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Le dur baptême de Charles Émond

Charles Émond
Capture d'écran WEB Charles Émond, président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

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La Caisse de dépôt et placement du Québec affiche un recul de 2,3 % lors des six premiers mois de l’année. Rien de catastrophique, mais...

Sachez que c’est nettement inférieur au rendement de 1,6 % qu’aurait rapporté Joe Bleau avec un portefeuille simpliste constitué de trois fonds indiciels négociés à la cote de la Bourse de Toronto, à raison de 50 % du portefeuille en iShares d’obligations canadiennes XBB (indice FTSE Canada Univers), de 25 % du portefeuille en iShares d’actions canadiennes XIC (indice S&P/TSX de Toronto) et de 25 % en iShares d’actions mondiales XWD (indice MSCI monde).

Autre comparaison démontrant que les gestionnaires de la Caisse en ont arraché au premier semestre : la médiane du rendement semestriel des fonds diversifiés des caisses de retraite canadiennes est de -0,82 %, comparativement à -2,3 % pour la Caisse.

SABIA vs ÉMOND

Michael Sabia est entré à la Caisse au creux de la crise de 2008-2009, et il a quitté le bateau au sommet des marchés, ce qui lui a permis d’afficher une solide performance lors de son règne.

Entré en fonction le 1er février, au sommet des marchés, son successeur, Charles Émond, n’a pas la même veine. À peine venait-il de porter le chapeau de PDG que l’économie se faisait frapper par une crise économique et financière sans précédent à la suite de la pandémie de COVID-19.

À l’instar de tous les investisseurs institutionnels, la Caisse en a subi le contrecoup.

DIVERSION

Quand un gestionnaire de portefeuille insiste énormément sur le rendement historique, c’est habituellement de mauvais augure pour le rendement à court terme qu’il s’apprête à dévoiler.

Et c’est la stratégie sur laquelle la Caisse a misé hier lors du dévoilement de ses résultats.

Dans le titre de son communiqué d’hier sur ses résultats du premier semestre 2020, la Caisse parle uniquement du rendement annualisé sur... cinq ans.

« La Caisse affiche un rendement de 6,3 % sur cinq ans. »

Deuxième information prioritaire aux yeux de la Caisse : son rendement annualisé sur dix ans. « Un rendement de 8,7 % sur 10 ans, supérieur aux besoins de ses déposants », indique-t-elle en deuxième ligne du communiqué !

Ce n’est qu’à la troisième ligne que la Caisse dévoile enfin le résultat de sa performance au premier semestre 2020 : « Un rendement de -2,3 % sur six mois, durant un premier semestre marqué par une crise économique sans précédent. »

Quand on sait que le but ultime de la diffusion de ce communiqué était de nous faire part des résultats de la Caisse lors des six premiers mois de l’année, convenons que c’est le rendement semestriel qui aurait dû être priorisé.

Avec ce communiqué mettant en « vedette » le rendement annualisé sur cinq et dix ans, Charles Émond a l’air du PDG qui se sert de la bonne performance antérieure de Michael Sabia pour se valoriser.

Il n’a pas besoin de cela pour faire ses preuves.

MESURES DE REDRESSEMENT

L’actif de la Caisse a fondu de 7 milliards $ lors des six premiers mois de l’année, passant de 340 à 333 milliards.

Voici le train de mesures que Charles Émond a mis de l’avant pour redresser le gigantesque portefeuille de la Caisse en cette période de crise. 

  • Révision en profondeur des actifs en vue d’établir les secteurs d’avenir et les risques potentiels. 
  • Redéfinition de la stratégie de placement pour l’après-COVID-19. 
  • Gestion prudente et serrée des liquidités. 
  • Évaluation exhaustive des besoins de refinancement, entre autres du côté des actifs moins liquides, en infrastructures et en placements privés hors Québec. 
  • Accélération du repositionnement du portefeuille immobilier, principalement dans le secteur des centres commerciaux. 
  • Mise en place d’une « nouvelle approche transversale » en technologies. 
  • Déploiement rigoureux en revenu fixe, avec un accent sur les titres obligataires de qualité. 
  • Acquisitions de plusieurs milliards de dollars sur les marchés boursiers en mars et en avril, à la suite de la correction importante des marchés.  

Il faut croire que les mesures de redressement ont eu un impact positif puisque la Caisse aurait réussi depuis la fin juin à effacer ses pertes.