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Assange malgré tout

Dans la tête de Julian Assange
Photo courtoisie Dans la tête de Julian Assange
Guillaume Ledit et Olivier Tesquet
Éditions Solin/Actes Sud

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La vie des lanceurs d’alerte n’est jamais un long fleuve tranquille. Celle de Julian Assange, que deux journalistes nous font ici découvrir, en est la preuve. En 2006, ce passionné d’informatique fonde WikiLeaks pour révéler les horreurs cachées de ce monde dans lequel nous vivons, nous apprennent les deux journalistes qui ont enquêté sur celui qui est maintenant menacé d’extradition vers les États-Unis. 

En douze ans, Assange va publier sur son site, grâce à des « fuites » provenant d’autres lanceurs d’alerte, des millions de pages de documents « dénonçant pêle-mêle la corruption des élites, la surveillance de masse, la fraude fiscale, l’absence de transparence des institutions gouvernementales, les horreurs des guerres menées par les États-Unis, les violations des droits de l’homme dans des dizaines de pays », etc. Ces révélations seront aussitôt relayées par les grands médias à l’échelle internationale, ce qui fera en sorte que notre monde ne sera plus jamais le même.

Mais qui est Julian Assange, né en 1971 en Australie et qui a été élevé par une mère anticonformiste et « peace and love » ? Le jeune Assange de la fin des années 1980 est d’abord un passionné de tout ce qui touche l’informatique. Rebelle, il se lie à des groupes de hackers qui entendent rendre publiques la vie et les combines des puissants. À seize ans, déjà, il peut maîtriser le langage des premiers ordinateurs, comme le Commodore 64, cadeau de sa maman. Il se joindra à la communauté internationale des hackers où il jouira d’une certaine renommée.

On le sent obsédé par les barrières qui interdisent l’accès aux systèmes informatiques des grandes sociétés. Mais sa cible principale reste le gouvernement qui veut restreindre les libertés en contrôlant davantage les communications. 

On découvre un Assange tourmenté et instable, mais désireux de se lancer dans l’arène. Féru de formules mathématiques, un peu loup solitaire, anarchiste pratiquant, il veut en finir avec les injustices. Vaste programme ! Il est persuadé que les fuites peuvent faire tomber les gouvernements autoritaires ou les obliger à plus de transparence, et c’est à cela qu’il va désormais se consacrer. 

Le 5 octobre 2006, il enregistre le nom de domaine wikileaks.org (leaks pour fuites, en français), qui sera hébergé en Suède. Il le dit à l’épreuve de toutes les tentatives de remonter à la source des fuites organisées par des lanceurs d’alerte à qui il promet la plus grande protection. Et il compte sur ses nombreux appuis dans les cercles des cybermilitants pour annoncer la bonne nouvelle. 

Mais la méthode Assange sème certains doutes. Comment s’assurer de la véracité des milliers de documents coulés ? Par ailleurs, Assange n’est pas un bon dirigeant d’entreprise et plusieurs de ses premiers appuis le quittent. On déplore son rapport à l’argent, entre autres. Malgré tout, Assange tient bon et son site connaît ses premières victoires avec la divulgation de secrets bancaires concernant l’évasion fiscale et des manuels d’instruction destinés au personnel de la base militaire de Guantanamo. Les grands journaux commencent à faire écho à ses révélations.

La diffusion, en 2010, de « Collateral Murder, une vidéo montrant une bavure de l’armée américaine au cours de la guerre d’Irak qui a fait au moins dix-huit victimes », dont deux journalistes de l’agence de presse Reuters, consacrera WikiLeaks comme le partenaire idéal de ceux qui veulent changer le monde et un véhicule incontournable pour la divulgation d’informations secrètes, mais d’intérêt public. 

Rock star

Les auteurs racontent comment l’analyste militaire Chelsea Manning a communiqué avec Assange pour lui remettre des milliers de documents classés « secret-défense », dont « plus de 150 000 notes diplomatiques ». D’autres fuites sur d’autres bavures militaires suivront. Manning sera arrêtée et condamnée, Assange, lui, fera figure de rock star.

Un chapitre est consacré à ses frasques amoureuses. Jusqu’aux accusations d’agressions sexuelles sur deux partenaires féminins. Les poursuites ayant été abandonnées, Assange se rend à Londres où il apprendra quelque temps plus tard qu’il est de nouveau accusé de viol. Il se réfugiera à l’ambassade équatorienne pour échapper à son extradition vers la Suède. L’accusation sera finalement abandonnée en novembre 2019. 

Entre-temps, Assange a été expulsé de l’ambassade et remis aux autorités policières britanniques. Il fait face à une demande d’extradition vers les États-Unis où des accusations d’espionnage, entre autres, ont été portées contre lui.

Indépendamment de la personnalité controversée de son fondateur, WikiLeaks a transformé et stimulé la pratique journalistique, concluent les auteurs. 

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