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«Les Souterrains de Notre-Dame»: dans les coulisses du pouvoir

Barbara Frale
Photo courtoisie Barbara Frale

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Historienne travaillant depuis de nombreuses années sur l’Ordre du Temple au cœur même des archives secrètes du Vatican, l’Italienne Barbara Frale tisse une étonnante toile autour de faits réels et peu connus de l’Histoire de France dans son nouveau roman, Les Souterrains de Notre-Dame. Est-ce possible que la cathédrale ait caché – et cache encore – de nombreux secrets ?

En 1301, le roi Philippe le Bel fait une visite dans les souterrains de Notre-Dame. Il y recherche un médecin guérisseur, Arnaldo da Villanova, dit Le Catalan, qui y a installé un atelier clandestin.

Le roi arrive trop tard. Le Catalan, accusé d’hérésie, a pris la fuite pour se réfugier à Rome auprès du pape Boniface VIII. Philippe le Bel, sachant que le fuyard détient un secret, demande au cardinal Matteo D’Acquasparta de le ramener sous sa garde, tandis que la tension monte entre le Royaume de France et les Templiers.

Philippe le Bel

Interviewée par courriel, Barbara Frale explique qu’elle travaille déjà depuis 20 ans sur les documents du roi Philippe le Bel et de l’Ordre des Templiers. «Mon métier est d’écrire des essais historiques. Mais un bon roman historique, au fond, n’est pas trop différent : il se base aussi sur des documents originaux.»

La romancière voit ces personnages historiques célèbres d’un œil très réaliste, bien différent de ce qu’on peut imaginer en lisant des manuels d’histoire. «Les documents font émerger leur côté humain : les forces et les faiblesses, les vices et les vertus. Et aussi les choses dérisoires, les amours, les passions, les jalousies et les vengeances. C’est ce côté humain, les secrets d’alcôve, que je voulais décrire. La vraie histoire... vue des coulisses.»

Notre-Dame cache-t-elle vraiment des chambres souterraines? «J’ai lu que dans le sous-sol de l’édifice se trouve un temple païen datant de la Rome antique – un sacrilège pour les chrétiens, à cacher et à oublier. J’ai bien l’intention d’approfondir ce détail!»

«Considérant que chaque cathédrale gothique symbolise l’âme de son époque, les souterrains de Notre-Dame incarnent l’âme souterraine, obscure, de Paris dans les années 1300. C’était alors une cité splendide et lumineuse... mais elle avait aussi son côté sombre.»

Une grande saga

Barbara Frale aimerait que ce livre soit le premier d’une saga se déroulant entre les années 1300 et 1314. «Ce sont des années où se sont produits des événements exceptionnels : le Grand Jubilée universel, le choc du pouvoir entre l’Église et l’État qui voulait être laïque, plutôt que se soumettre à l’autorité papale. Ensuite, l’attaque contre les Templiers et à la fin, la mort de trois personnages fondamentaux: le roi Philippe le Bel, le pape Clément V et le grand maître de l’Ordre des Templiers, Jacques de Molay.»

Les Archives secrètes

Barbara Frale se passionne pour les Archives secrètes du Vatican, où elle passe beaucoup de temps. «C’est le plus grand et le plus mystérieux conservatoire de documents anciens du monde. Mais un fait est encore plus important : parce qu’il y a si peu de chercheurs qui y sont admis, la grande majorité des documents ne sont ni étudiés ni catalogués. Il y a des millions et des millions de documents dont nous ne savons rien. Pour une historienne qui aime la recherche, c’est un endroit irrésistible!»

À son avis, de nombreux secrets importants se sont perdus lors de l’incendie de Notre-Dame. «Nous avons perdu tout ce que nous n’avions pas encore déchiffré de la cathédrale et de ses œuvres d’art uniques au monde. Peut-être que de nouvelles découvertes nous permettront de récupérer une partie de ces grands mystères perdus.»

EXTRAIT 

Les Souterrains de Notre-Dame<br/>
Barbara Frale, Éd. Le Cherche-Midi<br/>
 307 pages
Photo courtoisie
Les Souterrains de Notre-Dame
Barbara Frale, Éd. Le Cherche-Midi
307 pages

«Philippe n’aimait personne, disait-on, pas même ses propres enfants. Il n’avait ni cœur ni passions ; chacun de ses sentiments était réservé au gouvernement de la France, un devoir qu’il interprétait, la plupart du temps, dans le domaine militaire. C’était pour cela qu’on le surnommait “le Roi de marbre et de fer”.»