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«La dernière fois qu’on l’a vu, c’est au Perrette»: les petits gars mènent l’enquête

Entrevue l'écrivain/dramaturge Claude Champagne
Photo Ben Pelosse L'écrivain et dramaturge, Claude Champagne

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Auteur de nombreuses pièces de théâtre et de huit romans jeunesse, Claude Champagne s’est inspiré de sa propre jeunesse dans l’est de Montréal pour écrire un roman se déroulant à la fin des années 1970, La dernière fois qu’on l’a vu, c’est au Perrette. Après la disparition d’un garçon de leur école, une gang de jeunes décide de mener l’enquête, soupçonnant un « maniaque » qui sévit près du Perrette du coin.

Savoureux, original, authentique, souvent drôle même s’il parle d’un drame se déroulant en arrière-plan, ce roman est très évocateur de l’ambiance unique de la fin des années 1970. Il rend hommage à la solidarité et à la débrouillardise des jeunes de l’époque. Ceux et celles qui, comme Claude Champagne, avaient 12 ans en 1978 vont retrouver des références qui leur feront faire un petit voyage dans le temps!

 Au mois de juin 1978, les petits gars rêvent à l’été. Ils réalisent qu’un des leurs, Mario Lessard, manque à l’appel : ils l’ont vu pour la dernière fois au Perrette du coin, où tous achètent des Mr. Freeze.

Après avoir été questionnés par la police, comme tous les élèves de leur école, les gars décident de mener leur propre enquête. Les soupçons se portent sur un « maniaque » qui fait des appels anonymes dans une cabine téléphonique, près du dépanneur du quartier. 

Quarante ans plus tard, le corps a été retrouvé. Les funérailles permettent au groupe de se retrouver, au salon funéraire. Les p’tits gars de l’époque sont devenus des adultes d’âge mûr ; les retrouvailles ne sont pas sans malaise. 

Histoire sincère

Claude Champagne a pigé dans ses souvenirs d’époque pour créer cette histoire irrésistible, sincère et tendre, parfois drôle, parfois tragique. Il avait, depuis longtemps, envie d’écrire une histoire pour les grandes personnes, mettant en vedette des enfants, dans le coin où il a grandi.

Le kidnapping est fictif... mais plausible. «Mario Lessard n’a pas disparu à l’époque... mais il aurait pu», explique-t-il. «Il y avait beaucoup d’enlèvements à l’époque.»

Claude Champagne a aimé écrire un roman où il n’y a pas d’internet, pas de cellulaires. Où les jeunes jouent dans les ruelles et se retrouvent dans les cabanes bricolées dans les cours des maisons. 

Entrevue l'écrivain/dramaturge Claude Champagne
Photo courtoisie

Il a utilisé le langage et les expressions, autant que les faits, pour évoquer l’ambiance de l’époque.

«Je raconte souvent des souvenirs de cette époque à des gens qui ne me croient pas... qui disent que ça ne se peut pas. En réfléchissant, m’est apparue l’idée de la disparition d’un enfant et de ses amis qui décident de faire enquête avec l’innocence et l’insouciance des enfants. Le roman n’est pas une enquête ; ce n’est pas l’élément principal. Mais pour eux, ça l’est.»

Les peurs de l’époque

Il s’est souvenu qu’à l’époque, lui et ses amis avaient peur de beaucoup de choses. «Supposément qu’il y avait un maniaque à la boîte aux lettres... Il y a des enfants qui n’allaient pas jouer dans le champ Rosemont parce que leurs parents leur disaient qu’il y avait des évadés de l’asile qui y étaient.»

À travers tout ça, il voulait parler d’un quartier de classe moyenne de l’est de Montréal, dans le quadrilatère formé par les rues Sherbrooke, Rosemont, Langelier et Carignan. 

«Mon quartier, d’où je viens, pour moi, c’est bien important. Michel Tremblay parle souvent du Plateau. Steinbeck a parlé de son univers. C’est important pour moi d’ancrer mon roman dans ce quartier ouvrier, de madames à la maison qui regardent la réalité derrière leurs rideaux. C’est quelque chose de pas beaucoup représenté.» 


  • Claude Champagne est diplômé en écriture dramatique de l’École nationale de théâtre du Canada et possède une maîtrise en études littéraires de l’UQAM.  
  • Il a cofondé Dramaturges Éditeurs, la seule maison d’édition spécialisée en dramaturgie au Québec, où il a été éditeur pendant huit ans.  
  • Auteur pour la scène et la radio, il a signé huit romans jeunesse en plus d’enseigner l’écriture dramatique à l’UQAR.    

EXTRAIT  

«Le rendez-vous a été donné au Perrette après l’école, celui sur la rue Sherbrooke au coin de Carignan, pas loin du métro Langelier. En plein là où on peut trouver le premier suspect de notre liste : le malade qui appelle dans la cabine téléphonique. Vendredi passé, le jour de sa disparition, on a été s’acheter des Mini-Sips avec Mario Lessard. C’est la dernière fois qu’on l’a vu.» 


En librairie le 2 septembre.