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Les fusillades plus près des maisons

La police de Montréal s’inquiète de voir des crimes par armes à feu commis dans des secteurs résidentiels

FUSILLADE MONTREAL
Photo Agence QMI, Erik Peters Des spécialistes en identification judiciaire ont été envoyés sur la scène d’un crime survenu mardi soir dans un salon de coiffure de Montréal afin d’analyser les impacts de balles dans la vitrine du commerce.

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La criminalité par armes à feu habituellement plus présente près des bars du centre-ville s’est déplacée vers des zones résidentielles du nord de l’île de Montréal depuis le début de la pandémie, ce qui inquiète grandement la police.

• À lire aussi: Trois fusillades sur une artère de Montréal

«La vie nocturne a été affectée par la situation actuelle, alors les gens entrent moins en conflit les uns avec les autres parce que les bars sont fermés ou beaucoup moins fréquentés, explique l’inspecteur aux enquêtes du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) David Bertrand. Ce qu’on remarque, et c’est très préoccupant, c’est un déplacement de cette criminalité dans des quartiers résidentiels.»

De mars à juillet, Montréal a été le théâtre de plus d’une centaine d’événements impliquant des armes à feu, dont deux homicides, 16 tentatives de meurtre et 25 agressions armées.

Il s’agit, en moyenne, de près d’un crime armé par jour.

Depuis le début du mois d’août, Le Journal a pu compiler au moins une dizaine d’autres événements similaires.

Or, lorsque l’on compare Montréal avec d’autres grandes villes nord-américaines, la métropole demeure un endroit très sécuritaire.

Pas plus de crimes

Mais la crise sanitaire aura-t-elle eu comme effet d’augmenter les incidents impliquant des armes à feu à Montréal?

En comparant les chiffres actuels avec ceux des années précédentes, l’inspecteur Bertrand ne note pas de recrudescence. 

Or, le déplacement de cette criminalité vers les secteurs résidentiels est tout aussi inquiétant pour l’organisation.

Dernièrement, on remarque que ces actes de violence sont généralement commis dans les arrondissements d’Ahuntsic-Cartierville, de Montréal-Nord et de Rivière-des-Praires, dans les nord-est de l’île, vraisemblablement en raison de la présence plus accrue des gangs de rue dans ces secteurs.

La semaine dernière a d’ailleurs été assez mouvementée pour les enquêteurs, alors qu’une première fusillade a éclaté mardi après-midi dans un salon de tatouage du boulevard Henri-Bourassa Est, dans le secteur d’Anjou.

Un employé de 28 ans a été atteint à la jambe par un tireur qui a par la suite pris la fuite.

Le soir même, vers 19 h, un individu a ouvert le feu en direction de deux hommes de 36 et 40 ans qui se trouvaient dans un salon de coiffure situé sur le même boulevard, cette fois-ci dans le quartier Ahuntsic.

Et pratiquement au même moment, des coups de feu ont été entendus sur la même artère, à l’angle de l’avenue de l’Hôtel-de-Ville.

Des douilles ont été découvertes au sol, mais aucune victime ne s’est manifestée.

Les trois personnes blessées cette journée-là se trouvent heureusement dans un état stable.

Effectifs triplés

Devant ce nouveau constat, la police de Montréal a doublé, parfois même triplé ses effectifs sur le terrain afin de se faire visible et de rassurer la population.

«En commettant des crimes dans des secteurs résidentiels, on se retrouve automatiquement avec beaucoup plus de témoins que lorsque ça se fait à la sortie des bars dans un secteur commercial. Là, ça touche directement le sentiment de sécurité des résidents», décrit l’inspecteur Bertrand.

Ainsi, de très nombreux patrouilleurs sillonnent les rues des secteurs plus touchés en véhicule, en vélo et à pied depuis quelques semaines afin de rassurer les gens.

Escouades spécialisées

Les équipes des escouades Quiétude, récemment créée, et Éclipse, notamment spécialisée dans le crime organisé, ont également été mises à contribution.

Le nombre de policiers déployés dans un secteur peut varier en fonction de plusieurs critères, comme la météo, les regroupements dans les parcs, les rassemblements d’individus connus, les observations des patrouilleurs sur le terrain et les informations recueillies par la section du renseignement criminel.  

Crimes impliquant des armes à feu depuis le début de la pandémie    

  • Meurtre : 2  
  • Tentative de meurtre : 16  
  • Agression armée : 25  
  • Voies de fait : 1  
  • Usage d’une arme à feu : 3  
  • Décharge d’une arme à feu : 22  
  • Pointage d’une arme à feu : 18  
  • Vol qualifié armé : 36  
  • Total : 123   

Source : SPVM, de mars à juillet

N.B. Le SPVM dit ne pas constater d’augmentation par rapport à la même période l’an dernier, mais n’a pu fournir les chiffres de 2019. 

Une escouade spécialement dédiée aux armes  

L’escouade Quiétude, mise en place avant les Fêtes par la police de Montréal pour répondre à une hausse des crimes impliquant des armes à feu, a traité près d’une centaine d’informations depuis sa création.

Au total, ce sont une vingtaine d’enquêteurs issus des sections des homicides, du crime organisé et du renseignement criminel qui ont été affectés à cette escouade spéciale.

Sa mission ? Diminuer le nombre de crimes reliés aux armes à feu dans la métropole.

Gangs de rue

À l’automne dernier, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avait noté une hausse importante des tentatives de meurtre et des agressions armées, particulièrement dans le nord et l’est de l’île.

Plusieurs d’entre elles étaient reliées aux gangs de rue.

Au même moment, la ville de Toronto était le théâtre d’une flambée de violence hors du commun qui a coûté la vie à des centaines de personnes, dont plusieurs liées au crime organisé.

Cette sanglante réalité dans la Ville-Reine a motivé le SPVM à agir rapidement afin d’éviter à tout prix de vivre une situation similaire. 

Bilan de l’escouade Quiétude depuis sa création   

  • 87 informations traitées    
  • 42 perquisitions     
  • 25 armes saisies     
  • 60 arrestations