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Apprendre à vivre avec l'incertitude

Conférence de presse pour l'actualisation du plan de la rentrée scolaire automnale
Photo Ben Pelosse Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

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J’attendais avec impatience la conférence de presse de mon grand boss. Je me suis donc installé devant le téléviseur, légèrement anxieux à l’idée de voir – encore une fois – ses contrordres annuler tous les efforts des derniers mois.

Rien n’est parfait. Surtout pas en ces temps de COVID. Satisfaire simultanément les promasques et les antimasques, les anxieux et les téméraires, le syndicat, le patronat, les parents... cela relève d’une mission impossible.

Comme parent et enseignant, j’espérais que le ministre de l’Éducation occupe le devant de la scène. Je voulais qu’il semble maîtriser la situation, qu’il donne de la confiance aux parents et au personnel des écoles.

À ce chapitre, je dirais mission accomplie.

Les fleurs

Avant la conférence de presse, les directions d’établissement retenaient leur souffle. Elles espéraient que les grandes règles d’organisation scolaire ne changent pas. Elles souhaitaient que la Santé publique et le ministre de l’Éducation leur demandent uniquement de peaufiner le travail.

Bonne nouvelle! Le modèle d’organisation scolaire prévu lors du plan de la rentrée dévoilé le 16 juin dernier reste à peu près le même.

En ce qui concerne les questions sur les déplacements dans l’école, les pauses ou le dîner, je crois que l’expérience acquise par les équipes du primaire nous servira de modèle.

Si la fin des bulles en classe réjouit l’enseignant en moi, ce changement de cap obligera toutefois les directions d’école du secondaire à refaire certains devoirs. 

Par exemple, il faut s’attendre à des groupes multiniveaux. Autre impact: les choix d’options des élèves seront probablement moins respectés. Et comment faire du parascolaire (ou d'autres activités) lorsque les élèves proviennent de divers groupes?

Le pot

Il y a deux choses qui m’ont agacé lors de la conférence de presse. 

D’abord, la garantie qualité-équité en promotion cette semaine... Une offre qui ressemblait davantage à un mauvais «pitch de vente d’un vendeur de chars».

Ensuite, le besoin de souligner le travail colossal – et imaginaire – des caquistes pour ramener des profs dans le système, tout en prenant bien soin de mentionner que c’est la faute des autres si on vit une pénurie.

D’ailleurs, je crois que le ministre de l’Éducation minimise l’impact de cette situation dramatique. Compte tenu de la rareté de la main-d’œuvre, je crois qu’il faut déjà penser à des plans B ou C dans l’optique d’honorer la garantie qualité-équité!

Comme le mentionne mon collègue Carl Beaulieu: «Considérant les demandes des quatre parents qui ont fait une mise en demeure, ainsi que le manque de personnel, je pense qu’il pourrait être pertinent d’instaurer des cours en ligne provinciaux.»

Est-ce que le centre de services scolaire Beauce-Etchemin pourrait prendre le dossier en main, svp?

Vivre avec l’incertitude

En somme, lors de cette belle mise en scène, l’accent fut mis sur la santé et la sécurité. Dans l’optique de rassurer un peu tout le monde, il s’agissait d’une stratégie louable. 

Le ministre de la Santé se devait de nous promettre que les tests de dépistage de la COVID se feraient rapidement. Il fallait nous dire que la transparence prévaudrait. (Ça ne devrait pas être la norme?)

Malgré tout, il reste impossible de savoir quelle est la «limite» de la Santé publique afin de prendre la décision de fermer ou non une classe ou une école.

Je sais. On verra. Cas par cas, école par école, région par région.

Le risque zéro n’existe pas. Il y aura des cas de COVID. Des classes fermeront, et peut-être même des écoles.

Tout ce que je peux faire?

Enseigner. Créer un lien. Donner le goût d’apprendre et de réussir. Faire «avancer» chacun de mes élèves, peu importe «l’endroit» où il se trouve.  

Selon plusieurs observateurs, il y avait peu à se mettre sous la dent concernant l’aspect «pédagogique» de cette rentrée spéciale.

Comme enseignant, je sais que le travail est déjà amorcé. Les services éducatifs travaillent sur le dossier. Mes collègues et moi avons déjà échangé sur les savoirs essentiels à travailler au cours de cette nouvelle année.

Ma grande inquiétude? Certains élèves en difficulté auront besoin d’une aide exceptionnelle. Est-ce que cela nécessitera des ressources supplémentaires? Des coûts non prévus pour les organisations? La réponse est oui! Mais le ministre est resté assez discret sur ce point.

En attendant, je nous souhaite une bonne et belle rentrée scolaire. 

Les jeunes seront heureux de revenir à l’école. 

Ils auront des centaines de questions.

Et je crois qu’ils ont déjà appris une chose: on n’a pas toujours toutes les réponses.