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Les complotistes craintifs face au virus

Une recherche révèle un fort sentiment d’insécurité

Sur cette photo, à titre illustratif, on voit certains des manifestants qui ont protesté contre le port du masque à l’école, dimanche dernier, à Québec.
Photo Annie T. Roussel Sur cette photo, à titre illustratif, on voit certains des manifestants qui ont protesté contre le port du masque à l’école, dimanche dernier, à Québec.

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Un groupe de chercheurs de l’Université de Sherbrooke a découvert, à sa surprise, que les adeptes des théories du complot au sujet de la COVID-19 ont un fort sentiment d’insécurité face au virus.

C’est le constat auquel arrive Marie-Ève Carignan, professeure et également chercheuse à l’Université de Sherbrooke, dans le cadre d’un projet de recherche multidisciplinaire mené avec d’autres experts et dont les résultats complets seront dévoilés prochainement.

«Il y a un lien très fort entre l’anxiété liée à la maladie et donc la crainte d’être affecté par celle-ci, l’anxiété financière, et la tendance à adhérer aux théories complotistes», précise-t-elle.

Il s’agit d’un constat surprenant pour l’équipe de chercheurs.

«Nous nous attendions à un lien totalement opposé», admet-elle.

Selon la chercheuse, deux explications sont possibles.

«Il y a peut-être deux types de personnes qui adhèrent à ces thèses. Premièrement, il y a ceux qui sont très inquiets, qui cherchent des réponses et qui en trouvent dans les théories complotistes, alors qu’il en manque dans la science et les médias traditionnels. Ou ceux qui essaient de minimiser l’impact de la maladie et qui disent ouvertement qu’ils n’y croient pas parce que, dans le fond, ça cache un sentiment d’insécurité», observe Mme Carignan.  

L’équipe compte maintenant approfondir ses recherches pour mieux comprendre ce lien.

Piège facile

Mme Carignan souligne qu’il peut être facile pour des personnes inquiètes d’adhérer aux thèses complotistes. La COVID-19 ayant encore bien des secrets, les recherches scientifiques et les médias traditionnels n’ont pas toujours les réponses et explications aux nombreuses interrogations que suscite le virus.  

«Eux [complotistes], ils cherchent des réponses partout, et quand on se fait dire par les médias ou par les scientifiques qu’il n’y a pas encore de réponse, parfois, ça peut être plus rassurant de se faire dire que l’on a trouvé des explications. Il existe un complot, voici la vérité, explique-t-elle. Quand les gens embarquent là-dedans, c’est facile de se faire prendre, on fait des recherches et l’algorithme favorise ça.»

Par ailleurs, les recherches de l’équipe de l’Université de Sherbrooke ont constaté que le Canada, en comparaison avec sept autres pays (États-Unis, Grande-Bretagne, Suisse, Philippines, Nouvelle-Zélande, Belgique et Hong Kong), s’en tirait plutôt bien, alors qu’environ une personne sur quatre adhère à des thèses complotistes, notamment en lien avec la COVID-19.

Ce sont les Philippines, et de loin, qui ont le plus haut niveau d’adhésion aux théories complotistes avancées parmi les répondants, précise Mme Carignan.

«Il y a des thèses qui mettent des années et des années [à trouver bon nombre d’adhérents], comme celles des attentats du 11 septembre. Alors qu’avec la COVID, ç’a été presque instantané», termine Mme Carignan.