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French Kiss

Langue française - loi 101
Photo d’archives

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Le gouvernement Legault dit vouloir redresser la situation déclinante du français.

Un lecteur me demande : le gouvernement est-il sérieux ou est-ce qu’il improvise ?

Un peu des deux.

Il veut agir, mais ne veut pas trop heurter le milieu des affaires, ni lancer un autre affrontement avec Ottawa, ni en avoir pour des années devant les tribunaux.

Si François Legault est sérieux, il aura tout ça.

Faussetés

Le milieu des affaires ne s’intéresse qu’à la langue du dollar.

Et on ne peut agir vigoureusement sur la question linguistique sans se heurter aux limites de ce que le régime fédéral autorise.

D’autres facteurs, évoqués hier par Maka Kotto, compliquent le combat linguistique : la domination internationale de l’anglais, l’insouciance des employeurs, la tiédeur des syndicats, jadis mobilisés sur cet enjeu, le poids politique des anglophones et des allophones, etc.

Préparez-vous au retour de vieux arguments aussi faux qu’increvables.

D’abord, on blâmera les immigrants. Mais mettez-vous à leur place.

Dans leur tête, ils ont choisi en premier l’Amérique du Nord, puis le Canada, puis le Québec.

Ils arrivent ici et voient la direction du vent.

Pourquoi choisiraient-ils le camp d’une minorité déclinante au sein du Canada ?

Si vous émigrez en Espagne, allez-vous prioriser l’espagnol ou le catalan ?

On nous ressortira aussi qu’il est important de savoir parler anglais... comme si quelqu’un prétendait le contraire !

Que des gens, après tant d’années, confondent la maîtrise individuelle de plusieurs langues avec l’enjeu de savoir quelle doit être la langue prédominante de notre vie publique dit tout sur la faiblesse de notre culture civique.

Enfin, on va nous ressortir que le vrai ennemi du français, c’est qu’on le parle mal au Québec. Le salut de notre langue, dira-t-on, est une responsabilité individuelle.

Ma collègue Marie-Ève Doyon défendait cette position dans une récente chronique.

Elle ajoutait : « Si demain le Québec devenait un pays, y aurait-il une immense purge pour éliminer ou convertir tous les anglophones et allophones qui vivent ici ? »

C’était sans doute un type d’humour qui m’échappe.

Oui, le Québécois moyen articule peu, dit « t’sé » et « chu pas », a peu de vocabulaire.

Et on ne verra jamais un ministre français parler comme Justin Trudeau ou Mélanie Joly.

Mais l’Américain moyen, le Mexicain moyen, ou le Français moyen écorchent aussi leur langue.

Sauf exception, la qualité de la langue parlée d’une personne est en relation avec son éducation et son milieu familial, plus qu’avec son origine ethnique.

Responsabilité

Par ailleurs, la loi fédérale sur les langues officielles ne freine pas l’assimilation des francophones hors Québec, tout en encourageant la bonne santé de l’anglais au Québec.

Imagine-t-on aller dire aux francophones hors Québec que leur avenir ne repose que sur leurs seules épaules et qu’ils parlent mal en plus ?

Des individus laissés à eux-mêmes, même s’ils s’efforcent de bien parler et exigent d’être servis et de travailler dans leur langue, ne suffisent pas pour contrer les tendances lourdes de la démographie.

La langue est une responsabilité individuelle, mais aussi collective, donc étatique.