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«Méconnaissable»: voir le monde quand on est autiste

Valérie Jessica Laporte
Photo courtoisie, M Bouchard Valérie Jessica Laporte

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Photographe, designer graphique et mère de trois enfants, Valérie Jessica Laporte souhaite construire des ponts entre le monde des neurotypiques et le sien, celui des autistes. Déjà auteure du blogue «Au royaume d’une Asperger», elle présente cette année Méconnaissable, un roman étonnant, parfois comique, parfois plus tragique, qui montre comment elle voit le monde qui l’entoure.

Méconnaissable est adapté d’une nouvelle du même titre qui a été finaliste au Prix de la nouvelle Radio-Canada en 2018. L’écrivaine de Saguenay décrit la grande solitude de l’enfant au cerveau autiste, sa quête d’elle-même, sa façon de voir les gens, les choses, la vie. Ça nous prend aux tripes.

La jeune héroïne du roman vit mal sa différence – une différence que sa famille refuse de nommer. Elle perçoit que ses mots et ses actions blessent les autres et décide de fuguer, de s’enfermer dans son mutisme. Qui pourrait-elle bien être si on ne lui imposait pas autant de limites?

Fiction

Valérie Jessica Laporte insiste : ce roman est une fiction. « Certains personnages sont des mélanges de différentes personnes que j’ai pu croiser dans ma vie. Mais c’est ma façon de voir les choses. L’enfant qui fait une fugue a ses propres raisons, qui pourraient exister dans ma tête, et c’est comme ça que je le vivrais, peut-être, si j’étais confrontée aux mêmes choses. Le ressenti est le mien, mais l’aventure est fictive. »

S’adapter, tout le temps

L’écrivaine a reçu un diagnostic d’autisme léger à modéré. «C’est vraiment comme ça que je pensais, à cet âge-là», poursuit-elle. Le personnage décortique tout, analyse chaque geste, tout le temps. Cela semble épuisant. «Ben... oui. Mais c’est pas une chose qui épuise tout le monde. La vie s’adapte.»

Il lui arrive d’être en surcharge, comme si son corps recevait trop de messages en même temps. Avec l’âge, elle explique être mieux outillée et mieux comprendre ce qui se passe. 

«Enfant, je ne savais pas que j’étais autiste. Il y a beaucoup de surcharge sensorielle que je ne comprenais pas », confie-t-elle. Elle a reçu son diagnostic à 38 ans et en a maintenant 42. « Je pensais que c’était des défauts que j’avais... mais je suis faite de même.»

«Même adulte, des fois, je ne me comprends plus. Je suis mieux outillée et mon environnement est plus adapté. Mais mon environnement scolaire, ça n’avait pas de sens. Aller à l’école, je ne peux pas comprendre comment j’ai survécu à ça.»

Adulte, elle a appris à nommer les choses. «Enfant, je ne l’exprimais pas non plus. Je criais ou je pleurais.»

Avant, Valérie Jessica Laporte voyait les gens comme «des générateurs de bruits et des générateurs de problèmes». «Maintenant que je parle aux gens et que c’est accepté, ça change la dynamique. Les gens sont tolérants.»

Les beaux côtés

Elle trouve qu’il y a de beaux côtés à l’autisme. «Je suis rigoureuse, à l’heure, vraiment à mon affaire, hyper organisée. Au niveau de l’hypersensibilité sensorielle, as-tu une idée, si on écoute une bonne musique et qu’on a de bons écouteurs, de ce que ça peut faire?»

Autrice authentique, sensible, sincère, Valérie Jessica ajoute qu’elle adore écrire. «C’est tellement plus facile ! Quand j’ai une crainte de conflit avec quelqu’un parce qu’il y a un malentendu, je vais juste écrire à la personne.»

«Quand je parle, je fais plein de gaffes. Quand j’écris, ça va bien, ça coule, ça sort tout seul. C’est des mots. On peut être précis, mettre les virgules à la bonne place, dire vraiment ce qu’on voulait dire, avec les bons mots. J’ai le contrôle, tout le temps.» 

  • Valérie Jessica Laporte est photographe, designer graphique et romancière. 
  • Elle écrit le blogue Au royaume d’une Asperger. 
  • Elle habite à Saguenay.   

EXTRAIT 

Méconnaissable<br/>
Valérie Jessica Laporte<br/>
Éditions Libre Expression<br/>
192 pages
Photo courtoisie
Méconnaissable
Valérie Jessica Laporte
Éditions Libre Expression
192 pages

«Les règles sont des consensus de société qui permettent de maintenir un semblant de stabilité en contrant une partie des imprévus destructeurs d’ordre. Les règles me permettent de connaître beaucoup d’événements à l’avance et de me préparer pour les affronter. Les règles m’évitent de devoir évaluer en permanence quel chemin est le plus adéquat. Les règles me rassurent et me convainquent presque que les situations sont sécuritaires, car un groupe de personnes a pris le temps d’y penser et d’établir une série de consignes pour que ce soit le cas. J’aime les règles.»