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«La femme qui rit»: huis clos intense en milieu rural

Brigitte Pilote
Photo courtoisie, Martine Doucet Brigitte Pilote

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Après avoir connu beaucoup de succès avec son roman Motel Lorraine, l’écrivaine Brigitte Pilote propose La femme qui rit, un huis clos intense se déroulant dans un milieu rural, quelque part en Europe. Ce roman tragique, poétique, très travaillé, met en scène un veuf, son fils atteint de polio et une domestique au passé mystérieux, à qui ils demanderont beaucoup.

Émile Sever fait de son mieux pour gérer toutes les tâches et les corvées nécessaires au fonctionnement de sa ferme familiale. Depuis la mort de sa femme, Émile et son fils Florian communiquent peu avec le monde extérieur.

La dynamique change lorsqu’Émile engage finalement une domestique. Florian l’accueille avec hostilité. De son côté, Émile s’imagine qu’elle pourrait être la parfaite épouse et qu’elle pourrait transmettre son patrimoine à sa descendance. 

Brigitte Pilote, en entrevue, note que son roman précédent, Motel Lorraine, était un roman choral comptant beaucoup de personnages et de voix différentes, et qu’elle avait voulu faire changement. Elle voulait aussi se donner plus de liberté pour explorer la psychologie des personnages.

Ce nouveau roman très court – une centaine de pages – est intense et très resserré. Elle a mis trois ans, à temps plein, pour l’écrire. «C’est un roman très simple – ce qui ne veut pas dire simpliste. Il n’y a pas beaucoup de dialogues. On progresse : ça suit une chronologie dans le temps.»

Brigitte Pilote voulait explorer la figure du trio, à sa façon. «Ce que j’ai voulu, c’est introduire un personnage extérieur, un peu comme [Germaine] Guèvremont avait fait avec Le Survenant. » Dans ce cas, c’est la jeune femme qui entre dans un milieu replié sur lui-même. Et il y a du suspense.»

Petit à petit, l’écrivaine révèle des détails sur les personnages – des gens abîmés, de toutes sortes de manières, qui tentent de résoudre leurs problèmes. Parfois de manière discutable. « Comme dans la vie ! », lance l’écrivaine.

«Mes livres parlent toujours de la même chose : la famille et la difficulté de s’affranchir des rôles prescrits, des rôles établis dans la famille et dans la société», précise-t-elle.

«La figure de la blessure revient toujours dans mes romans. Il y a tout le temps quelqu’un qui est éclopé. Je ne pars pas en me disant ça quand je crée un personnage... mais à un moment, ça se dessine. 

«Les personnages me parlent ; j’entends leur voix. Et ils se servent les uns des autres pour arriver à leurs fins. Mais je pense que la vie est faite comme ça aussi : tout le monde voit son besoin, et ne se préoccupe pas toujours de ce que ça peut provoquer chez les autres personnes.»  

  • Brigitte Pilote a travaillé comme rédactrice et scénariste pour la télévision.   
  • Elle a publié Mémoires d’une enfant manquée et Motel Lorraine.    

EXTRAIT  

La femme qui rit<br/>
Brigitte Pilote<br/>
Éditions du Seuil<br/>
 111 pages
Photo courtoisie
La femme qui rit
Brigitte Pilote
Éditions du Seuil
111 pages

«Ses souliers sont crottés jusqu’à l’empeigne, elle n’est pas chaussée pour marcher sur un chemin de campagne. Ceux qui la voient passer se demandent ce qu’elle vient faire et cherchent la preuve qu’elle sera dure à la tâche. Son manteau tombe sur un corps menu, rien pour plaire aux gens d’ici.»