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Ceux qu’on n’entend jamais

opération police montréal
Photo d'archives

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Imaginons un incident comme celui que je relatais jeudi : la police interpelle un groupe de jeunes issus d’une minorité ethnique.

Les médias ne vont pas seulement en parler. Ils voudront aussi recueillir des réactions. 

Beaucoup de gens sont intimidés par les médias et resteront dans l’ombre.

Qui saisira le micro tendu ? Le militant, plus souvent qu’autrement.

Représentatif ?

Je ne le dis pas négativement : il faut des militants, et il est normal qu’une personne convaincue de sa cause travaille à la faire progresser. 

Mais dans le cas évoqué plus haut, que dira le militant ? 

Il dira : la police fait du profilage racial, elle s’acharne sur les jeunes issus des minorités visibles, voyez leur surreprésentation dans la population carcérale, etc.

Il ne dira pas l’évidence : logiquement, la police surveille davantage les lieux qu’elle sait être des foyers de criminalité.

Or, les gangs de rue, que voulez-vous, ne se tiennent généralement pas à Outremont, et leurs membres n’ont pas fréquenté le collège Brébeuf. 

Bête de même...

Ce militant prétendra souvent parler au nom de toute sa communauté : il dira « Nous, les Noirs », ou « Nous, les Latinos » ou « Nous, les Maghrébins » ou « Nous, les... ce que vous voulez ».

C’est ici que nous, les médias, avons nos torts.

Je suis convaincu qu’au sein de ces communautés ethniques, l’opinion du militant qui prétend parler pour tous n’est pas du tout représentative.

Je suis même certain qu’elle soulève agacement, voire exaspération.

Au sein de ces minorités ethniques, il y a une majorité silencieuse. 

Cette majorité, j’en suis sûr, voit dans la police une alliée, qui fait de son mieux pour la protéger.

Cette majorité est composée de gens venus refaire leur vie, heureux d’être ici et reconnaissants.

Ils veulent pour leurs enfants un avenir meilleur que le leur.

Je vois les fruits de leurs efforts sublimes dans nos universités et nos cégeps, où la diversité ethnoculturelle n’a jamais été aussi spectaculaire.

Leurs enfants seront gestionnaires, ingénieurs, avocats, profs, ils seront ce qu’ils voudront.

Leurs parents, qui se sont saignés pour eux, n’ont ni respect ni admiration pour ces voyous supposément de « pôôvres victimes » des « méchants policiers blancs ».

Ils savent que ces voyous sont les premiers responsables des préjugés et des stéréotypes qui pèsent sur toute la communauté. 

Ils savent que leurs vrais ennemis, ce n’est pas la police, mais eux.

Ils en ont honte, mais n’osent pas trop le dire par crainte d’être intimidés, menacés ou pire.

Opportuniste

Et ils savent que ce militant ne se soucie pas d’abord d’eux, mais que c’est souvent un opportuniste, atteint de l’ivresse du micro, qui se soucie de ses intérêts, de son idéologie, de sa visibilité, et qui ne les représente pas du tout.

Cela ne veut pas dire qu’un débat public sur le travail de la police n’est pas pertinent.

Mais nous faisons fausse route quand nous la blâmons continuellement, et nous avons tort de faire comme si cette majorité discrète au sein de nos minorités n’existait pas.