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Tramway et 3e lien: double noyade possible à Québec

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Capture d'écran TVA Nouvelles Dans un élan de jovialisme stratégique, M. Legault lançait hier que s’il s’entendait avec M. Labeaume, il serait « prêt à commencer demain matin ».

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Comme tout le monde, François Legault n’aime pas qu’on le traite de menteur.

Il fustigeait récemment un journaliste du quotidien The Gazette qui l’avait ainsi qualifié.

Mais hier, en parlant des deux grands projets de transport dans la capitale nationale, tramway et troisième lien, le premier ministre a dit... le « contraire de la vérité » (périphrase parlementaire prisée).

À la question d’un reporter sur le degré d’avancement respectif des projets, il a affirmé qu’ils étaient également « pas mal avancés ».

C’est évidemment faux. L’équipe du « réseau structurant » — comme on l’appelle à Québec — a des esquisses, a annoncé des expropriations et se dit même prête à lancer des appels d’offres avant Noël. Elle a passé — pas toujours aisément, certes — les interrogatoires du BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement).

Flou

On ne peut évidemment pas en dire autant du troisième lien, le « Tunnel Québec-Lévis », comme le gouvernement Legault l’a rebaptisé.

En janvier 2020, le gouvernement faisait savoir qu’il renonçait à ce qu’il avait privilégié depuis 2017, soit un tunnel au bout de l’île d’Orléans. Il optait désormais pour un lien autoroutier entre Québec et Lévis.

Mais depuis ? Aucune annonce. Aucun BAPE et encore moins de projets d’expropriation. À l’étude des crédits, le ministre François Bonnardel a même mis une « croix définitive sur le tracé le plus à l’est ». Et on ignore quelle partie de Québec la bouche du fameux tunnel viendra gâcher à jamais. Une certitude : ce sera au « centre-ville », dixit François Legault hier. (En territoire QS. Bref, c’est pas grave...)

Aucune précision non plus sur les coûts de la future voie sous-fluviale pour voitures. Assurément plus cher que l’autre projet. Si 6 km de métro nécessitent plus de 4 milliards $ à Montréal, imaginez un tunnel pour voitures passant... sous le fleuve, sous le Cap Diamant, sous la rivière Saint-Charles !

Le tramway, lui, on sait : 3,3 milliards $. Pour respecter ce plafond, le maire Régis Labeaume a dû annoncer, en début d’été, qu’il éliminait des bouts de tunnel et plusieurs lignes de trambus.

Intégration « forcée »

Aujourd’hui, Québec remet en question son appui en s’inquiétant, dans la nouvelle mouture, pour la desserte des banlieues. Mais c’est l’absolue rigidité budgétaire de la CAQ qui entraîne une réduction du projet ! (À Montréal, pour le Réseau express métropolitain (REM), Québec pourtant a ajouté un milliard !)

En plus, le gouvernement Legault multiplie les conditions. La dernière : il faudra une « intégration renforcée » entre le tunnel autoroutier et le tramway.

Dans un élan de jovialisme stratégique, M. Legault lançait hier que s’il s’entendait avec M. Labeaume, il serait « prêt à commencer demain matin ».

Affirmation douteuse. On a plutôt l’impression qu’en forçant la fusion des projets, les deux finiront par périr. L’un, étant en train de couler (car évidemment trop coûteux), entraînera l’autre dans la noyade.

Au gouvernement, on se dit peut-être que les électeurs de la CAQ, hostiles à l’égard du tramway, se consoleront : oui, il n’y aura pas de troisième lien ; mais au moins, aucun transport structurant ne viendra nuire aux autos !