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Ils osent partir à l’étranger

Des Québécois profitent de la pandémie pour voyager à bas prix au lieu de passer l’été ici

vacanciers covid
Photo tirée de Facebook, David Ly David Ly a visité la Grèce malgré la pandémie.

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Des Québécois ont choisi de prendre leurs vacances d’été à l’étranger plutôt que dans la Belle Province, faisant fi des avertissements du gouvernement canadien.

« C’est le moment de voyager », lâche David Ly, qui a joint Le Journal directement de l’île de Santorin en Grèce.

Lorsque le pays a ouvert ses frontières aux ressortissants canadiens le 1er juillet dernier, sa conjointe et lui ont sauté sur l’occasion et ils ont acheté des billets d’avion à 875 $.

Une trousse comprenant un masque, des gants et d’autres produits d’hygiène, remise aux passagers de l’avion.
Photo courtoisie, David Ly
Une trousse comprenant un masque, des gants et d’autres produits d’hygiène, remise aux passagers de l’avion.

Ils se sont aussi laissé convaincre par les bas prix sur les chambres d’hôtel.

« Il y a une chambre que nous avons réservée pour 140 $ par nuit alors que l’an dernier, elle était affichée à 800 $ canadiens », explique-t-il.

Pourtant, les recommandations de l’Agence de la santé publique du Canada sont très claires en ce qui trait aux voyages non essentiels : il faut les éviter !

Parmi les raisons citées, le gouvernement mentionne que les options de transport aérien pourraient être limitées et que les autorités locales d’autres pays pourraient imposer sans prévenir des mesures de contrôle.

« Risque calculé »

Bien au fait de ces avertissements, le Montréalais de 37 ans affirme avoir pris un « risque calculé ». 

Il s’est informé sur les consignes sanitaires qui étaient en vigueur dans le pays des Balkans.

Pour passer les frontières, il devait avoir la preuve qu’il avait eu un test négatif pour le coronavirus dans les 72 heures précédentes.

Néanmoins, il n’avait pas besoin de se mettre en quarantaine à son arrivée.

« C’est plus safe qu’au Québec. Il y a eu moins de cas en Grèce parce que tout a fermé très tôt. Je me sens plus en sécurité qu’au Canada », affirme David Ly.

En effet, en date d’hier, la Grèce avait comptabilisé 5421 cas de coronavirus pour 10 millions d’habitants, selon les données recueillies par la réputée Université américaine John Hopkins.

En comparaison, le Québec en comptait 60 367 pour une population de 8 millions de personnes.

M. Ly affirme que les mesures de distanciation sont mieux respectées là-bas qu’au Québec.

« On a vu tout le monde dans les parcs [au Québec] qui s’en fout. Ici, les gens ne s’en foutent pas. Les gens portent le masque et se lavent les mains », note-t-il.

Il soutient que son expérience de voyage n’est en rien altérée par ces consignes sanitaires. « Pour nous, c’est un voyage comme les autres sauf qu’on porte un masque », précise-t-il.

Le couple montréalais reviendra au pays le 14 août prochain. Et puisque sa conjointe et lui travaillent de la maison, les 14 jours d’isolement ne seront pas difficiles à respecter.

Partie sur un coup de tête

Si David Ly a planifié chaque détail de son voyage, ce n’est pas le cas de Stéphanie.

Le 11 juillet dernier, elle est partie dans un tout inclus avec sa sœur, à Cancún, au Mexique.

La résidente de Gatineau juge que ses agissements étaient « téméraires et irréfléchis » et a donc préféré taire son nom de famille.

« Je n’ai dit à aucun de mes amis que je suis partie. Il y a seulement mon chum qui le sait », avoue la femme de 42 ans.

Le Mexique est encore très touché par la COVID-19. En date d’hier, 469 407 cas positifs et 51 311 décès y avaient été recensés depuis le début de la pandémie.

« On ne revivra pas ça »

Stéphanie et sa sœur ont toutes deux été alléchées par les bas prix des forfaits.

« Ça m’a coûté moins de 800 $ pour un quatre étoiles où tu manges, tu bois et tu ne fais pas ton lit, tandis qu’ici en camping il faudrait que je fasse mon lit et mon petit feu pour me faire un Kraft Dinner... ce n’est pas le même beat pantoute », détaille-t-elle.

Loin de regretter son expérience, elle pense même que son voyage n’aurait pas été le même sans la COVID-19.

« Le resort était presque vide. À cause de ça, on a eu un service exceptionnel de la part des employés, ce qu’on n’aurait pas eu si l’hôtel avait été à capacité régulière. On ne revivra pas ça », conclut-elle. 

Voyager sans assurances COVID  

Les voyageurs qui partent en vacances en pleine pandémie n’ont pas beaucoup de choix pour assurer leur périple, car peu de compagnies couvrent la COVID-19.

La plupart des assureurs ont choisi de ne pas offrir de couverture pour la COVID-19 vu l’avis gouvernemental qui déconseille tous les voyages non essentiels à l’extérieur du pays. Certains le font pour des cas spéciaux seulement.

Desjardins couvre par exemple les soins de santé liés à la COVID-19 pour les travailleurs essentiels tels que les camionneurs ou encore pour ceux qui souhaitent rendre visite à un membre de leur famille en fin de vie.

Une expérience risquée 

Le Journal s’est entretenu avec Jérémi, qui a choisi de partir rejoindre ses amis au Portugal sans savoir si ses assurances couvraient aussi le virus.

Il ne souhaitait pas révéler son nom de famille pour ne pas alarmer son assureur.

« Je savais que les chances que je développe des complications si je l’attrapais étaient assez minces et si j’avais eu à être hospitalisé, je me dis que j’aurais pu assumer les frais avec ma marge de crédit », lâche-t-il. 

Même s’il garde des souvenirs inoubliables de son expérience, il la juge toutefois « risquée ».

« La vérité est que je ne sais pas c’est quoi être dans un hôpital et ne pas être assuré. Je peux essayer de m’imaginer, mais je ne l’ai pas vécu », avoue-t-il.

Medipac et la Croix-Bleue font partie des rares compagnies à offrir une couverture pour le virus.

La Croix-Bleue, qui offre l’option COVID-19 depuis le 22 juillet, tente cependant de sensibiliser ses clients aux risques.

« On n’encourage pas les gens à partir dans un tout inclus à Cuba. Il y a des risques à voyager. S’il y a une vague qui se produit dans un pays quelconque, on ne peut pas assurer hors de tout doute que l’assistance et les soins médicaux seront disponibles », explique Josiane Cousineau, vice-présidente de la section marketing et relations publiques de la compagnie.

Josiane Cousineau, vice-présidente de la section marketing et relations publiques de la Croix-Bleue, tente de sensibiliser ses clients au risque.
Photo courtoisie
Josiane Cousineau, vice-présidente de la section marketing et relations publiques de la Croix-Bleue, tente de sensibiliser ses clients au risque.

Elle ajoute toutefois : « Si nos clients jugent leur voyage essentiel, nous ne sommes pas là pour juger. On leur fait confiance. Il n’y aura pas d’exclusion pour quelqu’un qui souhaiterait aller dans un tout inclus. »

Des améliorations à prévoir

De son côté, Moscou Côté, président de l’Association des agents de voyage du Québec, croit toutefois que plusieurs assureurs risquent d’ajouter une meilleure couverture pour le coronavirus dans les prochaines semaines.

« C’est une question de temps selon moi avant que tous les assureurs soient en mesure de calculer le risque financier associé au COVID et de l’inclure, pense M. Côté. Sachant qu’il n’y aura pas de vaccin encore avant quelques mois, je crois que les compagnies vont s’adapter. » 

Lever l’interdiction pour certains pays plus sûrs  

Le président de l’Association des agents de voyage du Québec (AAVQ) déplore que le gouvernement canadien recommande encore d’éviter tous les voyages hors du pays.

« Je comprends que le gouvernement ait émis cet avertissement en mars puisque l’état d’urgence l’exigeait. Je crois cependant que le Canada dispose des experts nécessaires pour réviser la situation au cas par cas, comme cela se faisait avant la crise », pense Moscou Côté.

Il croit que l’avertissement du gouvernement devrait être levé dans les pays où il y a moins de cas, puisque le niveau de risque est moindre.

Quarantaine plus courte

« Moi personnellement, je me sentirais à l’aise de visiter la France où il y a relativement peu de cas. Mais est-ce que je visiterais le Mexique ? Je ne crois pas », explique le président de l’AAVQ. 

Ce dernier pense aussi que la quarantaine obligatoire au retour devrait être plus courte lorsque le pays visité compte peu de cas.

« Il y a environ 12 semaines de beau temps par été au Québec. C’est beaucoup moins tentant de partir quand on sait qu’on va en manquer deux au retour », dit-il.


♦ Cette semaine, les États-Unis ont levé leur interdiction unilatérale de voyage, préférant laisser aux Américains le soin d’évaluer le risque selon le pays visité.