais non : un mur était éventré. Qui avait tiré? Pourquoi? Je ne le saurai jamais.

À mon dernier voyage, en 2006, l’ancienne belle ville était encore délabrée et criblée de balles, cette fois à la suite d’un conflit avec Israël qui visait le Hezbollah.

Fin du Liban?

Un grand élan de générosité international va se déployer pour aider les sinistrés, voire, j’espère, pour rebâtir la ville, pour une énième fois! C’est normal d’avoir envie d’aider. Mais, c’est cruel à dire, soyez assurés que certains, en revanche, se frottent les mains de satisfaction en voyant le Liban à genoux. 

Ce qui semble un accident affreux dû à la négligence de la part d’administrateurs corrompus (qui auraient stocké une quantité phénoménale de nitrate d’ammonium dans le port) fait autant de mal à Beyrouth qu’un acte terroriste. 

Avec la catastrophe de mardi, le rêve de ceux qui veulent rayer ce pays de la carte semble plus faisable que jamais.