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Y a-t-il un pilote dans l'avion?

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge
Photo d'archives, Simon Clark Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

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Sylvain Dancause est enseignant de sciences et de mathématiques au secondaire. Il travaille dans le milieu de l'éducation depuis 25 ans. Il a fait un bref passage à l'école privée au début de sa carrière, mais a par la suite œuvré au public. Il a également occupé un poste de conseiller pédagogique pendant un peu plus de deux ans.

Fort de son expérience et détenteur d’une maîtrise en administration et évaluation en éducation, il tient un blogue personnel sur l’éducation depuis 2015 et collabore au Journal depuis 2016.


Des tonnes de questions sans réponses. Voilà ce qui résume cette semaine mouvementée en éducation. Et pendant que les recommandations des pseudo-experts déferlent sur le web, tout le monde se pose la même question: où est «Charlie» Roberge?

Face au «silence» du ministre de l’Éducation, la députée libérale Marwah Rizqy a même envoyé une missive au Dr Arruda lundi soir, dans laquelle elle pose une trentaine de questions...

Il s’agit d’un choix judicieux quant au destinataire de sa lettre. En effet, c’est la Santé publique qui ordonne les règles. À eux d’actualiser le plan de match pour la prochaine année scolaire.

Pour le moment, je nous invite à prendre notre mal en patience. 

Au début de la semaine prochaine, lors d’une conférence de presse, le ministre Roberge devrait être accompagné du Dr Arruda afin de répondre aux inquiétudes soulevées.

Ce que je souhaite?

J’aimerais bien que la Santé publique souffle les réponses au ministre, afin qu'il occupe le devant de la scène. Ainsi, il semblera maîtriser la situation, il donnera de la confiance aux parents et au personnel des écoles, et son image n'en sera que plus positive.

Les 12 travaux

Je suis parent – deux fois au primaire et une fois au secondaire – et enseignant. Vous pensez que ça m’aide un peu? Détrompez-vous! Je peux vous dire qu’on se ressemble: je suis un tantinet dans le brouillard. 

Malgré tout, je préfère un ajustement à la mi-août plutôt que de voir les directives changer toutes les semaines. Faire deux pas en avant et deux pas en arrière, comme cela fut le cas au printemps, ça use.

Je connais le plan de la rentrée dévoilé par le gouvernement le 16 juin dernier. C’est aussi la dernière information reçue par les directions d’école dans l’optique de nous préparer.

Depuis ce jour, le personnel a travaillé d’arrache-pied afin de respecter les exigences du gouvernement. Au secondaire, cela implique une logistique hallucinante. Une mobilisation titanesque de ressources humaines et financières. 

La liste des contraintes est si longue qu’il est impossible de rendre le tout dans un texte d’opinion. En surfant, je dirais: locaux, nettoyage, gestion de classe, choix d’options, promotion par matière, savoirs essentiels, socialisation, pédagogie, matériel, horaires, casiers, transport scolaire, espaces communs, bulles, etc.

Qui vivra verra

En ce moment, les directions d’établissement retiennent leur souffle. Elles espèrent que les règles d’organisation scolaire ne changeront pas. Elles souhaitent que la Santé publique et le ministre de l’Éducation leur demandent uniquement de peaufiner le travail.

Voici quelques exemples:  

  • Est-ce que le masque sera obligatoire? (Dans un souci de cohérence, j’espère que oui!)   
  • Est-ce qu’il ne serait pas plus sage de prendre la température à l’arrivée chaque jour?  
  • Est-ce que le système de ventilation doit fonctionner ou non?   
  • Quelles sont les recommandations pour les déplacements dans l’école, les pauses, les repas, etc.?  
  • Ma demande spéciale: possible de mettre une croix sur le délire des bulles?    

Si les réponses à ces questions paraissent anodines, il en va autrement de certaines situations qui provoqueront des décisions lourdes de conséquences. L’appui de la Santé publique sera vital.

Il suffit de penser aux élèves ou aux membres du personnel qui auront des symptômes associés à la COVID. Est-ce qu’ils seront retirés immédiatement du milieu? Si oui, leur fera-t-on passer le test rapidement? (Si j’ai le rhume, je peux travailler sans problème!) 

L’exigence des groupes fermés a pour but de pouvoir mettre en quarantaine une seule classe et non pas toute une école s’il y a un cas positif. Qu’est-ce qui se passera si on retourne 30 élèves à la maison pour 14 jours? 

À titre d’enseignant au secondaire, je vous répondrai que je n’ai aucun problème à assurer le suivi à distance. 

Par contre, si on retourne à la maison 24 élèves d’une classe du primaire dans laquelle se trouve mon enfant, comme papa, je fais quoi? L’école à distance, sans surveillance parentale, ça s’appelle une utopie. Se garder tout seul comme un grand aussi.

Et vous? Si votre enfant revient à la maison pour 14 jours... vous ferez quoi? 

C’est bien de poser des questions et de chercher des réponses.

Qui travaille pour demain et pour l’incertain agit avec raison. – Blaise Pascal