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Une autre voix pour les enseignants

Sylvain Mallette
Photo Pierre-Paul Poulin Sylvain Mallette, président de la FAE.

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En éducation, le printemps COVID a permis à divers intervenants de prendre la parole sur la place publique. À maintes reprises, certains «experts» de l’école s’exprimaient comme s’ils étaient des enseignant.e.s.

En fait, à bien y penser, une vaste majorité de nos «porte-paroles» ne se retrouvaient pas dans une classe en compagnie des élèves: parents, pédiatres, psychologues, psychoéducateurs, orthophonistes, conseillers d’orientation, directeurs, professeurs-chercheurs, etc. 

Au début du mois de juillet, le ministre de l’Éducation a même convié plusieurs experts à une première rencontre de travail sous la thématique «soutenir nos élèves vulnérables durant la prochaine année scolaire» et, pour comble d’insulte, aucun représentant de ma profession ne se trouvait autour de la table. 

Ces situations auront démontré, à mon avis, l’extrême nécessité d’une voix pour les enseignant.e.s. 

Quelle voix?

C’est Stéphane Allaire, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi, qui a amorcé ma réflexion dans son texte intitulé Quelle voix pour les enseignants? 

La «situation offre une occasion pertinente pour réfléchir à la voix réelle dont disposent les enseignants, principaux professionnels en première ligne du retour à l’école, pour se faire entendre [...] Doit-on en conclure que les enseignants sont condamnés à laisser les autres acteurs sociaux prendre la place qui devrait légitimement leur revenir? Le contexte actuel n’indique-t-il pas qu’ils auraient intérêt à se regrouper pour se reconnaître d’abord, et s’assurer ensuite qu’on les considère à leur pleine valeur?» 

Bonnes questions!

Pour le moment, les seuls porte-paroles officiels de ma profession sont les deux syndicats: la FSE et la FAE. 

Néanmoins, pour le citoyen ordinaire, il n'y a pas de différence. Pour lui, quand LE syndicat prend la parole, LES enseignant.e.s parlent. 

Quel est le principal rôle du syndicat? En somme, il assure la défense collective et individuelle des intérêts de ses membres. Évidemment, il y a fort à parier que si nous avons de meilleures conditions de travail, les élèves bénéficieront de certains avantages. 

Ainsi, mon propos ne consiste pas à remettre en doute l’utilité des syndicats. Ils ont un rôle à jouer. 

Il s’agit plutôt de soulever un besoin et d’offrir une proposition sur la façon de répondre à celui-ci. 

Un ordre

Actuellement, la profession se définit surtout par les interventions de ses représentants syndicaux. 

D’une perspective de «valorisation de la profession», l’événement COVID a mis au jour la nécessité d’une voix supplémentaire et complémentaire pour les enseignant.e.s. 

Nous devons construire et offrir une image positive de l’enseignant.e, de l’enseignement et de l’école publique. De ce fait, un second porte-parole créé (et géré) par et pour les enseignant.e.s s’avère, selon moi, la voie à suivre. 

Certains proposent la création d’un ordre professionnel. Peut-être. Toutefois, cette solution me semble vouée à l’échec. La majorité des enseignant.e.s n’en veulent pas. En bon français, l’idée est «brûlée» depuis longtemps... En fait, depuis 2002, moment où l’Office des professions du Québec a émis un avis négatif à ce sujet. 

De toute façon, son rôle premier consiste à veiller à la protection du public, et nos centres de services scolaires disposent déjà d’un protecteur de l’élève. Il suffit simplement d’améliorer ce service. J’inviterais d’ailleurs le ministre à mettre en œuvre les recommandations formulées dans le rapport du Protecteur du citoyen de 2017 afin d’augmenter leur degré d’indépendance. 

Comme le dit le professeur Allaire, «on cherche plutôt une voix collégiale et formelle. En d’autres mots, une voix qui s’exprimerait au nom de la profession qu’est l’enseignement. Une profession qui a ses pratiques, connaissances, particularités, contraintes, valeurs, routines...» 

Une association

Je crois que le temps est venu de mettre au monde la première «Association professionnelle des enseignantes et enseignants du Québec». 

Comment arriver à créer ce genre d'organisme? 

Cet automne, les centres de services scolaires (CSS) seront administrés par un conseil d’administration composé de 15 membres, dont un.e enseignant.e qui sera désigné.e par ses pairs. De prime abord, il serait possible de solliciter ces enseignant.e.s. Nous pourrions les inviter à une table provinciale et construire, en collégialité, notre association. 

Une solution envisageable serait de lancer l’invitation à tous les collègues intéressés à la création de cette nouvelle voix. À la suite de cette rencontre, des associations régionales (ou par CSS) pourraient ainsi voir le jour. 

Cette «Association professionnelle des enseignantes et enseignants du Québec» aurait pour mission d’agir à titre de porte-parole constructif dans l'optique d'une valorisation de l’enseignement. 

Cette voix pourrait se faire entendre autour des différentes tables de concertation en éducation. Elle pourrait statuer sur les conditions d’une pratique de qualité qui devraient caractériser la profession enseignante. Elle pourrait également élaborer un référentiel d’éthique, selon l’idée du professeur Denis Jeffrey. Elle pourrait aussi contribuer au croisement des connaissances entre la recherche et le terrain, valoriser la formation continue, etc. 

Voilà, bien humblement, l’amorce de ma réflexion dans le but de nous faire entendre différemment et valoriser notre métier. 

À nous de prendre notre profession en main.