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La crise d’Octobre à travers la caméra du fils de Paul Rose

Félix Rose.
Photo Jean-François Desgagnés Félix Rose.

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Félix Rose était encore un gamin quand il a su que son père, Paul, avait été impliqué dans l’enlèvement et l’assassinat de Pierre Laporte, dans la tourmente d’octobre 1970. «Comme enfant, tu capotes», dit celui dont la quête pour comprendre les gestes commis par son papa a pris la forme d’un documentaire, Les Rose.

À travers des entrevues avec des témoins clés et des images d’archives, dont plusieurs inédites, le film retrace et explique les événements de la crise d’Octobre, il y a déjà un demi-siècle, de même que les 10 années de prison de Paul Rose. 

Il nous replonge aussi dans un Québec où les Canadiens français, forcés à parler anglais pour travailler dans les usines de Montréal, étaient encore loin d’être maîtres chez eux.

«Aujourd’hui, on peut rêver d’occuper l’emploi que l’on veut, ce qui n’était pas le cas pour les francophones il y a cinquante ans à peine, affirme Félix Rose, en entrevue au Journal. On accorde beaucoup d’importance à la couleur de la peau pour rappeler que les Blancs sont les oppresseurs, mais il faut aussi rappeler que nous sommes à la base un peuple qui a été opprimé pendant des siècles.»

Convaincre l’oncle

Fruit de huit ans de travail, Les Rose est la réalisation d’une promesse faite par Félix à son père, tout juste avant que ce dernier meure, en 2013.

Pour y arriver, le documentariste a pu compter sur des témoignages de premier ordre, ceux de membres de sa famille, bien sûr, mais surtout celui de son oncle Jacques, membre de la cellule Chénier avec Paul Rose, Francis Simard et Bernard Lortie.

Jamais auparavant Jacques Rose n’avait accepté de donner sa version des faits. Comme Paul Rose n’était plus là pour expliquer ce qui s’était passé à l’époque, son témoignage était crucial pour que le film voie le jour.

Sauf que Félix Rose a dû être persuasif et... un brin ratoureux pour le faire parler.

«C’était trop émotif, il ne voulait pas le faire, relate le cinéaste. J’ai mis deux ans à le convaincre. Un jour, il était mal pris et il m’a demandé de l’aide pour rénover sa maison. Je l’ai fait à la condition qu’il m’accorde une ou deux heures d’entrevue par jour et il a accepté. Une fois lancés, nous étions tellement dans une bulle, il ne voyait tellement plus la caméra, que c’est devenu une conversation honnête entre un neveu et son oncle.»

Ne pas banaliser

En long et en large, l’oncle relate, explique, met en contexte. Mais comment Pierre Laporte est-il mort? Là-dessus, Jacques Rose s’en tient à la ligne des ex-felquistes : tous sont responsables.

Félix Rose assure avoir tenté d’en savoir plus. 

«J’ai posé les questions et je respectais les réponses. Je ne voulais pas être complaisant avec mon oncle. Il m’est arrivé de le ramener à l’ordre parce qu’il banalisait des choses. Cela dit, Jacques se dévoile beaucoup dans l’entrevue et on comprend que la mort de Pierre Laporte n’était pas volontaire. C’est assez clair.»

Il reste que ce sujet est sensible. Félix Rose le reconnaît. «J’ai tout fait pour qu’on comprenne la gravité du geste qui a été posé. Je ne voulais pas banaliser sa mort.»

Une mine d’or dans le sous-sol

Si le projet de documentaire a mis autant d’années à aboutir, c’est entre autres parce que Félix Rose est tombé sur une mine d’or quand il est allé fouiller dans le sous-sol de son père.

«Il ne jetait rien, c’était un ramasseux. C’était rempli de documents. Ça m’a pris cinq ans à tout numériser et archiver.»

Dans le lot, une cassette intrigante. Clandestinement, alors qu’il était derrière les barreaux avec accès à une enregistreuse, Paul Rose s’est dévoilé à sa mère adorée pendant deux heures. On peut en entendre des extraits dans le film.

«Ça m’a fait découvrir chez mon père une sensibilité que je ne lui connaissais pas», confie son fils.

C’est ce Paul Rose qu’il souhaite présenter aux Québécois dans son film.


Les Rose prend l’affiche le 21 août.