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6500$ de rabais pour 7 kilomètres

6500$ de rabais pour 7 kilomètres

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Toyota Canada dévoilait cette semaine le prix de son RAV4 Prime. Un véhicule très attendu par le public, puisqu’il comble les besoins d’une majorité d’acheteurs ne souhaitant pas faire de compromis en matière de puissance, de polyvalence, de luxe et de rendement énergétique.

En somme, un véhicule qui propose quatre roues motrices, 302 chevaux de puissance, et qui, grâce à une batterie de 18,1 kWh, permet de circuler 68 km en mode 100%, avant que le mode hybride entre en fonction.     

Assurément, ce véhicule constitue la vedette de l’heure dans l’industrie automobile, comme en témoignent d’ailleurs les très nombreuses commandes effectuées par les consommateurs, qui devront s’armer de patience pour mettre la main sur leur véhicule. D’ici la fin de l’année, l’an prochain, voire dans deux ans? Qui sait! Un concessionnaire avec qui nous nous sommes entretenus ne faisait qu’évoquer le casse-tête que ce véhicule représentait, sachant qu’il devra décevoir de très nombreux clients intéressés à son acquisition.

44 990$, un prix stratégique

Ce n’est pas un hasard si Toyota Canada a fixé le prix de son RAV4 Prime SE à 44 990$. Ce faisant, le produit peut ainsi être admissible aux crédits gouvernementaux applicables, ce qui explique d’ailleurs pourquoi plusieurs véhicules comme la Hyundai Kona électrique et la Tesla Model 3 affichent aussi un prix d’entrée similaire.

En fait, la loi stipule qu’un véhicule à cinq passagers, électrifié ou partiellement électrifié, dont le prix d’entrée se situe sous la barre des 45 000$, peut se qualifier pour les crédits fédéraux. Évidemment, certains véhicules ont droit à des rabais plus importants que d’autres, ce que le gouvernement détermine à la taille des batteries. Voilà ce qui explique par exemple pourquoi, en combinant les rabais fédéraux et provinciaux, un Mitsubishi Outlander PHEV n’a droit qu’à 6500$ de rabais, ce dernier grimpant à 13 000$ pour une Chevrolet Bolt.

Pour 2021, Ford et Toyota lancent chacun un VUS compact hybride rechargeable. Ford débarque avec l’Escape PHEV alors que Toyota présente son RAV4 Prime. Deux véhicules en compétition directe, bien que Toyota ait l’avantage des quatre roues motrices et d’une puissance supérieure. Or, lorsqu’il est question d’autonomie électrique et de consommation de carburant, ces deux véhicules sont pratiquement nez à nez. En clair, une légère avance du côté de l'autonomie électrique chez Toyota, qui affiche 68 km, contre 61 pour Ford, mais une consommation d’essence moyenne combinée inférieure de 0,4 L/100 km à l’avantage de Ford. En fin de compte, quatre trente sous pour une piastre. 

Une histoire de batteries

Pourtant, parce que la taille de la batterie du RAV4 Prime est de 18,1 kWh, contre 14,4 kWh du côté de l’Escape PHEV, Toyota a droit à 6500$ de crédit gouvernemental additionnel, ramenant le prix final de son véhicule RAV4 à un niveau qui défie toute compétition. Ce crédit gigantesque crée d’une part un débalancement au sein de la gamme RAV4, puisque le RAV4 Prime SE (avec crédits appliqués) revient pratiquement au même prix qu’un RAV4 Hybrid LE, moins équipé, sans autonomie électrique, et handicapé de 100 chevaux.

Maintenant, cela donne également lieu à une concurrence déloyale pour Ford, qui propose tout compte fait un Escape aussi efficace que le RAV4 sur le plan environnemental, ne faisant appel qu’à une technologie différente. Parce qu’avec une batterie de moins de 16 kWh, le gouvernement tant fédéral que provincial coupe en deux les crédits applicables.

Cette situation doit certainement faire rager les gens de Ford, qui auraient toutes les raisons au monde de contester cette situation. Et soyez certains qu’avec la quantité grandissante de véhicules hybrides rechargeables et électriques qui débarqueront ces prochaines années, de telles injustices ne feront que se multiplier. 

En ce qui me concerne, je considère cependant qu’un véhicule qui n’est pas 100% électrique ne devrait pas pouvoir avoir droit au plein rabais. D’une part, parce que plusieurs des utilisateurs de ces véhicules ne les rechargent que rarement, profitant pourtant d’un gros crédit, mais aussi parce que l’impact environnemental d’un hybride rechargeable est assurément plus grand qu’un tout électrique, quel qu’il soit. Est-ce que le gouvernement devrait donc ramener à 6500$ le crédit actuellement applicable au RAV4, mais aussi à la Honda Clarity et à la fourgonnette Chrysler Pacifica? Personnellement, je serais en faveur d’un tel ajustement.

Évidemment, seul l’avenir nous dira si ces crédits perdureront, mais en attendant, sachez que la grande majorité des Ford Escape PHEV et des Toyota RAV4 Prime destinés au marché canadien se retrouveront chez nous, au Québec. Parce que la Belle Province est pour l’heure la seule à offrir de si gros rabais, étant de loin suivie par la Colombie-Britannique, qui n’offre que 1500$ de crédit (additionnés aux 5000$ du fédéral), pour un véhicule électrifié.