/news/society
Navigation

La victime d’un ex-député déçue par la justice

Elle appuie le mouvement de dénonciations anonymes sur les réseaux sociaux

GEN - MAJORIE BOURBEAU VICTIME
Photos Martin Alarie et d'archives, Jean-Francois Desgagnés L’ex-conseillère municipale de Saint-Adolphe-d’Howard, Marjorie Bourbeau, juge que son agresseur, l’ex-député Yves St-Denis (en médaillon), a reçu une sentence trop légère.

Coup d'oeil sur cet article

Déçue de la peine de 50 heures de travaux communautaires imposée au député libéral qui l’a agressée sexuellement, Marjorie Bourbeau dit comprendre les victimes qui dénoncent sur les réseaux sociaux de façon anonyme.

« Personnellement, je n’ai rien contre ça, au contraire. Pour avoir passé au travers du processus de la justice, ça ne vaut même pas la peine », lance, dépitée, l’ex-conseillère municipale de Saint-Adolphe-d’Howard, Marjorie Bourbeau. 

Le 26 mai 2017, après une soirée arrosée, celui qui était alors député d’Argenteuil a insisté pour dormir chez Mme Bourbeau. Celle-ci accepte, tout en précisant qu’il dormira sur le divan. 

M. St-Denis s’est toutefois glissé dans le lit de la femme de 40 ans au cours de la nuit ; il « s’est mis à m’embrasser dans le cou, il me donnait plein de becs partout dans la face », a rapporté Marjorie Bourbeau au procès, au palais de justice de Saint-Jérôme.

L’an dernier, Yves St-Denis a été condamné à 50 heures de travaux communautaires.

À la même époque, le hasard a voulu que la victime se voie imposer une peine plus sévère, pour un excès de vitesse.

« Moi, j’ai eu 72 heures de travaux communautaires pour un ticket de vitesse », lance Mme Bourbeau, révoltée par cette iniquité des peines.

Processus difficile

L’expérience du système de justice a laissé un goût amer à Marjorie Bourbeau. Comme bien des victimes d’agressions sexuelles, elle dénonce un processus difficile où la crédibilité de la plaignante est remise en doute. 

Pour cette raison, elle dit comprendre celles qui choisissent de dénoncer publiquement, sans porter plainte à la police.

Elle-même avait raconté son histoire sur la place publique, après que les médias eurent rapporté qu’une employée politique avait reçu une photo explicite non sollicitée de M. St-Denis en 2014.

« Sortir dans les médias m’a donné le courage de porter plainte par la suite », affirme-t-elle. 

Du même souffle, elle appuie celles et ceux qui ont dénoncé leurs présumés agresseurs sur des listes anonymes cet été.

« En tant que victime, ça fait en sorte que tu vas arrêter de faire des cauchemars et dormir l’esprit tranquille parce que, dans ta tête, justice est faite et tu ne te sens plus comme une balle de ping-pong radioactive », illustre-t-elle.

« Faire changer » les choses

Malgré tout, elle invite les victimes qui s’en sentent capables à continuer de porter plainte à la police, dans le but de réformer le système de justice.

« La seule manière de faire changer le système de justice, c’est d’être nombreuses et nombreux à l’inonder de vrais cas, fait-elle valoir. Par contre, si la personne n’est pas faite forte, en tant que victime je lui dirais : ne le fais pas. » 


► Besoin d’aide ? Vous pouvez contacter les Centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) ou le regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS).

3 vagues de dénonciations     

JIAN GHOMESHI | 2014

GEN - MAJORIE BOURBEAU VICTIME
Photo d'archives, Agence QMI

En 2014, le mot-clic #AgressionNonDénoncée, lancé dans la foulée de l’affaire Jian Ghomeshi, invitait les femmes à raconter les agressions dont elles avaient été victimes.   


HARVEY WEINSTEIN | 2017 

GEN - MAJORIE BOURBEAU VICTIME
Photo d'archives, WENN.com

Trois années plus tard, à la suite des accusations contre le producteur hollywoodien Harvey Weinstein, la planète prenait conscience de l’ampleur du phénomène grâce au mouvement #MoiAussi. 


SAFIA NOLIN CONTRE MARIPIER MORIN | 2020 

GEN - MAJORIE BOURBEAU VICTIME
Photos d'archives, Agence QMI

Cet été, la dénonciation de la chanteuse Safia Nolin contre Maripier Morin a mené à la publication de nombreux témoignages d’inconduite sexuelle, souvent anonymes, sur les réseaux sociaux. En parallèle, certaines listes publiaient uniquement les noms de présumés agresseurs, sans aucun détail sur les faits reprochés.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.