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«Le dernier je t’aime»: la chronique d’un temps révolu

Daniel O.Brouillette
Photo Andréanne Lemire

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Inspiré par sa propre histoire familiale et par les souvenirs laissés par une maman décédée quand il n’avait que neuf ans, Daniel O. Brouillette raconte des vies et une époque dans son premier roman. Roman touchant, émouvant, sincère, Le dernier je t’aime est à la fois l’histoire d’une femme et de sa famille, et la chronique d’un temps révolu dans un petit village de la Mauricie, Saint-Narcisse.

Daniel Brouillette, un homme de cœur qui a fait carrière dans le milieu journalistique avant de retourner dans son village natal, portait depuis longtemps cette histoire qui parle de mort, mais aussi de vie, de famille, d’amour et de résilience. 

Le roman se déroule dans la campagne des années 1960 et dépeint les bouleversements vécus par une famille, devant l’imminence de la mort de la belle Rita. Cette maman adorée est partie trop vite, trop jeune – à 45 ans – laissant derrière elle sept enfants et Oscar, un mari qui ne s’en est jamais remis.

Un brin nostalgique de cette époque, Daniel O. Brouillette a laissé ses souvenirs revenir tout doucement pour raconter l’histoire de Rita. Une histoire belle et triste, racontant une fin douloureuse, mais aussi une grande histoire d’amour.

Des souvenirs

« J’ai pris quatre ans pour écrire ce roman, confie-t-il, en entrevue. J’écris beaucoup avec mes sens, et avec mon sixième sens, et je me touche au cœur quand j’écris. J’ai romancé, mais pour ce premier roman, je voulais aller dans quelque chose que je ressentais. »

« Oui, j’ai inventé, mais à partir de quelque chose que j’avais ressenti, ou que j’avais entendu. Quand ma mère est tombée malade, j’étais en première ou deuxième année. Ce dont je me souviens, c’est vague, mais je retenais ce que le médecin et des voisines m’ont raconté, au cours des années. »

Il a accumulé les souvenirs. « Les gens me disaient comment elle était belle, comment les gens l’aimaient, à quel point mon père l’aimait. Mes sœurs me racontaient des bribes. Je suis parti avec ces émotions, j’ai construit mon histoire, en ajoutant des faits... qui ne sont pas totalement vrais ni totalement faux. »

Son frère avait enregistré des conversations entre sa mère et le médecin, sur des bobines. « On a écouté ça. Les rubans étaient tellement secs qu’on entendait très peu. Ensuite, je suis allé dans mon imaginaire... et j’ai écrit. Mes sœurs et mes tantes me disent que je suis allé pas mal proche de la réalité. »

Faire réfléchir

L’histoire est racontée du point de vue d’un petit bonhomme éprouvé... qui ne pleure pas. « Ce sont les gens autour de lui qui le regardent vivre et qui ont de la peine. Quand tu as neuf ans, tu regardes les nuages. La journée où elle est morte, je pensais qu’elle était un ange et qu’elle passait dans les trous des nuages. Je n’ai pas écrit cette histoire pour que les gens, à la fin, me prennent dans leurs bras. Je voulais écrire pour faire réfléchir sur la vie, la mort, la souffrance. »

Folklore local

Daniel a également ancré l’histoire dans sa région, par une foule de détails, mais aussi des expressions du terroir et la « parlure » du temps. Habile conteur, il fait revivre des veillées d’antan, où les gigues et les chansons occupaient les soirées des villageois.

« J’ai tenu à faire ça. Je suis né dans le troisième rang, avec des chansons à répondre, de la musique. Je suis né dans un pays où les gens avaient un surnom, où les gens s’entraidaient. Je suis né dans ce folklore et je voulais qu’il reste parce qu’on va perdre tout ça, à un moment donné. » 


  

  • Daniel O. Brouillette a fait carrière dans le monde des médias (journaux---, radio, télé).   
  • Il a entre autres participé à l’ouverture de l’amphithéâtre Cogeco à Trois-Rivières.  
  • Il est copropriétaire d’une résidence pour personnes retraitées à Saint-Narcisse.     

EXTRAIT  

« Rita revient du village où elle avait rendez-vous chez son médecin, le Dr Desrosiers. Émue à en crier, elle sent le besoin de s’arrêter chez Cécile, sa voisine. Quand elle entre, ses yeux sont pleins d’eau. Cécile voit les traces qui glissent sur son visage. Ce ne sont pas des flocons. Non. Ce sont des larmes. Elles coulent tant qu’elles mouillent tout le tour de la bouche de Rita. Un grand flot, un regard défait de tristesse.

« Qu’est-ce qu’y t’arrive à matin, Rita ? Pour l’amour du ciel, qu’est-ce qu’y se passe ? Viens t’asseoir à table.” »