/opinion/columnists
Navigation

Une guerre froide, vraiment?

China and United States two flags textile cloth, fabric texture
Photo Adobe Stock La vraie nouvelle guerre froide est ailleurs.

Coup d'oeil sur cet article

La formule revient en boucle depuis un temps : nous serions au seuil d’une nouvelle guerre froide. Elle mettrait en scène les États-Unis et la Chine, qui seraient en lutte pour un nouveau partage du monde, et chacun, dans cette querelle, devrait choisir son camp.

Mais la formule est trompeuse, et repose sur une analogie historique douteuse. La Guerre froide, on le sait, opposait les États-Unis et l’URSS ou pour le dire plus largement, le bloc démocratique et le bloc communiste. 

Elle mettait en opposition deux pays « révolutionnaires » prétendant imposer à la grandeur du monde leur modèle de société. Cette opposition était, en quelque sorte, interne à la civilisation occidentale, même si elle s’était étendue à la grandeur du monde. 

États-Unis

La Guerre froide se déployait ainsi sur tous les continents, même si elle a d’abord divisé l’Europe. C’est d’ailleurs la chute du mur de Berlin qui a symbolisé la fin de cette époque. La fin de la division de l’Europe représentait la fin de la Guerre froide, dans laquelle certains ont voulu voir une troisième guerre mondiale ne disant pas son nom. 

Le monde qui se dessine est assurément conflictuel, mais ne se soumet pas vraiment à ce schème. 

Le conflit qui se dessine sera plutôt multipolaire, comme on dit. Il ne met pas en scène deux ambitions universelles, mais de grands blocs civilisationnels dans une lutte classique de puissance, où chacun entend dominer tout en sachant qu’il ne jouera pas le rôle de l’hyper-puissance. 

Chacun prétend avoir sa zone naturelle d’influence, mais sait qu’il n’a plus les moyens d’imposer sa volonté. Il est possible que ce retour du conflit soit à certains égards un retour à la normale. Ce n’est pas l’esprit de concorde qui domine l’histoire humaine, mais le sens du conflit. 

On ajoutera que ce monde conflictuel sera composé d’autres acteurs majeurs, parmi ceux-là, la Russie, l’Amérique du Sud et le monde islamique. 

Et on ne sait pas trop ce que deviendra l’Europe dans ce jeu. Se laissera-t-elle encore longtemps satelliser par les États-Unis ou trouvera-t-elle le moyen de faire entendre sa propre voix et de promouvoir ses propres intérêts ? 

Par ailleurs, le monde occidental lui-même est intimement divisé entre deux visions de lui-même. 

D’un côté, on trouve ceux qui, au nom de la mondialisation, du néolibéralisme et du cosmopolitisme, entendent créer une civilisation universelle. 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Chine

De l’autre, on trouve ceux qui veulent réanimer les souverainetés et les identités nationales, et qu’on accuse généralement de verser dans le « populisme » ou même de flirter avec l’extrême droite. 

Ces deux courants de pensée s’affrontent de manière plus ou moins radicale dans chaque pays et on ne voit pas trop comment ils pourraient trouver un terrain d’entente. 

Telle est peut-être, de ce point de vue, la vraie nouvelle guerre froide, qui divise le monde occidental. Elle oppose les mondialistes aux souve-rainistes, les cosmopolites aux nationalistes. Cet affrontement n’a rien de superficiel.