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«Brasser la cage» pour faire bouger les choses

Un ex-felquiste comprend les manifestants

John A. Macdonald
Photo d’archives, Claude Rivest En 1992, des militants qui se réclament du FLQ ont décapité la statue de Macdonald le jour de la commémoration de la pendaison du chef métis Louis Riel.

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Il faut parfois faire des coups d’éclat pour faire avancer ses revendications, estime l’historien et ex-felquiste Robert Comeau, qui comprend la colère des manifestants antiracistes ayant déboulonné la statue de Macdonald.

« C’est un geste de violence, mais quand on veut faire bouger les choses, il faut brasser la cage. Ces gens, ça fait longtemps qu’ils dénoncent Macdonald, mais ça ne bouge pas », dit-il.

M. Comeau, qui en octobre 1970 faisait partie d’une cellule du Front de libération du Québec – et qui a depuis dénoncé les actes terroristes posés par le FLQ – souligne que le monument de John A. Macdonald à Montréal est critiqué depuis longtemps. Récemment, c’est le rôle de Macdonald dans l’établissement d’un réseau de pensionnat autochtone qui milite en faveur du retrait de la statue.

Macdonald ciblé depuis 50 ans

« Mais ça ne bouge pas. Montréal se veut très proche du mouvement de réconciliation, on a retiré le nom d’Amherst d’une rue. À Ottawa, l’édifice Langevin, qui abrite le bureau du premier ministre, a été débaptisé parce qu’Hector-Louis Langevin était derrière les pensionnats autochtones. Mais le vrai responsable était le premier ministre John A. Macdonald », souligne-t-il.

La statue de John A. Macdonald a d’ailleurs souvent été la cible de militants. Le déboulonnage de samedi, qui a eu lieu près de 50 ans après la crise d’octobre de 1970, s’inscrit dans une longue lignée de coups d’éclat contre des monuments historiques. 

Dans les années 1960, le FLQ, qui prônait des actions violentes pour faire avancer l’indépendance du Québec, l’avait pris pour cible en raison de son « colonialisme » : en faisant pendre le chef métis Louis Riel, un francophone, Macdonald veut imposer la langue et la culture britanniques partout au pays.

En 1992 [tel qu’on le voit sur la photo], la statue est décapitée par des militants qui se réclament du FLQ le jour de la commémoration de la pendaison de Louis Riel. Au fil des années, la statue est régulièrement recouverte de peinture et de graffitis. D’autres ont connu le même sort. La statue de la reine victoria à Québec a perdu la tête à la suite d’un attentat à la dynamite en 1963.

Groupes visés

M. Comeau souligne que le personnage antipathique de John A. Macdonald a réussi à fédérer trois groupes. Les Canadiens français qui lui reprochent d’avoir pendu Louis Riel, les Premières Nations en raison de la politique d’assimilation des pensionnats autochtones, puis les antifascistes et antiracistes, qui dénoncent un politicien réactionnaire.

À l’époque, le gouvernement canadien a exclu les personnes de race mongole ou chinoise du droit de vote parce qu’elles n’ont « aucun instinct, aucun sentiment ni aucune aspiration britanniques », par exemple.