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S’établir en banlieue coûte parfois bien plus cher qu’on l’avait prévu

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C’est décidé : Alice, 35 ans, quitte son petit appartement de Montréal pour aller s’établir dans le secteur de Mirabel. Du même coup, elle fait le saut vers le travail autonome. Mais a-t-elle les reins assez solides financièrement pour effectuer ces changements radicaux ?

Alice travaillait quelques heures par semaine au sein d’une maison d’édition, en plus de réaliser des contrats comme traductrice. Avec la pandémie, elle a commencé à œuvrer en télétravail et y a pris goût. De plus, ses revenus ont augmenté progressivement et elle prévoit qu’en 2020, elle devrait gagner environ 70 000 $ brut. 

Elle a donc pris deux décisions importantes : elle va se lancer à 100 % comme travailleuse autonome et quitter la ville pour s’installer à la campagne. 

Bien sûr, ses choix auront des conséquences importantes sur ses finances, et elle se demande si elle a vraiment les moyens de donner vie à ses rêves. Pour éviter de se placer dans une situation périlleuse, elle est allée consulter un conseiller de Jean Fortin et Associés.

Plus de dépenses qu’anticipé

Alice n’a que peu d’épargne à son actif : un REER de 18 000 dollars et un CELI de 3800 dollars. 

Elle anticipe un revenu de 70 000 $, mais à titre de travailleuse autonome, elle devra assumer seule ses contributions au RRQ et contribuer au régime d’assurance médicaments du Québec. 

Après impôts et autres déductions, Alice pourra compter sur un salaire net de 3900 $ par mois.

Or, acheter une maison peut coûter bien plus cher qu’on pense, car il y a une foule d’autres frais à considérer, prévient Pierre Fortin, syndic autorisé en insolvabilité et président de Jean Fortin et Associés. 

Dans son cas, Alice a trouvé une propriété de 264 000 dollars dans le secteur de Mirabel. 

Si elle effectue la mise de fonds minimale de 5 %, cela représente 13 200 $. À cela s’ajoutent les droits de mutation (taxe de bienvenue) de 2600 $, les frais de notaire (1200 $), les coûts d’inspection (500 $), de déménagement (1400 $), l’achat de meubles (4000 $) et le branchement des services (250 $). 

La facture grimpe à vue d’œil !

Encore des frais !

Mais ce n’est pas tout. Puisque sa mise de fonds n’est que de 5 %, elle devra souscrire aussi à une assurance prêt, auprès de la SCHL par exemple, ce qui représente un montant de 10 032 $, qui peut cependant être rajouté au prêt hypothécaire sur toute la durée de celui-ci. 

Avec les taxes municipales, cela représente au total un versement mensuel de 1320 $. Ses assurances habitation et les frais de chauffage seront aussi plus coûteux. Enfin, elle a désormais besoin d’une voiture dont la location à long terme ajoutera 365 $, incluant les assurances, à ses dépenses.

Pierre Fortin récapitule : « Alice devra donc débourser 9950 $ dans les deux premiers mois de l’achat. Mais puisqu’elle n’a que 3800 $ dans son CELI, elle devra emprunter les 6150 $ manquants. En ce qui concerne la mise de fonds de 13 200 $, elle pourra prendre celle-ci dans ses REER grâce au Régime d’accession à la propriété et elle aura ensuite 15 ans pour le rembourser, à raison de 73 $ par mois », énumère-t-il.

Il lui faudra aussi faire face à des dépenses supplémentaires mensuelles de 1143 $ par rapport à son ancien rythme de vie.

Le projet d’Alice est un beau projet, mais qui comporte des coûts immédiats et récurrents non négligeables. 

« Si ses prévisions de revenus se concrétisent, elle réussira à assumer les coûts supplémentaires. Mais en tant que travailleuse autonome, elle devra mettre de l’argent de côté pour se protéger contre les baisses de revenus possibles en cours d’année », recommande Pierre Fortin. 

Le conseiller lui a montré comment travailler son budget et elle a maintenant toute l’information en main pour prendre une décision éclairée.

CONSEILS

  • En devenant travailleuse autonome et avec son niveau de revenus, Alice devra aussi verser des montants de TPS et de TVQ au gouvernement. Cela demande une bonne discipline budgétaire afin d’avoir l’argent nécessaire le moment venu. 
  • Déposez tous les montants de TPS et de TVQ perçus auprès de vos clients dans un compte distinct pour ne pas être tenté de dépenser ces montants qui, dans le fond, ne vous appartiennent pas !
  • Demandez au gouvernement d’effectuer des versements de taxes sur une base trimestrielle : la bouchée sera moins grosse à avaler que s’il s’agit d’un paiement annuel.
  • Chaque changement important dans sa vie nécessite un exercice budgétaire pour mieux évaluer et planifier.