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La course aux remèdes: de l’espoir face à ces grandes avancées

Mais il demeure très hasardeux de s’avancer sur le moment où un médicament sera disponible sur le marché

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Les espoirs sont permis pour que les six prochains mois voient l’avènement d’un médicament qui permet de lutter efficacement contre la COVID-19.

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Six mois après le début de la pandémie, le microbiologiste-infectiologue Jeannot Dumaresq souligne la contribution exceptionnelle de la communauté médicale mondiale dans la recherche d’un médicament. 

« C’est très risqué de faire des prédictions. Ce que je peux dire, ce qui peut donner un peu d’espoir, c’est qu’actuellement, sur la planète, il y a plus de 2200 études répertoriées » sur des remèdes.  

« À voir la vitesse avec laquelle il y a eu des données publiées depuis six mois, ça me donne espoir. Est-ce qu’on peut prédire un médicament miracle au cours des six prochains mois ? C’est difficile à dire. » 

Mais des signaux pointent vers des avancées intéressantes, notamment sur la colchicine et le plasma convalescent, identifie le Dr Dumaresq. 

Récemment, AstraZeneca, à Londres, a aussi lancé des essais de phase 1 sur un médicament permettant de prévenir et de traiter la COVID-19. Il s’agit d’une combinaison de deux anticorps. Déjà, des participants à cet essai ont reçu leur dose de ce médicament.  

Deux médicaments reconnus

Des médicaments ont déjà montré des résultats encourageants. Le 24 juillet, Santé Canada a autorisé le premier médicament pour traiter la maladie. L’antiviral remdésivir a démontré une efficacité à réduire le temps de rétablissement et la mortalité. Cependant, il n’est pas encore commercialisé au pays, mais cela sera fait bientôt, en prévision de la deuxième vague. 

De son côté, la dexaméthasone, un produit prescrit et disponible au pays, diminue aussi la mortalité et le recours à l’oxygénation chez les patients les plus malades.  

Malgré ces avancées majeures, « nous n’avons toujours pas de vaccin, toujours pas de médicament miracle », constate Sylvie Bouchard, directrice de l’Évaluation des médicaments et des technologies à des fins de remboursement à l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). 

Zones d’inconnu

« Ça demeure un virus pour lequel il y a beaucoup de zones d’inconnu, encore à ce jour. [...] On est beaucoup dans le contrôle de la propagation et des symptômes. » 

L’Institut suit au jour le jour les développements en ce qui concerne les avancées de la recherche sur les médicaments et est toujours à l’affût des nouveautés. Mais force est de constater que la course n’est pas encore gagnée. 

Approuvés

Remdésivir

Photo d'archives, AFP

Premier médicament à être approuvé pour le traitement de la COVID-19 par Santé Canada. Il sera bientôt disponible au pays. Il réduit le temps de rétablissement et la mortalité. 

Dexaméthasone

Photo AFP

Anti-inflammatoire déjà largement disponible et prescrit, il a démontré une réduction significative de la mortalité et du recours à l’oxygénation chez les patients les plus malades.   

Encore à l’étude

Colchicine

Les premiers signaux sont encourageants pour l’étude COLCORONA du Dr Jean-Claude Tardif, qui attend ses premiers résultats cet automne. La colchicine permettrait de prévenir les complications inflammatoires de la maladie.  

Anticorps

Photo courtoisie, AbCellera

La communauté scientifique fonde beaucoup d’espoirs sur des traitements aux anticorps qui sont à l’étude. Notamment, par l’entreprise canadienne AbCellera et par AstraZeneca, à Londres.  

Plasma convalescent

Il s’agit d’injecter à des malades le plasma de patients guéris afin d’activer une réponse immunitaire. Les recherches sont toujours en cours, notamment aux États-Unis, en France et au Canada.  

Ivermectine

Médicament contre les poux qui pourrait réduire la réplication du virus. Seize études cliniques sont encore en cours sur ce médicament, mais les résultats se font attendre. On s’inquiète des importantes doses qui doivent être administrées pour que la molécule fasse effet.  

Écartés

Chloroquine et hydroxychloroquine

Photo d'archives, Simon Clark

La porte s’est refermée sur l’hydroxychloroquine avec l’arrêt par l’OMS de cette branche d’étude. L’antiviral que prenait Donald Trump n’a pas démontré d’effets significatifs et des études ont démontré qu’elle pouvait même être néfaste.  

Lopinavir-ritonavir (Kaletra) 

Photo courtoisie

L’OMS a mis fin en juillet au volet de recherche sur l’association de ces deux médicaments antiviraux aussi utilisés contre le VIH. Ils ne démontraient pas d’effets sur la mortalité.  

Ce qu’en pense le doc Béliveau 

Face à une maladie causée par un nouveau virus, l’absence d’agents antiviraux ou de vaccins nous oblige à traiter le mieux possible les conséquences de l’infection (fièvre, inflammation, douleurs, difficultés respiratoires) de façon à donner le temps au système immunitaire de générer une réponse antivirale efficace.

Dans le cas de la COVID-19, une des principales caractéristiques du virus est de provoquer une réponse inflammatoire de très forte intensité qui cause d’importants dégâts à plusieurs organes vitaux (poumons, cœur, cerveau, rein). Réduire cette inflammation est donc apparue dès le départ comme une approche thérapeutique valable, d’autant plus que plusieurs médicaments anti-
inflammatoires étaient déjà disponibles, peu coûteux et avec des effets secondaires bien caractérisés.

Jusqu’à présent, les corticostéroïdes semblent représenter la classe d’anti-
inflammatoires la plus performante. Une méta-analyse réalisée par l’OMS indique que l’administration de ces corticostéroïdes (dexaméthasone, hydrocortisone ou méthylprednisolone) réduit du tiers la mortalité chez les patients dans un état critique, aux soins intensifs. C’est une excellente réponse, et il n’y a pas de doute que ces médicaments permettront dorénavant de diminuer substantiellement le taux de mortalité des patients gravement atteints.

Pour la colchicine, les données ne sont pas encore disponibles, mais des études récentes montrent clairement que cette molécule anti-inflammatoire a un effet protecteur sur le système cardiovasculaire qui pourrait contribuer à diminuer les dommages cardiaques observés chez un très grand nombre de patients ayant développé des formes sévères de COVID-19.

En ce qui concerne les approches qui visent directement le virus (les anticorps, notamment), les études précliniques sont très prometteuses, mais il faut attendre le résultat des études cliniques randomisées chez les patients pour vraiment connaître leur potentiel thérapeutique. 

Mentionnons aussi que ces anticorps sont difficiles à produire à grande échelle et risquent d’être très coûteux.