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Une mère endeuillée veut diminuer les surdoses

Elle réclame des solutions pour la 20e Journée internationale de sensibilisation

GEN - ISABELLE FORTIER
Photo Martin Alarie Isabelle Fortier tient dans ses mains une photo de sa fille Sara-Jane Béliveau qui est décédée d’une surdose à l’âge de 24 ans.

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Il faut traiter la crise des surdoses comme une urgence, croit une maman endeuillée qui lutte pour aider les personnes aux prises avec une dépendance depuis qu’elle a perdu sa fille de 24 ans d’une surdose l’année dernière. 

« Avec les difficultés qu’on a à obtenir de l’aide et des soins en santé mentale au Québec, je peux imaginer qu’il y en a plusieurs milliers d’autres qui sont dans la même situation [que ma fille], et qui tombent peut-être entre les craques », se désole Isabelle Fortier, porte-parole pour le groupe Moms stop the harm, qui accompagne les personnes aux prises avec une dépendance et leur famille.

Urgence d’agir

À l’occasion aujourd’hui de la 20e Journée internationale de sensibilisation aux surdoses en mémoire des victimes, elle et plusieurs organismes ont élevé la voix pour crier l’urgence de lutter contre les drogues contaminées, maintenant plus que jamais (voir le texte à gauche). 

Diagnostiquée tard 

Sara-Jane Béliveau venait tout juste d’avoir 24 ans quand elle a été retrouvée sans vie en mai 2019 dans sa résidence de l’université d’Ottawa où elle étudiait en droit et développement international. De l’héroïne contaminée au fentanyl a été trouvée sur place.

La jeune femme fonceuse et militante qui a commencé à consommer à l’âge de 14 ans souffrait de troubles anxieux et du trouble de la personnalité limite, qui n’ont été diagnostiqués que très tard, déplore sa mère. 

« Ç’a été difficile d’être traitée. Ici, au Québec, on a eu de la difficulté à rentrer dans le système. C’est à l’université d’Ottawa qu’elle a obtenu, par le service d’aide aux étudiants, l’accès à un médecin et à un psychiatre », dit-elle. 

Trois semaines avant sa mort, Sara-Jane était aux inondations de Sainte-Marthe-sur-le-Lac avec la Croix-Rouge en tant que bénévole. « Elle tentait de reprendre le contrôle de sa vie », se souvient sa mère.

Décriminaliser la consommation 

Depuis, Isabelle Fortier a repris le flambeau de sa fille et milite à son tour pour décriminaliser la consommation et encourager un approvisionnement sécuritaire.

« L’argent qu’on prend à criminaliser, à arrêter, à incarcérer [...] il faudrait le réinvestir dans les programmes en santé mentale, toxicomanie, réintégration sociale, logements abordables, lance-t-elle. Il y a un gros travail à faire. »

Selon elle, la société doit aussi travailler à laisser tomber les préjugés néfastes. 

« La dépendance ne fait pas de discrimination [...] Ma fille était toxicomane, mais elle n’était pas que ça, soutient-elle. Ça veut pas dire non plus qu’on a été des mauvais parents, au contraire. Certains ont hypothéqué leur vie pour envoyer leurs enfants en désintox [...] et l’enfant est mort quand même parce que la drogue, cette fois-là, était contaminée. »


Comment décriminaliser et donner accès peut aider ?

En décriminalisant les substances et en donnant un accès contrôlé aux consommateurs par l’entremise de prescriptions, il serait plus facile d’effectuer un suivi auprès des personnes aux prises avec des dépendances, tout en s’assurant que les produits qu’ils consomment sont sécuritaires et bien dosés

Cette approche favorise la réintégration des individus qui n’ont pas besoin de passer par l’entremise de la criminalité pour répondre à leur dépendance. 

Au moins 23 décès le mois dernier à Montréal

Les décès par surdose ont atteint des niveaux alarmants pendant la pandémie, au point où des organismes considèrent que le Québec et le reste du Canada font face à une double crise qui doit être traitée d’urgence. 

« On a vécu au Québec un bond tellement important cet été [...]. Les intervenants qui se trouvent sur le terrain en première ligne sonnent l’alarme depuis plusieurs mois. Il y a quelque chose de préoccupant qui se passe en lien avec la qualité des produits consommés », explique Sandhia Vadlamudy, directrice générale de l’Association des intervenants en dépendance du Québec (AIDQ). 

Sandhia 
Vadlamudy.
Directrice générale
de l’AIDQ
Photo courtoisie
Sandhia Vadlamudy. Directrice générale de l’AIDQ

Entre janvier 2019 et mars 2020, l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) a recensé 530 décès liés à une surdose, juste dans la Belle Province.

Or, depuis le début de la pandémie, les organismes qui luttent contre la dépendance constatent une recrudescence des surdoses, bien qu’elles ne se soldent pas toutes par un décès.

« La crise liée aux substances contaminées qu’on vit depuis 2014 ne diminue pas actuellement. Au contraire, elle augmente », s’inquiète Mme Vadlamudy.

Seulement à Montréal, en juillet dernier, le Bureau du coroner a rapporté 23 décès « fort probablement » liés à des intoxications : « le chiffre le plus élevé depuis 2014 », indique-t-elle.

L’impact de la covid-19

Cette croissance s’explique notamment par la fermeture des frontières, qui empêche l’importation de divers produits, ce qui oblige les producteurs de substances illicites à faire preuve d’imagination, au détriment des usagers. 

« Dans ces productions-là, la préoccupation est beaucoup plus en regard de “combien ça va coûter pour produire ?” plutôt que de “comment je peux produire une substance de qualité ?” », déplore la directrice. 

Toutefois, le mélange peut décupler la force d’un produit ou créer des effets inattendus auprès du consommateur. 

L’isolement n’est pas non plus un facteur à négliger, soutient l’organisme qui milite pour multiplier les salles de consommation supervisées, où les intervenants peuvent offrir des soins en cas de surdose. 

L’AIDQ lutte notamment aussi pour la décriminalisation et le contrôle des substances ainsi que l’accès plus facile à divers traitements.