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COVID-19: un pas de plus vers une application de traçage au Québec

Le gouvernement Legault a établi les balises qui encadreront l'outil technologique

La députée Joëlle Boutin, qui représente le gouvernement durant la commission, a indiqué que la décision n’est toujours pas prise.
Photo Simon Clark La députée Joëlle Boutin, qui représente le gouvernement durant la commission, a indiqué que la décision n’est toujours pas prise.

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Encouragé par l'appui des Québécois dans un sondage, le gouvernement Legault songe sérieusement à permettre l'application de traçage comme outil supplémentaire pour lutter contre la propagation de la COVID-19.  

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Avant même le début de la commission des institutions qui doit permettre à de nombreux experts en droit, en éthique et en technologie de s’exprimer sur le sujet, le gouvernement a brandi les résultats positifs d’une consultation web publique. 

Plus de 75% des 17 000 citoyens qui ont participé se sont montrés favorables à l’application de traçage qui permet aux gens d’être informés s’ils ont été en contact avec une personne atteinte de la COVID-19. 

La députée Joëlle Boutin, qui représente le gouvernement durant la commission, a indiqué que la décision n’est toujours pas prise. 

Mais, elle admet que Québec n’a pas attendu la fin du processus avec les experts avant d’élaborer les principes qui encadreront l’application gratuite et volontaire s’ils vont de l’avant.

«Il n'y aurait aucune géolocalisation, aucune technologie de GPS. On s'appuierait sur une technologie de type Bluetooth», a assuré la députée de Jean-Talon, ajoutant que l’outil sera totalement anonyme, sans biométrie et sans collecte de données personnelles. Elle avoue qu’aucune technologie n’est parfaite, mais que le Bluetooth est moins intrusif. 

La députée Joëlle Boutin, qui représente le gouvernement durant la commission, a indiqué que la décision n’est toujours pas prise.
Photo Simon Clark

Avertissements

L’application serait la même que celle utilisée par Ottawa, Alerte-COVID, qui a été conçue par des employés de l’entreprise technologique Shopify. 

Ils ont refusé de participer à la commission et de répondre aux questions des élus qui s’inquiètent de la protection de la vie privée des citoyens. 

Mardi, la majorité des experts présents ont tenu à rappeler au gouvernement que l’efficacité de la technologie n'a pas été démontrée. Qu’une phase pilote et des tests devraient avoir lieu avant le déploiement au Québec.  

  • Écoutez l'entrevue de Nicole Martel, PDG de l’Association québécoise des technologies (AQT), à QUB Radio:  

Le président de la Commission de l'éthique en science et en technologie, Jocelyn Maclure, signale qu’une application n’est pas une solution majeure à la lutte contre le virus, mais au mieux, il s’agit d’une mesure complémentaire. Il recommande que les employeurs ne puissent pas obliger un employé à télécharger l’application et il ajoute que les créateurs de technologie ne sont pas des spécialistes de la santé publique. 

Le professeur d’histoire Yves Gingras a aussi prévenu Québec de ne pas se laisser convaincre «par des vendeurs de gadgets» qui proposent des «solutions miracles» sans avoir fait de tests préalables. 

Des experts en sécurité informatique français ont conseillé au Québec de ne pas utiliser d'application en raison des risques élevés de sécurité.

La Ligue des droits et libertés a soutenu que nos lois ne sont pas adaptées à cette nouvelle technologie afin de protéger la population. 

Oppositions inquiètes

La porte-parole de l’opposition officielle en matière d’administration gouvernementale, Marwah Rizqy, ne croit pas qu’une application soit utile à la lutte contre la COVID-19 et que cela n’aurait pas permis d'éviter que les CHSLD se transforment en «mouroirs». 

«L'application de traçage ne répondra pas au vrai problème. Les bras qu'on a manqués, là, dans nos CHSLD, bien, c'est l'armée qui est venue répondre à ça, ce n'est pas l'application de traçage. Et au contraire, selon les différents rapports qui sont présentement déposés, ces applications pourraient faire en sorte qu'il y a un faux sentiment de sécurité», dit-elle, ajoutant avoir des craintes pour la protection de la vie privé. «Je suis très consciente que les GAFAM courent après ces données parce qu'ils font du croisement de données, c'est bien connu. Ils veulent identifier nos comportements, ils veulent savoir ce qu’on aime acheter.» 

Québec solidaire souligne de son côté que le gouvernement doit se baser sur ce qui s’est fait ailleurs dans le monde avant de prendre une décision. 

«Ailleurs dans le monde, où ces applications-là ont été mises en place, elles ne sont pas efficaces, a mentionné Gabriel Nadeau-Dubois. Qu'est-ce qui nous garantit qu'au Québec ce sera différent? Parce que, pour qu'un outil soit utile il faut qu'il fonctionne, sinon il est inutile.» 

Martin Ouellet, porte-parole du troisième groupe d’opposition, souligne que l’enjeu principal est l'accessibilité à cette technologie. «Est-ce que le gouvernement du Québec pourrait donner les moyens à des populations plus à risque de mettre la main sur cette technologie?» 

La commission des institutions se déroule jusqu’à vendredi à l’Assemblée nationale en présence de députés et d’experts. C’est à la suite de ce débat d’idées que le gouvernement décidera s’il recommande à la population de télécharger cette application de traçage. 

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