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L’appui au tramway plombé par l’«hésitation» du gouvernement

Le maire de Québec, Régis Labeaume, demande au premier ministre François Legault de confirmer son appui et de dire publiquement qu’il n’y aura pas de métro dans la capitale

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Régis Labeaume déplore « l’hésitation » du gouvernement Legault qui a contribué à plomber l’appui au projet de tramway et il invite le premier ministre à dire haut et fort qu’il n’y aura pas de métro à Québec.

Le maire de Québec reconnaît que le « doute » s’est installé dans l’esprit de nombreux citoyens à Québec dans les derniers mois à l’égard du projet de transport collectif structurant, au fil des changements annoncés et de l’abandon de la portion trambus.

Ils sont nombreux dans la capitale à rêver à un métro souterrain, moins contraignant pour les automobilistes qui anticipent de grands bouleversements dans leurs habitudes avec un tramway en surface. Sans parler des avantages indéniables d’un métro en plein hiver.

  • Écoutez l'entrevue de Régis Labeaume avec Benoit Dutrizac à QUB Radio:

« Mais ça n’arrivera pas, puis il faut que le premier ministre le dise que ça n’arrivera pas... C’est de l’illusion. Ça coûte quatre fois plus cher », a insisté le maire Labeaume lors d’une entrevue éditoriale avec Le Journal, hier, en prévision de la rentrée à l’hôtel de ville lundi prochain.

Le maire se base sur une étude de la firme française Systra qui conclut qu’un métro coûterait trop cher et serait surdimensionné pour la capitale.

« Ça ne donne rien de niaiser avec ça. À un moment donné, quand tous les élus vont parler de la même voix, je pense que ça va être clair, puis l’acceptation sociale, ça devrait marcher », a-t-il plaidé.

Au-delà de cette pointe au gouvernement, il a malgré tout répété à plusieurs reprises qu’il avait « confiance » en François Legault et en François Bonnardel, ministre des Transports, qui s’est dit à 150 % derrière le projet la semaine dernière.

La coupe d’arbres, un gros problème

Malgré les écueils des derniers mois et les frictions apparentes avec le BAPE au cours de l’été, le maire ne voit pas d’embûches insolubles pouvant faire dérailler le projet de tramway.

Pour lui, la coupe anticipée de 1700 arbres représente l’un des plus gros problèmes. Il promet d’embaucher les « meilleures spécialistes au monde » pour tenter d’en sauver le plus possible et d’offrir des solutions de rechange intéressantes à chaque propriétaire touché le long du tracé de 22 km. Il a par ailleurs minimisé les impacts du mégachantier de 3,3 G$.

« Oui, ça va déranger un peu, mais surtout ceux qui sont sur le long de la ligne. En passant, le trou ne sera pas béant devant la maison pendant trois ans... C’est huit à douze semaines maximum, et, ensuite, ils s’en vont ailleurs ».

Le « couteau entre les dents »

Discret dans les derniers mois, le maire dit avoir laissé délibérément toute la place au directeur du bureau de projet, Daniel Genest, aux audiences du BAPE pour éviter d’être une « distraction ». Il compte reprendre le bâton du pèlerin avec le « couteau entre les dents » cet automne pour vendre le projet à la population. 

Convaincu qu’il se concrétisera éventuellement, M. Labeaume, toujours aussi « pressé », s’est néanmoins fait à l’idée que le feu vert officiel du gouvernement ne viendra pas avant la prochaine élection municipale en novembre 2021, qui se transformera vraisemblablement en « élection référendaire ». 

Le maire est insatisfait de la gestion du Grand Marché  

Photo Jean-François Desgagnés

 

Régis Labeaume en attend davantage de la Coopérative des horticulteurs qui gère le Grand Marché à ExpoCité.

« Oui, je suis déçu. Le monde adore aller là pareil, mais ils devaient nous faire plein d’activités, et on les attend encore. Ça demeure un magnifique marché, mais j’attends le festival du homard, etc. », a-t-il confié en entrevue.

« Les gestionnaires du marché doivent aller plus loin et créer des activités qu’ils nous ont promises », a-t-il insisté.

En juillet, la Ville de Québec a octroyé un prêt de 300 000 $ au Grand Marché, qui connaît des difficultés financières, et elle a exigé un plan de redressement. Le maire se réjouit cependant de constater que le site attire plusieurs citoyens qui ont découvert, cet été, la « forêt » et les jeux d’eau à l’extérieur. 

Les finances sont « sous contrôle » malgré la pandémie  

Photo Jean-François Desgagnés

 

Le maire de Québec assure que les finances de la Ville sont « sous contrôle » et il dit avoir surestimé les impacts de la pandémie en mai dernier.

Régis Labeaume évaluait alors le manque à gagner à 215 M$ sur deux ans, dont 65 M$ à 100 M$ pour l’année en cours.

« C’est moins pire que prévu, nos coupures ont fonctionné, on peut utiliser nos réserves et l’argent qu’on a mis de côté depuis des années. Je dis à la population : ne vous inquiétez pas. »

Le maire attend toujours des réponses du gouvernement pour combler certaines dépenses et il ne prévoit pas, pour l’instant, de « mise à jour économique », comme le réclame l’opposition.

La promesse de gel de taxes en 2021 tient toujours. 

Sera-t-il candidat ou pas aux élections de 2021 ?  

Photo d'archives, Annie T. Roussel

La question est incontournable à chaque entrevue. Allez-vous, oui ou non, solliciter un cinquième mandat aux élections de novembre 2021 ?

Fidèle à son habitude, le maire Régis Labeaume l’a une fois de plus esquivée, préférant brouiller les pistes et continuer à entretenir le mystère.

« Je ne donnerai pas de réponse à ça. J’aimerais ça faire un peu de stratégie, laisser mes adversaires sur les talons. La dernière fois, c’était trop évident », a-t-il répondu.

« Je ne peux pas empêcher les gens d’analyser mes humeurs, mais on a de l’ouvrage et je ne veux surtout pas créer de distractions. »

Régis Labeaume a été élu une première fois en 2007, à la suite du décès subit de la mairesse Andrée Boucher, et il a été réélu à trois reprises en 2009, en 2013 et en 2017. 

Les rues piétonnes et l’alcool dans les parcs sont là pour de bon  

Photo Jean-François Desgagnés

L’expérience des rues piétonnes sur plusieurs artères commerciales, cet été, a été couronnée de succès, selon le maire de Québec, qui ne voit pas comment on pourrait revenir en arrière.

« L’année prochaine, ça va recommencer. Les gens adorent. Sur Saint-Joseph, la fin de semaine, c’est plein. Les rues piétonnes, les rues partagées, les gens veulent ça », a-t-il constaté.

La permission spéciale de consommer de l’alcool dans les parcs, en raison de la pandémie, pourrait aussi perdurer.

« Ça va être difficile à enlever ! », admet Régis Labeaume en pouffant de rire.

« Les gens ont été très respectueux. Ça marche. Toutes ces affaires-là, je ne sais pas comment on va pouvoir enlever ça. »