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Cauchemar

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Depuis plusieurs semaines, j’ai écrit de nombreuses chroniques sur l’importance de la « présomption d’innocence ». Et sur l’importance de ne pas condamner à l’avance un individu avant qu’il (ou elle) ait eu la chance d’avoir un procès juste et équitable.

Eh bien, en France, un artiste connu vient d’être innocenté d’accusations d’agression sexuelle, et il a lancé un grand cri du cœur, dénonçant le « cauchemar » qu’il a vécu.

Ce cri du cœur devrait faire réfléchir tout le monde aux dangers du tribunal populaire.

Les risques du métier

Le 8 juillet dernier, Ibrahim Maalouf, un trompettiste français d’origine libanaise, a été complètement innocenté par les cours françaises d’accusations d’avoir agressé sexuellement une jeune « fan » de 14 ans. Or, quand il a été innocenté, pas un journaliste n’était présent sur place. Alors que lorsque les accusations ont été déposées, tous les médias en ont parlé.

Furieux de ce double traitement, Maalouf a publié un communiqué ravageur dans lequel il dénonce le « cauchemar » qu’il a vécu pendant trois ans et demi.

« Nombreux sont ceux qui se sont permis de relayer [...] des mots, des articles ou des vidéos à ce sujet sans prendre la peine de rien vérifier et sans respecter la présomption d’innocence ». [...] « La presse en a parlé en gonflant l’histoire, tout le monde a souffert et trois ans et demi plus tard, la justice a simplement fait son travail ». [...]

« Même si les cicatrices resteront, j’espère sincèrement que chacun de ceux qui ont contribué à ce déchaînement saura se remettre en question. Que la justice fasse son travail avant que l’émotion populaire ne s’en empare, car les dégâts sont dramatiques. »

En effet, selon les conclusions du procès, les accusations de la jeune fille de 14 ans n’ont pas été « corroborées par les éléments du dossier ». Parmi les explications de la cour : le fait que la jeune fille, amoureuse de son idole, ait fantasmé toute cette histoire.

L’histoire d’Ibrahim Maalouf me fait penser à un film formidable (et terrifiant) mettant en vedette Jacques Brel : Les risques du métier.

Ce film de 1967 raconte l’histoire d’un professeur faussement accusé d’avoir violé une jeune fille... de 14 ans. Ce qui était terrible dans ce film, c’est qu’après qu’une première jeune fille ait faussement accusé le prof, deux autres de ses camarades inventaient elles aussi des gestes déplacés.

On entend souvent dire que personne n’a d’intérêt à inventer de fausses accusations. Que le processus est trop pénible pour que qui que ce soit se lève le matin en se disant : « Je vais mentir et imaginer une histoire montée de toutes pièces » ou alors « Je vais exagérer les faits qui se sont produits ».

Mais il y a pourtant des dizaines de raisons qui pourraient pousser quelqu’un à « inventer » une agression sexuelle.

Un désir de vengeance, un besoin d’attention, l’appât du gain (dans un recours collectif potentiellement lucratif), la volonté de se trouver une identité (je suis quelqu’un puisque je suis victime), la jalousie, l’effet d’entraînement (moi aussi, je veux être le centre de l’attention comme cette autre qui est présumée victime), etc.

L’histoire d’Ibrahim Maalouf devrait servir de mise en garde, au Québec, pour toute cette vague de dénonciation que nous connaissons depuis quelques semaines, et celles qui l’ont précédée.

Comme l’a écrit un journaliste français : « L’innocence n’intéresse personne ».