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«Rendez-vous à Tourville»: quand le train et le curé régnaient

Pierre Rancourt
Photo courtoisie Pierre Rancourt

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Témoignant d’une époque révolue à travers les yeux d’un enfant, l’avocat, psychologue et écrivain Pierre Rancourt raconte avec verve un pan de l’histoire de Tourville, petit village des Appalaches, dans son premier roman, Rendez-vous à Tourville. Comme il le dépeint, la religion, le train et la télé ont eu leur rôle à jouer dans le développement de la région.

À Tourville, dans les années 1950, les locomotives n’étaient pas encore passées au diesel et le CN était le principal employeur, Tourville étant un dépôt de charbon et de bois d’œuvre.

L’Église régnait en maître, le curé avait le contrôle sur ses ouailles et rien ne devait changer. Mais l’arrivée de la télé dans les maisons, avec son cortège de vedettes et de nouvelles idées, a tout changé. Aux yeux du jeune Daniel Boisvert, la plus lumineuse s’appelait Janette Bertrand et il est allé jusqu’à lui confier une tragédie qui a marqué sa famille.

Pierre Rancourt s’est inspiré, en partie, de son enfance à Tourville pour écrire ce roman savoureux, plein d’humour. «Je suis parti de Tourville à l’âge de 11 ans. Ma famille a déménagé à Charny et Lévis, je suis resté dans le coin un bon 30 ans. Je suis allé à Tourville l’année passée – ça faisait 39 ans que j’avais mis les pieds là!», a-t-il partagé en entrevue.

Souvenirs d’antan

Le psychologue retraité s’est plu à replonger dans ses souvenirs d’enfance, dans le Tourville d’antan. «Je n’ai aucune nostalgie du passé, mais c’était des beaux souvenirs. À Tourville, il me semble que les gens étaient plus délurés qu’ailleurs. Au début, ce livre était plutôt des nouvelles sur chaque événement, et j’avais écrit cela en 1980. Je me suis dit, pourquoi je ne reprendrais pas ça?»

<strong><em>Rendez-vous à Tourville</em><br>Pierre Rancourt</strong><br>VLB éditeur<br>248 pages
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Rendez-vous à Tourville
Pierre Rancourt

VLB éditeur
248 pages

Il s’est inspiré de certains faits vécus, mais beaucoup d’éléments sont sortis de son imagination. «C’est romancé. Le grand-père, disons que le roman lui donne une valeur ajoutée. Mon grand-père, c’était le grand-père qui a appris à lire en lisant Le Devoir, mot par mot.»

Il parle beaucoup de l’importance des trains dans son livre. «La gare de Tourville s’appelait Monk. Les anciens employés du chemin de fer parlent de Monk. Le CNR était prestigieux... c’étaient des anglophones.» 

La religion

Il témoigne aussi de l’omniprésence de la religion, à l’époque, et du bouleversement des mœurs causé par l’arrivée de la télévision dans les foyers. «Il n’y en avait que pour la religion. Tout, tout, tout passait par la religion. Moi, comme enfant, j’étais assez sensible, alors j’ai tout avalé ça. J’en parle dans mon roman avec recul.»

Quand la télévision est arrivée dans les petits villages, ce fut une révolution. «La télévision présentait d’autres points de vue, d’autres façons de penser. Les arts et la culture, ça passait par la télévision. Janette Bertrand, avec la télévision, dans le temps que TVA s’appelait Télé-Métropole, a mis les bouchées triples au sujet de la sexualité à son émission, avec son mari Jean Lajeunesse. 

«Claude Charron, l’ancien ministre, disait que les trois personnes les plus importantes du Québec avaient été René Lévesque, Gilles Vigneault et Janette Bertrand. Elle était belle, joyeuse, intelligente, allumée. C’était pas le genre de personne qu’on pouvait voir dans les villages!» Et c’était son idole! 


  • Pierre Rancourt est né à Tourville en 1945. 
  • Il a pratiqué le droit pendant quelques années à Lévis, puis s’est réorienté vers la profession de psychologue, qu’il a exercée jusqu’à sa retraite, en 2014. 
  • Il écrit son deuxième roman en ce moment.