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En finir avec les hymnes nationaux dans le sport professionnel?

En finir avec les hymnes nationaux dans le sport professionnel?
Photo AFP

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Le sport professionnel est un divertissement. Les hymnes nationaux ne sont pas interprétés lors de concerts rock ou au théâtre: pourquoi, alors, les interpréter avant des matchs de sport professionnel? Il est temps d’en finir avec les hymnes nationaux dans le sport professionnel.

Vous êtes fébrile, en attente du début de la partie. Popcorn, bière ou liqueur, les joueurs ont terminé l’échauffement. Ces derniers s’alignent à leur ligne bleue respective. Ne restent que les hymnes nationaux.

Soyons francs, je n'ai jamais eu le moindre intérêt pour cette portion de l’expérience d’un match de toute ligue sportive. Ne me sentant pas l’once d’une fibre canadienne, le plus souvent, je «skippe» les hymnes nationaux si je regarde un match à la télévision. En personne, je demeure silencieux, par respect pour ceux qui se sentent concernés.

Au cours des dernières années, des appels se sont fait entendre à propos de la pertinence de continuer à interpréter les hymnes nationaux avant chaque match des équipes professionnelles. 

Dans la Ligue nationale de hockey, c’est parfois cocasse de regarder les joueurs sur le banc pendant les hymnes nationaux. Par exemple, dans un club sis aux États-Unis où l’écrasante majorité des joueurs ne sont pas originaires de ce pays. On le fait par tradition, et pour les spectateurs. 

Politisation des hymnes nationaux

C’est indéniable, le concept en lui-même est politique, essentiellement vecteur de patriotisme. Il n’y a qu’à se remémorer toutes les fioritures patriotiques qui accompagnent l’interprétation de l’hymne national américain lors d’un événement d’importance comme le Super Bowl au football, par exemple. Patriotisme et gloire aux exploits militaires présents et passés. 

Je me souviens d’une discussion animée avec un ami indépendantiste, ex-employé du Bloc québécois, avec qui j’assistais à un match du Canadien au Centre Bell, et qui arguait que cette infographie géante du drapeau du Canada sur la glace, avant chaque match des Glorieux, avait, même tacitement, une conséquence politique évidente. Cette année, on n’a même pas été foutu de faire flotter le drapeau bleu à la fête nationale du Québec. Manifestement, vu d’ici, il y a effectivement un malaise avec les drapeaux!

Dans le journal Forbes, le journaliste sportif Terrence Moore a signé cette semaine un texte incisif où il aborde quelques questions intéressantes concernant la politisation des hymnes nationaux dans le sport professionnel.

Rien de nouveau ici, on se souviendra que la chose avait déjà beaucoup fait jaser, 2016, lorsque le quart-arrière des 49ers de San Francisco Colin Kaepernick était devenu le porte-étendard du mouvement de contestation des injustices sociales et de la violence policière dont était victime la collectivité noire aux États-Unis. 

Bien entendu, après l’assassinat répugnant de George Floyd par des policiers de Minneapolis, mais aussi d’autres exactions du genre aux États-Unis, le mouvement de contestation a repris de l’ampleur. Les athlètes noirs (et plusieurs analystes, chroniqueurs, etc.) ont dès lors, et avec raison, recommencé à manifester leur indignation. 

Toutefois, note le chroniqueur, l’interprétation des hymnes nationaux est dorénavant susceptible d’être le théâtre sur les planches duquel joueurs et entraîneurs «performeront» toutes sortes de manifestations d’indignation, certaines plutôt discutables. 

Terrence Moore prend pour exemple le joueur des Golden Knights de Las Vegas Ryan Reaves, lequel, dit-il, «a incanté son Colin Kaepernick intérieur afin d’ouvrir la voie des quelques rares joueurs noirs qui voudraient eux aussi s’agenouiller pendant les hymnes nationaux». 

Si le chroniqueur du Forbes admet d’emblée que ce geste hautement symbolique s’impose dans le cas des violences policières aux États-Unis, il se questionne sur les raisons qui justifieraient que le joueur s’agenouille lors de l’hymne national canadien. 

Et ici, il me semble que cette question est fort légitime. Il est très périlleux, voire malhonnête, de plaquer la situation de la violence policière aux États-Unis sur la réalité du Canada. Ce sont deux situations complètement différentes, entre lesquelles il n'y a aucune commune mesure.

On trouvera également, dans le texte de Moore, une autre forme de manifestation lors de l’hymne national américain, cette fois par l’entraîneur des Spurs de San Antonio Gregg Popovich, dans la NBA (basketball professionnel). Dans ce cas, l’homme demeure debout, stoïque, mais arbore un t-shirt noir sur lequel est inscrit: «VOTEZ. Votre vie en dépend».

Rendu là, en dépit du dégoût intégral que suscite en moi le président américain [Popovich, un de mes préférés dans le sport professionnel, est connu pour être un adversaire féroce de Trump, la question n’est pas là], où trace-t-on la ligne? 

Un divertissement

Autre personnage coloré de la scène sportive américaine, l’ex-entraîneur de l’équipe nationale de soccer des États-Unis Bruce Arena n’y va pas par quatre chemins pour proposer que l’on cesse tout simplement d’interpréter les hymnes nationaux lors de matchs sportifs professionnels. 

Dans une entrevue sur ESPN plus tôt cet été, Arena rappelle que le sport professionnel demeure un divertissement: 

«Nous n'interprétons pas l'hymne national dans les salles de cinéma, à Broadway ou lors d'autres événements de divertissement aux États-Unis, et je ne pense pas qu'il soit approprié qu’on le fasse avant un match de baseball ou de soccer de la MLS.

«Quand on y pense, dans la Major League Soccer, la plupart des joueurs qui se tiennent sur le terrain pendant l'hymne national sont des joueurs internationaux, ils ne sont même pas Américains.»

On peut en dire autant de la LNH. Dans combien d’équipes de hockey des États-Unis les joueurs sont-ils majoritairement d’origine américaine? Il y a les amateurs, certes, mais on ne fait pas d’interprétation de l’hymne national avant un concert rock: pourquoi le sport professionnel? 

On le sait tous, pourquoi: parce que le sport professionnel est un puissant vecteur de patriotisme. Aux États-Unis, au Canada aussi. Mais pas au Québec, ou si peu. Ce malaise dont je parlais plus haut. 

Les gens du Canadien qui ont été obligés d’agir quand l’hymne national a été interprété in English only à Toronto, la semaine dernière... 

Pas maintenant, l’hymne national en anglais coast to coast dans la LNH. Mais ça s’en vient. Suffit d’être patient un peu.

Voyez! C’est si facile de faire de la politique avec les hymnes nationaux...