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Le blues de la Métropole

<strong><em>Carnet d’un promeneur dans Montréal</em><br>Dinu Bumbaru</strong><br>Éditions La Presse
Photo courtoisie Carnet d’un promeneur dans Montréal
Dinu Bumbaru

Éditions La Presse

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Montréal souffre de désamour. Montréal s’anglicise. Montréal se cherche une personnalité. Sa mairesse nous donne envie de la banlieue. Nous vivons avec Montréal une relation d’amour-haine. Qui aime bien châtie bien, dit le dicton. Dinu Mumbaru est de ceux-là. 

Œuvrant au sein de Héritage Montréal, il n’a cessé pendant toutes ces années de défendre le patrimoine architectural de la métropole, lançant ici des mises en garde et là encourageant les nobles initiatives.

Il nous ouvre son grand cahier, une sorte de journal étalé en une centaine de croquis expliqués, qui contiennent autant d’informations et de révélations intéressantes.

Qui se souvient que c’est sous l’administration du maire Jean Doré que fut restauré le majestueux belvédère du Mont-Royal, d’où l’on peut admirer les sites emblématiques du centre-ville, comme la Place Ville-Marie, tout en prenant un bol d’air frais ? Le mont Royal fait partie intégrante de la personnalité de Montréal. Que ce soit de la Rive-Sud, le long de la route 132, du haut des airs, ou encore sur l’avenue qui porte son nom, on ne peut échapper à sa silhouette attirante, qui nous invite à la découvrir de près. Une montagne accessible à tous au beau milieu de la ville, ce n’est pas tous les jours que ça se voit.

Ses croquis témoignent également des transformations subies au fil des aménagements urbains, comme cette petite rue May, aujourd’hui avalée par les infrastructures du nouveau pont Samuel-De Champlain. Elle longeait auparavant le canal Tail Race, qui marquait la frontière entre Verdun et Montréal.

Lieux emblématiques

Et ce pont Jacques-Cartier, qu’on a illuminé à l’occasion du 350e anniversaire de Monréal, fut « nommé ainsi en 1934 pour souligner le 400e anniversaire du premier voyage de cet explorateur qui donna son nom au mont Royal ».

Parmi d’autres lieux insolites qu’il nous invite à découvrir, soulignons la caserne de pompiers, place Saint-Henri, dans le sud-ouest de la métropole, construite en 1930. Sur sa façade art-déco, on peut admirer des bas-reliefs de trois personnages : « le pompier en pleine gloire, le policier en chasse et le malfaiteur en prison ». 

Autre lieu emblématique de Montréal : l’ancien moulin à farine Ogilvie, « rebâti en 1941 selon les plans d’Ernest Cormier » et toujours en activité, et surtout son enseigne, Farine Five Roses, qui illumine nos nuits et sert de repères aux noctambules. En 2006, on a voulu la supprimer, mais grâce à Héritage Montréal elle persiste, tel un phare dans la mer urbaine.

Mumbaru s’intéresse beaucoup aux bâtiments industriels, le long du fleuve, « ce paysage industriel où se mêlent brique, béton et grues d’acier », autour desquels s’organisaient, aux XIXe et XXe siècles, les activités économiques qui ont fait, à l’époque, de Montréal la métropole du Canada. La construction de la voie maritime, au milieu des années 1950, est venue consacrer le déclin économique de Montréal au profit de Toronto : l’ancienne station de pompage Craig, sous le pont Jacques-Cartier, l’ancienne usine New City Gas, rue Ann, près de la rue Wellington, qui alimentait en gaz les réverbères des rues de la ville, les vastes entrepôts de Montréal-Est, la brasserie Molson, qui déménagera bientôt sur la Rive-Sud, les imposants silos et convoyeurs « perchés dans les airs » sur la petite rue Riverside, entre la voie ferrée et la rue Mill, etc.

On ne peut éviter la tour du stade olympique, symbole suprême de Montréal et œuvre de l’architecte Roger Taillibert, récemment décédé. Qui n’a pas éprouvé un sentiment de fierté, aussi minime soit-il, en revenant à Montréal, du haut des airs, en apercevant par le hublot cette tour inclinée, au milieu du toit en forme de dôme conçu pour être rétractable ?

Profitez de la période estivale pour organiser votre propre circuit pour redécouvrir cette ville mal aimée. Ces carnets surprendront ceux qui croyaient tout savoir.