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La course aux remèdes: un été faste en découvertes

On en apprend plus sur le coronavirus tous les jours depuis le début de la pandémie en mars dernier

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Si la science est loin d’avoir percé tous les mystères du nouveau coronavirus, son étude acharnée aux quatre coins du monde permet de mieux le comprendre de jour en jour. Six mois après le début de la pandémie, des découvertes permettent une meilleure prise en charge des patients et alimentent l’espoir d’une certaine immunité à la suite d’une première infection. 

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Des marins protégés d’une réinfection

Des doutes subsistent sur l’immunité conférée par une infection au SARS-CoV-2, principalement sur la durée et l’efficacité de cette protection. Une première étude apporte néanmoins des preuves que cette immunité est possible et qu’elle a le potentiel d’empêcher une réinfection. Les chercheurs américains ont étudié le cas singulier d’un bateau de pêche de Seattle frappé par une importante épidémie de coronavirus en mai. En 18 jours, 104 marins sur un total de 122 passagers sont tombés malades à bord. Tout le monde avait pourtant été déclaré négatif avant de partir. Si on ignore comment le coronavirus a fait son chemin jusque dans le bateau, ces tests préalables ont permis d’établir que trois marins avaient dans leur sang des anticorps neutralisants contre le virus avant le départ, suggérant qu’ils avaient contracté la maladie auparavant. Ces trois individus sont parmi les rares occupants à n’avoir éprouvé aucun symptôme durant leur voyage. Pour les scientifiques, ce n’est pas le fruit du hasard. Une première contamination serait donc susceptible de prémunir contre une deuxième infection. 

D’autres études à plus grande échelle seront toutefois nécessaires pour le confirmer. 

Les anticoagulants salvateurs

Les gélules de Pradaxa sont un des anticoagulants disponibles sur le marché.
Photo AFP
Les gélules de Pradaxa sont un des anticoagulants disponibles sur le marché.

Sachant que des patients atteints d’une forme grave du coronavirus développent des caillots de sang mortels, un groupe de chercheurs et de médecins de New York ont voulu vérifier si le recours aux anticoagulants — des substances qui servent à éclaircir le sang — pouvait sauver des vies. La réponse semble être oui. En analysant les dossiers de 4389 patients hospitalisés pour la COVID-19, dont plus de la moitié ont reçu des anticoagulants, les scientifiques ont découvert que ce traitement était associé à une réduction de 50 % du taux de mortalité. Ceux qui ont été traités avec des anticoagulants avaient aussi 30 % moins de risques d’être intubés. Les saignements, complication commune associée aux anticoagulants, touchaient moins de 3 % des patients. Encouragés, les chercheurs américains ont décidé d’aller de l’avant avec un essai clinique randomisé pour mieux comprendre l’effet de ce traitement sur les patients graves de la COVID-19. 

Un antiviral pour les chats combattrait aussi la COVID-19

Photo Adobe Stock

Un médicament que l’on donne habituellement aux chats pour traiter une maladie infectieuse causée par un coronavirus félin pourrait s’avérer aussi très utile pour combattre le coronavirus SARS-CoV-2 chez l’humain. Selon des chercheurs de l’Université de l’Alberta, deux composés semblables, appelés GC376 et GC373l, qui traitent cette infection virale féline, ont empêché la réplication virale dans des cellules infectées par le SARS-CoV-2 lors de tests en laboratoire. Ce qui ouvre la porte à son usage à titre de traitement contre la COVID-19. « Ce médicament est très susceptible de fonctionner chez l’homme, nous sommes donc encouragés », affirme la biochimiste Joanne Lemieux dans un communiqué. Mieux, comme cette molécule est déjà utilisée dans le monde vétérinaire, et que rien n’indique qu’elle est dangereuse, les chercheurs pourront sauter l’étape des essais sur les modèles animaux et passer rapidement à la case des essais cliniques chez l’humain, dont la phase 1 pourrait débuter sous peu. 

Des marqueurs dans le sang prédisent la gravité de la maladie

Des chercheurs new-yorkais ont mis en évidence dans une étude récente deux marqueurs dans le sang des patients infectés qui pourraient aider à prédire s’ils sont susceptibles de tomber gravement malades. Les médecins affiliés au réseau d’hôpitaux du Mont-Sinaï ont découvert que le risque de décès était au moins deux fois plus élevé chez les individus infectés qui avaient un taux élevé de protéines appelées IL-6 et TNF-α, deux types de cytokines. Ces cytokines étaient associées à un risque élevé de complications, et ce, indépendamment d’autres facteurs comme une condition médicale sous-jacente, l’âge ou le sexe. D’autres études ont déjà montré les dangers associés à la production excessive de ces substances lorsque le système immunitaire s’emballe. Ainsi, une attention particulière devrait être accordée à la surveillance de ces marqueurs dans le sang des patients, afin de déterminer la meilleure trajectoire thérapeutique possible, écrivent les auteurs de l’étude. Des traitements expérimentaux comme le remdesivir et la dexaméthasone pourraient être envisagés, ajoutent-ils, chez les patients pour qui le pronostic est inquiétant. 

De meilleures défenses chez les femmes

Photo AFP

À l’échelle mondiale, on estime que les hommes représentent 60 % des morts de la COVID-19. Les hommes âgés seraient aussi jusqu’à deux fois plus à risque de tomber gravement malades comparativement aux femmes du même âge. Comme l’a rapporté le New York Times à la fin août, une étude permet d’apporter une hypothèse pour expliquer ce phénomène : la réponse immunitaire chez l’homme serait plus faible, surtout à un âge avancé, que chez la femme. C’est ce qui ressort de l’étude dirigée à l’Université de Yale, qui a permis de suivre une petite cohorte de 17 hommes et de 22 femmes infectées qui avaient en majorité plus de 60 ans. La plupart du temps, le corps des femmes produisait davantage de lymphocytes T, des cellules immunitaires qui neutralisent les cellules infectées. Et ce, même chez les patientes âgées. Du côté des hommes, ces cellules immunitaires étaient d’une moins grande efficacité, et leur force semblait s’atténuer avec l’âge. D’après les scientifiques, cela suggère que la vaccination chez les hommes, surtout les hommes âgés, devra permettre d’activer les lymphocytes T pour leur fournir une protection efficace. 

- Avec la collaboration de l’Agence QMI